La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

Cohabiter avec les grizzlis

Ourse grizzly et son ourson
Ourse grizzly et son ourson
© Terry Willis

Les parcs nationaux des Rocheuses sont des aires protégées qui contribuent grandement à assurer la conservation des grizzlis dans l’écosystème des Rocheuses. À eux seuls, les parcs ne sont toutefois pas assez grands pour soutenir les grizzlis. Ils servent plutôt de point de départ aux efforts de conservation dans le paysage élargi, car ils renferment un secteur central, où la plus haute importance est accordée à l’intégrité écologique dans le cadre des initiatives d’aménagement du territoire.

Étant donné que le bassin hydrographique de la vallée de la Bow compte parmi les paysages les plus développés en Amérique du Nord où l’on trouve encore des grizzlis, le secteur pourrait constituer un point de non-retour pour la population régionale. Les populations qui s’étendaient autrefois bien au-delà des plaines pour atteindre le Mexique n’existent plus. Et le nombre de bêtes risque de diminuer encore davantage pour plusieurs raisons.

Haut de la page Les ours et les parcs des montagnes

Les grizzlis se reproduisent lentement, ils ont besoin d'un vaste territoire, et ils sont largement dispersés; ils sont donc particulièrement sensibles aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels. De 1996 à 2001, la population humaine de l'Alberta s'est accrue d’un peu plus de 10 %. Le couloir Calgary-Edmonton est l'un des quatre principaux centres urbains du pays. En d’autres mots, l’activité humaine connaît une croissance rapide le long de la limite est du territoire vital du grizzli, ce qui fait que l’ours a de plus en plus de mal à éviter les gens. Or pour assurer leur survie, les grizzlis doivent justement être en mesure de nous éviter.

Les parcs nationaux des Rocheuses canadiennes peuvent assurer un abri aux animaux dans le paysage élargi. Mais il faut pour cela nous pencher sur la manière dont nous cohabitons avec les ours. Le parc national Banff, qui accueille trois millions de visiteurs par année et qui renferme deux collectivités, illustre bien l’ampleur des défis à relever.

Les chercheurs estiment que le parc national Banff abrite une soixantaine de grizzlis, dont environ 16 sont des femelles adultes. Collectivement, le secteur de Lake Louise, la vallée du cours intermédiaire de la Spray et une autre vallée connue sous le nom de Flint's Park abritent une concentration de femelles en âge de se reproduire. Ces ourses et leurs petits représentent le côté « naissances » de l'équation démographique. Pour que le nombre de naissances soit égal à celui des mortalités et que la population puisse se perpétuer, les femelles doivent élever des petits qui seront aussi en mesure de survivre et de se reproduire.

Et il faut du temps. Parmi toutes les populations de grizzlis qui ont fait l'objet d'études sur le continent nord-américain, les femelles du bassin hydrographique de la Bow sont celles qui affichent le taux de reproduction le plus faible. Elles ne se reproduisent que lorsqu'elles atteignent l'âge de sept ans, et elles ne donnent naissance qu'à un ou deux oursons tous les quatre à cinq ans. Ainsi, la population de grizzlis de cette région a beaucoup de difficulté à « reprendre le dessus » après une hausse du taux de mortalité ou une baisse du taux de natalité.

Carte des concentrations de grizzlys femelles dans le parc national Banff à Lake Louise, Vallée Skoki, Flint`s Park, Vallée du cours central de la Spray et ruisseau Bryant.
Concentrations de grizzlys femelles dans le parc national Banff
© Parcs Canada
Cliquez ici pour obtenir une version agrandie de la carte (96 ko).
(la largeur de cette image excède 450 pixels)
Version imprimable (PDF, 97 ko)

Jusqu'au début des années 1980, de nombreux grizzlis sont morts par suite des mauvaises pratiques de gestion des déchets qui avaient cours dans les parcs nationaux. Dans le secteur de Lake Louise, un nombre particulièrement élevé de bêtes ont été abattues ou transplantées. Depuis peu, la population locale commence à se remettre de ce taux de mortalité élevé, mais elle croît lentement et elle est vulnérable aux variations du taux de natalité et du taux de mortalité. C’est pourquoi la gestion doit continuer de se faire en péchant par excès de prudence, sans compter le fait que le secteur de Lake Louise reçoit 1,4 million de visiteurs par année environ.

Suivant les recommandations issues de l'Étude sur la vallée de la Bow à Banff, le Plan directeur de 1997 du parc national Banff renfermait des objectifs destinés à accroître l'efficacité de l'habitat (accès en toute sécurité à un habitat de qualité) et à réduire à un maximum de 1 % le taux annuel de mortalité d'origine humaine chez le grizzli; ce pourcentage correspond à moins d'un ours par an. En raison des animaux tués sur les routes et les voies ferrées, nous dépassons en ce moment le taux visé.

Haut de la page Ce dont les ours ont besoin

Comme toutes les espèces, les ours ont besoin d'un habitat qui réponde à leurs besoins quotidiens et saisonniers. Dans leur territoire vital, les grizzlis fourragent à la recherche de nourriture, d'un compagnon, d'une aire de mise bas et de corridors de déplacement; ils nourrissent et élèvent leurs petits; ils font des choix pour survivre. Et ces choix sont devenus difficiles à faire, en raison de la présence des nombreuses installations humaines qui empiètent sur leur territoire.

Secteur du lotissement urbain de Lake Louise
Secteur du lotissement urbain de Lake Louise
© Parcs Canada / W. Tucker

Dans le paysage montagneux du parc, les secteurs qui offrent aux grizzlis un habitat convenable et sûr sont fragmentés et de qualité moyenne à faible. Ce terrain accidenté morcelle naturellement l'habitat et régit les déplacements des ours, qui doivent passer d'une parcelle d'habitat à l'autre pour subvenir à leurs besoins. Le meilleur habitat, et le plus vaste, que ce soit pour les ours ou pour de nombreuses autres espèces fauniques, est celui du fond des grandes vallées, comme celles de la Bow.

Dans le secteur de Lake Louise, il existe maintenant peu d'endroits où les ours peuvent se réfugier pour éviter les humains. Pendant qu'ils cherchent à combler leurs besoins vitaux, les ours doivent franchir toutes sortes d'obstacles : la Transcanadienne et ses nombreux véhicules, la voie principale du Canadien Pacifique, le hameau de Lake Louise, la promenade de la Vallée-de-la-Bow et la promenade des Glaciers, les sentiers, les campings de l'arrière-pays, la pente de ski et les établissements d'hébergement commercial périphériques. Ces aménagements fragmentent l'habitat en parcelles de superficies variables, où les ours risquent de croiser des êtres humains.

Haut de la page L’impact de nos activités

Notre présence peut nuire aux grizzlis de trois façons :

  • Ils sont forcés d'abandonner un habitat important;
  • Ils commencent à tolérer les humains ou deviennent accoutumés;
  • Ils risquent davantage d'être tués sur la route ou la voie ferrée.

Abandon forcé de l’habitat

En général, les grizzlis sont méfiants et tentent de nous éviter. Près d'un sentier passant qui traverse une parcelle d'habitat de choix, les grizzlis choisiront peut-être de se nourrir tôt le matin ou tard le soir. Face à de constantes perturbations, ils n'ont alors d'autre choix que de se cantonner dans des habitats de moindre qualité et de dépenser plus d'énergie pour trouver de la nourriture - l'énergie qu'ils auraient normalement emmagasinée pour survivre à l'hibernation et pour se reproduire.

Accoutumance

Il arrive aussi que, à force d'être exposés à la présence, aux bruits et aux odeurs des humains, certains ours perdent leur méfiance naturelle. Ils deviennent accoutumés. Les jeunes, qui se trouvent au pied de l'échelle sociale et ont encore tout à apprendre, sont prêts à prendre des risques. Ils peuvent apprendre à nous tolérer si cela leur permet d'avoir accès à la nourriture qui pousse près d'installations humaines. D'autre part, les ourses tendent elles aussi à choisir un territoire à proximité de lieux habités pour éviter les mâles adultes qui représentent un danger pour leur progéniture.

Les ours accoutumés risquent davantage de s'introduire dans des lotissements urbains et des campings - où ils peuvent trouver des déchets ou de la nourriture que des humains négligents auraient mal rangés. Les ours qui associent les humains, les véhicules ou les installations humaines à la nourriture doivent habituellement être abattus. Comme les grizzlis accoutumés passent plus de temps près de la voie ferrée et des routes, ils courent également plus de risques de mourir d'une collision. Des recherches menées dans le parc national Yellowstone révèlent que les ours accoutumés sont trois fois plus susceptibles de mourir de causes d'origine humaine.

Mortalité sur les routes et les rails

Dans le secteur de Lake Louise, la circulation a augmenté de 40 % sur la Transcanadienne au cours des dix dernières années, et elle devrait s’accentuer à un taux de 2 % par année. Non loin de là, la voie principale du Canadien Pacifique reçoit jusqu’à 37 trains de marchandises qui traversent les parcs nationaux Banff et Yoho.

Même si les ours furtifs évitent généralement les endroits passants, il leur faut parfois traverser la route ou la voie ferrée pour trouver de la nourriture ou un compagnon. Certains ours circulent régulièrement sur la voie ferrée en quête d’une source de nourriture qui les attire - les céréales qui s’échappent des wagons défectueux. Si certains ours n'essaient même pas de traverser les routes achalandées, ceux qui s’aventurent courent le risque d'être mortellement heurtés par un train ou un véhicule.

En raison de l’accroissement du taux de mortalité et de la présence d’obstacles qui entravent la circulation des bêtes, les populations fauniques risquent de diminuer et de devenir isolées au fil du temps. Elles sont alors plus vulnérables à l’extinction en raison de la consanguinité ou l'incapacité de se remettre d'une maladie ou de s'adapter aux changements qui surviennent dans leur habitat, ou de décès tout simplement.

Haut de la page Cohabiter sur le territoire

Pour vivre longtemps, les grizzlis doivent avoir accès à un habitat de qualité où ils peuvent entrer librement, à l’écart de toute présence humaine. Pour que les grizzlis conservent leur crainte naturelle de l'homme et qu'ils la transmettent à leur progéniture, le meilleur moyen consiste à faire en sorte que les femelles aient accès à des parcelles d'habitat où elles se sentent en sécurité. Ces zones sûres doivent être assez grandes pour que les ours y errent chaque jour sans être dérangés par les gens.

Les grizzlis ont besoin d'un habitat de qualité. Les anciennes pratiques de suppression des incendies ont fait bien des ravages : les habitats de forêts clairsemées et de prés sont progressivement supplantés par des forêts vieilles et denses qui ont peu à offrir aux grizzlis. Les combustibles forestiers qui s'y sont accumulés au fil des ans multiplient les risques de feux échappés et menacent les installations du parc. C'est pourquoi Parcs Canada a l'intention de réintroduire le feu dans le parc, mesure qui aura l'avantage d'agrandir l'habitat du grizzli dans les années à venir.

Pour subvenir à leurs besoins, les ours doivent pouvoir circuler en toute sécurité partout dans leur territoire. De là la nécessité de préserver leurs corridors de déplacement, ces parcelles de terrain qui servent de pont entre leurs différents habitats, à l'intérieur et au-delà de leur domaine vital. Généralement, les jeunes mâles errent sur de plus grandes distances que les femelles, et ils s'établissent sur un territoire plus grand. Ces déplacements contribuent à enrichir le bassin génétique et à prévenir la consanguinité.

Il faut que les corridors de déplacement du secteur de Lake Louise forment un réseau régional de vases communicants. Le domaine vital d'un grand nombre des quelque 60 grizzlis du parc se trouve en partie sur des terres gérées par d'autres administrations. Pour cette raison, Parcs Canada travaille avec les gestionnaires fonciers des terres voisines afin de coordonner les efforts déployés pour assurer la protection du grizzli..

Nous pouvons et nous devons soupeser les répercussions de nos actes sur les autres espèces. En se fondant sur les meilleures données accessibles, Parcs Canada a pris plusieurs mesures de gestion à Banff et dans d’autres parcs nationaux. L’Agence vise à protéger les ours et les humains et du même coup à faire en sorte que les ours continuent d’enrichir notre communauté, et de nourrir notre imagination.

Carte des couloirs fauniques de Whitehorn, rivière Bow et Fairview dans la région de Lake Louise.
Couloirs fauniques de la région de Lake Louise
© Parcs Canada
Cliquez ici pour obtenir une version agrandie de la carte (115 ko).
(la largeur de cette image excède 450 pixels)
Version imprimable (PDF, 118 ko)

Haut de la page Pour obtenir de plus amples renseignements sur la gestion des ours



Nota : Vous avez besoin du logiciel Adobe Acrobat Reader pour lire la version PDF.

Si vous n'avez pas accès au site de téléchargement d'Adobe, vous pouvez télécharger le logiciel Acrobat Reader d'une page accessible.

Si l'accessibilité à un document PDF pose un problème, vous pouvez convertir le fichier en format texte HTML ou ASCII en utilisant l'un des services d'accès offerts par Adobe (en anglais seulement).