La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

La gestion des ours aux parcs nationaux des Rocheuses

Les ours du parc national Banff

Le parc national Banff abrite une population de grizzlis estimée à 60 bêtes. Ces animaux n'ont pas toujours la vie facile, compte tenu du fait que 50 % du territoire du parc est formé de roche et de glace - un milieu inhospitalier où les ours ne peuvent pas survivre. De plus, le parc national Banff est celui qui enregistre l'activité humaine la plus intense en Amérique du Nord : il accueille plus de trois millions de visiteurs par année, renferme deux lotissements urbains dynamiques, abrite trois grandes stations de ski et est traversé par une autoroute et un chemin de fer importants. La croissance est plafonnée dans le parc, mais les projets d'aménagement se poursuivent dans les secteurs environnants et peuvent représenter une menace pour les animaux sauvages, en faisant disparaître leur habitat ou en les amenant à s'accoutumer à des sources de nourriture non naturelles.

Les grizzlis femelles du parc national Banff ont le taux de reproduction le plus faible du monde (statut qu'elles partagent avec les grizzlis du détroit de Béring, en Alaska). En moyenne, elles mettent bas tous les 4,5 à 5 ans, et elles atteignent l'âge de la reproduction plus tard que les ours des autres régions du monde.

Les ours du parc national Banff sont omnivores et ne peuvent pas compter sur un régime riche en protéines comme leurs congénères de la côte Ouest.

En raison de la forte affluence dans le parc et de la présence humaine dans la zone montagnarde (l'écorégion la plus riche sur le plan nutritif), les ours sont constamment exposés aux humains, ce qui accroît leurs risques de mortalité.

Les grizzlis du parc national Banff sont plus vulnérables que ceux des autres régions, parce que le parc se trouve à la limite de leur aire de répartition naturelle, qui se rétrécit constamment.

La plupart des ours fuient les humains et recherchent un habitat de qualité, surtout lorsqu'ils n'ont pas à interagir avec d'autres ours. Cette situation peut amener de jeunes ours à combler un territoire vacant aux confins d'un lotissement urbain, ce qui accroît les risques de rencontres ours-humains.

Certains ours du parc national Banff ont pris goût au grain (une source de nourriture non naturelle) déversé le long de la voie ferrée. Le seul moyen d'éliminer ce comportement acquis consiste à réduire de façon marquée cette source de nourriture.

Le Chemin de fer Canadien Pacifique et Parcs Canada s'emploient à réduire les collisions entre trains et grizzlis

Le Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) et Parcs Canada ont uni leurs efforts pour réduire les risques de collisions ferroviaires avec des grizzlis (Ursus arctos). Les données recueillies dans les 20 dernières années révèlent que les grizzlis sont le plus souvent tués sur la voie ferrée dans les parcs nationaux des montagnes du Canada (les parcs Banff, Yoho et Jasper ainsi que les parcs des Lacs-Waterton, du Mont-Revelstoke et des Glaciers). Même si la mortalité attribuable aux trains n'est que légèrement supérieure à celle qui est due aux véhicules (figure 1), les routes sont quatre fois plus nombreuses que les voies ferrées dans les parcs. Ce constat a amené les biologistes et les cheminots à se demander pourquoi le chemin de fer représentait une telle menace pour les ours.

Pendant plus de 20 ans, les deux organismes ont recueilli des données de référence pour mieux comprendre le problème. Depuis les années 1990, ils consignent des renseignements sur les grizzlis et les autres animaux qui meurent sur la voie ferrée ainsi que sur les causes sous-jacentes de ces collisions. Cette opération de collecte de données a vite révélé que les ours venaient manger du grain tombé des wagons-trémies.

Le premier projet de surveillance du grain, qui a vu le jour en 2006, visait à mesurer la quantité de grain déversée sur la voie ferrée. L'année suivante, le CFCP a entrepris une révision générale des wagons de grain appartenant à l'État. Dans les quatre dernières années, ce programme a permis d'améliorer plus de 5 000 wagons. Du coup, les déversements de grain ont été réduits de 61 % de 2008 à 2010 dans les parcs nationaux Banff et Yoho (figure 2). Le CFCP continue de travailler à réduire les déversements de grain en exécutant un programme d'inspection et de réparation continue de ses wagons. En outre, les employés affectés à l'entretien enlèvent les accumulations de grain sur la voie ferrée avec un camion à réservoir aspirateur.

Malgré ces améliorations, un grand nombre d'ours ont pris l'habitude de chercher de la nourriture le long de la voie ferrée et se servent de l'emprise ferroviaire comme corridor pour se déplacer dans les parcs. En 2009, les biologistes de Parcs Canada ont commencé à mesurer le temps que les ours passaient sur la voie ferrée, afin d'estimer l'efficacité de toute éventuelle mesure d'atténuation destinée à éloigner les ours du chemin de fer. Ils ont découvert que les ours sont surtout attirés vers la voie ferrée au début du printemps, lorsque les autres sources de nourriture sont rares. Les ours tendent à se concentrer aux endroits où les accumulations de grain sont les plus grandes. Cependant, ce n'est pas à ces endroits qu'ils sont le plus souvent frappés par des trains. Un étudiant de troisième cycle de l'Université de l'État du Montana s'est servi de cette information pour délimiter les zones les plus risquées pour les ours. Il a également cerné les caractéristiques de l'emprise ferroviaire qui étaient associées à un risque de mortalité accru.

En s'appuyant sur ce qu'ils ont découvert jusqu'à présent, Parcs Canada et le CFCP se sont engagés à mieux comprendre les causes profondes des collisions ours-trains et à trouver des moyens d'éloigner les ours des zones présentant un risque de mortalité élevé. Plusieurs solutions prometteuses seront mises à l'essai cet été, notamment un tapis clouté visant à dissuader passivement les ours de circuler sur la voie ferrée. D'autres outils, dont une clôture d'exclusion, sont également en voie de conception. Ces solutions seront mises à l'essai, et, si elles se révèlent efficaces, elles seront peaufinées à des fins d'implantation. Parcs Canada et le Chemin de fer Canadien Pacifique évaluent actuellement l'efficacité et la sûreté des mesures d'atténuation proposées. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour concevoir des solutions qui produisent les résultats voulus sans causer de déraillement ni engendrer d'autres risques pour la sécurité des opérations ferroviaires, des personnes et de la faune. Ces solutions s'inscrivent dans une vaste stratégie conjointe de recherche et d'atténuation. Les partenaires mettront la dernière main à la stratégie finale en octobre 2011, à l'issue d'un examen par un groupe international d'universitaires et d'autres experts.

 

Mortalité de cause humaine chez les grizzlis des parcs nationaux des montagnes entre 1990 et 2010 © Parcs Canada
Figure 1. Mortalité de cause humaine chez les grizzlis des parcs nationaux des montagnes entre 1990 et 2010. Les données indiquent le pourcentage du total (n=52) par facteur causal. Voir le rapport des parcs (Bertch et Gibeau, 2010) pour des détails plus complets.

 

Figure 2 
Figure 2. Nombre médian de grammes de grain déversés par jour sur un pied linéaire de voie ferrée du Chemin de fer Canadien Pacifique dans les parcs nationaux Banff et Yoho, exprimé en tant que nombre estimatif de grammes par jour pour chaque année. Le grain a été prélevé à dix endroits aux quatre jours tout au long de l'année. Voir le rapport des parcs (Dorsey, 2011) pour obtenir des détails plus complets et des renseignements sur les méthodes employées.