La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

Le grizzly ou l’ours brun

Les couloirs d'avalanche représentent un habitat important pour les ours et pour nombre d'autres espèces.
Grizzly et wapiti sur pente d'avalanche
© Parcs Canada/Collection de diapositives du PNY

Le grizzly et l’ours brun sont des termes utilisés pour désigner la même espèce (Ursus arctos). Ici nous utilisons le terme grizzly.

Territoire historique

En Amérique du nord, les ours grizzlys occupaient tout le territoire de l’océan Pacifique jusqu’au fleuve Mississippi, et du centre du Mexique jusqu’à l’océan Arctique.

Situation présente

Aujourd’hui, la population d’origine de grizzly des prairies n’existe plus dans les plaines de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. Cette population fut éteinte par la chasse, la réduction d’habitat et la perte de proies principales (le bison), et par l’intolérance des gens pour les grizzlys. Au sud de la frontière entre le Canada et les États-Unis, les grizzlys occupent seulement un pourcent de leur ancien territoire. Aux États-Unis, quatre des six populations distinctes de grizzly utilisent des territoires qui se prolongent au Canada; le grizzly est classé espèce menacée selon le U.S. Endangered Species Act.

On calcule qu’il y aurait jusqu’à 20 000 grizzlys dans l’ensemble de l’Alberta, la Colombie-Britanniqe, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest. Le Comité sur le statut des espèces en péril au Canada (COSEPAC) s’inquiète du statut du grizzly, à cause des caractéristiques qui le rendent particulièrement sensible aux activités humaines et aux événements naturels. En Alberta, on considère que le le grizzly est possiblement menacé, et en Colombie Britannique il est sur la liste bleue.

Les estimations courantes donnent un chiffre de 500 à 1 000 pour la population des grizzlys sur le territoire provincial en Alberta, et allant jusqu'à 17 000 en Colombie-Britannique. Dans les parcs nationaux des montagnes, les estimations pour chaque parc sont:

  • Parc national Banff : environ 60
  • Parc national Jasper : 100-110
  • Parc national Waterton : environ 15
  • Parc national Yoho : 11-15
  • Parc national Kootenay : 9-16

*Nota : plusieurs grizzlys des parcs nationaux utilisent aussi des territoires en dehors des parcs.

Dangers principaux

Les principaux dangers sont la réduction et la fragmentation d’habitat liées à la croissance de la population humaine. L’augmentation des activités humaines dans leur habitat, et l’intolérance des gens produisent un taux élevé de mortalité.

Biologie

Les grizzlys affichent l'un des plus faibles taux de croissance de tous les mammifères de l’Amérique du Nord. La femelle doit avoir entre 5 à 8 ans avant de donner naissance à la première portée d’oursons, et les intervalles entre les nouvelles portées varient de 3-5 ans. Dans le bassin hydrographique de la vallée de la Bow, la recherche indique un intervalle moyen de 4 à 5 ans entre les portées.

L’accouplement a lieu entre le milieu de mai et le début de juillet. Les mâles peuvent aller très loin pour s’accoupler. Après l’accouplement, l’embryon ne s’implante pas dans l’utérus avant les mois de novembre ou décembre. L’implantation se produit seulement si la femelle a des réserves de gras suffisantes pour se nourrir et nourrir les oursons durant la période d’hibernation. Donc la qualité de l’habitat et de la nourriture disponible à l’ourse sont des facteurs importants pour le succès reproductif. Les oursons naissent dans la tanière vers la fin de janvier ou le début de février et pèsent environ un demi-kilo. Pendant que l’ourse continue d’hiberner encore quelques mois, les oursons s’allaitent de lait très riche en matières grasses. Quand l’ourse sort de la tanière avec les oursons, ces derniers pèsent environ 8 kg. À la fin de l’automne, un ourson en bonne santé pèsera jusqu’à 45 kg quand la famille reprendra l’hibernation.

Les oursons grizzlys passent normalement trois ans avec leur mère, qui les nourrit, les protège et les instruit, ce qui augmente leurs chances de survie et leur possibilité de reproduction quand ils atteindront l’âge adulte. L’ourse leur apprend à fourrager et à traverser le terrain pour se rendre aux habitats saisonniers. C’est durant la première année de leur vie que le taux de mortalité des ours est le plus élevé, généralement à cause des déficiences nutritives. Les ours adultes mâles tuent parfois les oursons. Les oursons qui survivent jusqu’à l’âge adulte peuvent vivre de 20 à 30 ans dans le milieu naturel. Cependant, la plupart meurent plus jeunes, de causes liées aux activités humaines.

Les grizzlys ont un sens d’odorat exceptionnel, et leurs capacités visuelles et auditives sont bonnes.

Les zones vertes sont limitées et très importantes dans le territoire rocheux des parcs nationaux des montagnes.
Les montagnes Rocheuses
© Parcs Canada/PNB CD 0959 #59

Habitat

Pour tout animal, l’habitat comprend la nourriture, l'eau, l’abri, et l’espace nécessaire dans un cadre approprié. L’habitat des grizzlys comprend les facteurs suivants : de la nourriture adéquate pour chaque saison; des sites convenables pour l’hibernation; la présence d’abris ou d’endroits pour se dissimuler; l’accès aux partenaires pour l’accouplement et des lieux éloignés des perturbations causées par la présence humaine. Puisque la moitié des parcs des montagnes consistent de glace et de roche, l’habitat utilisable par les ours est fragmenté. Par conséquent, les concentrations d’aliments saisonniers et les autres nécessités sont largement dispersés sur un territoire qui peut varier selon les années.

Les racines d'hedysarum sont une source de nourriture au printemps et en automne.
Un grizzly se nourrit de sainfoin
© Richard Klafki

Nourriture : Bien qu’ils soient classés parmi les carnivores, les grizzlys sont omnivores. Ils consomment une variété de plantes, selon les saisons; les viandes constituent environ 15 pourcent de leur diète.

Quand les ours quittent la tanière entre fin mars et début avril , la nourriture est peu abondante. La neige tarde à quitter la haute montagne. Les ours sont maigres et ont grand besoin de nourriture. Ce sont les couloirs d’avalanches et les prés escarpés aux versants sud et sud-ouest qui sont les premiers terrains déneigés, et on y trouve une grande diversité d’herbes et de plantes à fleurs. Parmi les plantes les plus importantes pour les grizzlys, on compte le légume hedysarum, l’érythrome à grandes fleurs et la claytonie lancéolée. Les carcasses des animaux qui n’ont pas survécu l’hiver fournissent aussi des protéines et des matières grasses.

Les jeunes pousses d’herbes, de joncs et de roseaux dans les prés et le long des rivières aux élévations plus basses sont aussi des éléments nutritifs importants. Les plantes non indigènes comme le trèfle et le pissenlit, qui poussent tôt, le long des routes et sur des terrains défrichés, fournissent aussi des aliments pour les ours, qui courent le risque de la présence humaine pour les obtenir.

Equisetum ou prèle
Equisetum (prêle)
© Parks Canada/LLYK y#48

À la fin du printemps, la prèle constitue une nourriture importante pour les ours. Ils la trouvent le long des cours d’eau et dans les régions humides dans les vieilles forêts d’épinette. Et si l’occasion se présente, les grizzlys mangent parfois les faons et les wapitis nouveau-nés.

Vers le milieu de l’été, les grizzlys retrouvent en abondance la berce, un aliment très prisé, dans les couloirs d’avalanche et sur les pentes humides à versants nord et est, à la limite des arbres. Les ours retournent aussi des roches pour en dénicher des fourmis et des larves. Ils trouvent aussi les insectes dans les troncs d’arbres pourris.

Terre près de Lake Louise creusée par un grizzly en septembre
Mottes de terre retournées par un grizzly
© Parcs Canada/Jenny Klafki/PNY

De la mi-juin au début août, les baies de divers arbustes commencent à mûrir. Dans les Rocheuses centrales, les baies fournissent une nourriture de très haute qualité pour les ours. Ils les recherchent dans les endroits ensoleillés , en bordure des forêts et dans les clairières. Sur les versants plus secs du secteur est des Rocheuses, la shépherdie est abondante. Près de la Ligne de partage des eaux et sur les versants ouest des Rocheuses, on retrouve aussi les bleuets et les airelles. Les secteurs brûlés constituent aussi des sites importants pour les baies et le hedysarum.

La shéperdie du Canada est une source alimentaire importante pour l'ours noir et le grizzly.
Shépherdie argentée
© Parcs Canada/PNY 6 (85)

Après une forte gelée, les plus grandes baies tombent au sol. Les ours les mangent ainsi que les petites baies telles que le raisin d’ours (kinnikinnik) la camarine et l'airelle à tige minceà fruits noirs. Les ours trouvent aussi, dans les caches des écureuils roux, les noix du pin albicaule, qui fournissent des calories importantes. Les ours dénichent parfois de leurs terriers les écureuils terrestres, qui sont très gras en automne.

A l’approche de l’hiver, les ours deviennent « hyperphages » et peuvent manger de 20 à 23 heures par jour, pour accumuler assez de gras pour survivre la période d’hibernation.

De temps en temps, il y a très peu de baies, et les ours doivent compter sur les racines d’hedysarum. Ils doivent alors se déplacer plus loin et plus rapidement, ce qui dépense de précieuses ressources énergétiques. Quand les options nutritives sont limitées, les ours stressés sont plus susceptibles d’être attirés par des aliments non naturels, tels que les déchets à leur portée.

Grizzly dévorant un wapiti.
Grizzly dévorant un wapiti
© Parcs Canada/Larry Halverson/PNK

Entre la fin de l’automne et le début de l’hibernation, les ours comptent de nouveau sur les racines d’hedysarum. Selon les tendances individuelles des ours et selon les occasions qui se présentent, les ongulés tels que les wapitis, particulièrement les mâles épuisés par le rut, peuvent devenir des proies.

Dans les Rocheuses, l’évolution des grizzlys a eu lieu dans territoire frappé de catastrophes naturelles fréquentes : les feux, les avalanches et les inondations. Ces événements naturels façonnent des habitats divers, essentiels aux ours et aux autres espèces.

Abri : Les grizzly trouvent des refuges dans les arbres et les buissons. La forêt permet surtout aux femelles avec oursons de se cacher, pour éviter des rencontres fâcheuses avec les mâles dominants et les gens.

Les ours utilisent aussi la forêt pour se protéger des rigueurs du climat. Généralement leurs lits de jour se font en bordure de forêt dense. Ces sites leur permettent de conserver une température interne confortable durant les chaleurs et les jours plus frais.

Les grizzlys se sont adaptés au manque de nourriture durant les hivers rigoureux du Nord, en hibernant jusqu’à 6 mois par an. Ils creusent des tanières dans des pentes escarpées, sur les versants nord ou est dans la zone subalpine où les fortes accumulations de neige les isolent du froid d’hiver.

Les ours exigent de grands espaces : Les ours choisissent des habitats selon leurs interactions sociales avec les autres ours du secteur, et selon la présence ou l’absence des activités humaines. Les ours ne défendent pas nécéssairement des territoires fixes; ils établissent plutôt des territoires variables selon le caractère de l’ours et de la qualité de l’habitat. Les territoires des ours peuvent se chevaucher, et dans ce cas les ours ne les défendent pas agressivement.

La superficies des territoires peut varier, mais la moyenne pour les Rocheuses centrales est :

  • mâles : 1 000 à 2 000 km2
  • femelles : 200 à 500 km2

Pour survivre et élever les oursons, les ourses ont besoin d’un habitat sans danger et de haute qualité, à l’intérieur de leur territoire. Les jeunes femelles établissent leurs territoire près de celui de leur mère, mais les jeunes mâles se dispersent normalement plus loin.

Passages qui relient les habitats (couloirs fauniques)

Les ours, comme toute autre espèce, doivent se déplacer librement pour avoir accès à leurs habitats saisonniers et pour s’accoupler. Donc les mouvements des animaux contribuent à maintenir la diversité génétique. La nature fragmentée de l’habitat dans les Rocheuses détermine où les ours peuvent se déplacer: sur les crêtes, les cols, et au fond des vallées. Ces passages entre les habitats se nomment couloirs fauniques, puisqu’ils relient les habitats et les populations fauniques. Ces couloirs peuvent relier les habitats existants dans le territoire d’un seul animal, ou ils peuvent relier des populations fauniques sur une plus grande échelle.

En principe, les meilleurs couloirs fauniques sont ceux qui suivent sans interruption le fond des vallées. Cependant c’est là où se trouvent les sentiers très fréquentés, les routes et autoroutes, la voie ferrée, les campings et les villes. Ces aménagements et centres d’activité fragmentent l’habitat et peuvent entrave le passage de la faune. Les ours qui utilisent des couloirs fauniques près des activités humaines sont susceptibles d’être tués sur les routes ou la voie ferrée. Ils peuvent devenir des ours problèmes et ils doivent alors être abattus par souci de sécurité publique.

Quand les couloirs de déplacement deviennent inefficaces pour soutenir les mouvement des ours, les populations deviennent isolées. Ces populations risquent de s’éteindre, puisqu’elles sont plus susceptibles aux maladies, aux effets environnementaux comme les changements de climat et la sécheresse. De plus, l’isolement peut réduire les chances d’accouplement. Si par contre les couloirs fauniques demeurent intacts, une plus grande population peut sauver un population voisine de l’extinction, en fournissant des ajouts au groupe menacé. En préservant les couloirs fauniques pour les ours, nous protègerons probablement les couloirs et les habitats pour bien d’autres espèces.

Comportement social

Les grizzlys sont généralement solitaires, sauf durant la période d’accouplement et lorsque l’ourse est accompagnée des oursons. Leur faible densité est le produit de leur grande taille et de la dispersion de leurs sources de nourriture. Cependant ces ours tolèrent la présence d’autres ours, avec une certaine méfiance, lorsqu’ils sont en présence d’une forme concentrée de nourriture, comme par exemple une ruée de saumon dans une rivière côtière ou une abondance de baies. Durant ces rares périodes, ce sont les postures du corps et les expressions de la figure des ours qui communiquent les limites de leur espace privé, et reduisent ainsi les possibilités de confrontation et de blessures. Généralement, les grizzlys défendent leur espace privé, leurs oursons et leurs sources de nourriture.

Les marques de griffes sur l’écorce des arbres, les excréments et l’urine indiquent aussi la présence des ours et servent peut-être aussi à communiquer le statut social. Ce dernier dépend de la taille de l’ours, de son âge et de son sexe. Généralement ce sont les adultes mâles qui dominent. Ces ours dominants ont le premier choix d’habitat et de sources de nourriture. Après les adultes mâles, les ourses accompagnés d’oursons sont plus dominantes que les autres ours; viennent ensuite les mâles adultes un peu plus jeunes, et le bas de l’échelle est occupé par les adolescents.

Quand ils quittent leur mère, les ours adolescents doivent établir leur propre territoire et s’adapter au terrain. Ils sont curieux et n’ont pas encore complété leur apprentissage. Au cours de leur évolution, cette curiosité naturelle leur a sans doute permis de trouver de la nourriture dans des habitats divers. Mais de nos jours cette curiosité rend les jeunes ours vulnérables aux dangers liés au contact humain. En effet, les jeunes tolèrent plus facilement la présence des gens afin de s’approcher des habitats de haute qualité. Ils sont alors plus susceptibles de mourir suite aux contacts avec les êtres humains.

Les ourses avec oursons utilisent plus souvent les habitats en proximité des gens, d’abord pour éviter les mâles dominants qui menacent les oursons, et ensuite pour avoir accès à la nourriture de haute qualité. Normalement l’utilisation de l’habitat a lieu à proximité des gens la nuit ou durant le crépuscule lorsque la présence humaine est au minimum. Ce comportement évite les conflits entre les ours et les gens, mais non pas sans conséquences nutritives défavorables pour les ours, qui voient diminuer les heures de repas. Si les ours ne font pas l’expérience des conséquences (bonnes ou mauvaises) de la présence des humains, leur tolérance pour la présence humaine risque d’augmenter. Ils pourraient perdre leur méfiance naturelle.

Pour assurer la survie des ours, il est essentiel de maintenir leur méfiance naturelle des gens. Ceci est particulièrement important chez les ourses et les oursons. Donc il faut leur fournir des habitats sûrs, où ils pourront fourrager régulièrement sans perturbation humaine. La santé de la population régionale d’ours en dépend. Il faut de très grands territoires pour assurer une population auto-suffisante de grizzlys; même l’ensemble du territoire des parcs des montagnes n’est pas assez grand. Donc les programmes de coopération entre les agences de gestion des territoires contigus s’avère essentielle pour assurer la survie des grizzlys. En fin de compte, c’est la volonté de la société entière qui sera cruciale dans cette question.