Les ours dans les parcs nationaux des montagnes

La gestion à l’ œuvre

Notre relation avec les ours a changé au fil des ans, en mieux dans certains cas et en pire dans d’autres. Aujourd’hui, nous travaillons de concert avec des partenaires des quatre coins de la planète afin d’être des chefs de file de la gestion des ours. Nous cherchons des solutions – simples et complexes – pour protéger les ours et les humains dans nos parcs des montagnes.


Protéger les zones occupées par les ours

Grizzli et caribous dans le parc national Jasper © Parcs Canada / M. Bradley
Dans les parcs des montagnes, Parcs Canada a un défi de taille à relever : procurer aux ours l’espace et l’habitat nécessaires à leur survie. Nous travaillons à remettre en état, à relier et à protéger les espaces qui fournissent aux ours ce dont ils ont besoin pour vivre.

Régéneration de l’habitat

Parcs Canada recrée des milieux ouverts à l’écart du fond des vallées et de l’activité humaine en réintroduisant le feu dans le paysage élargi. Dans les Rocheuses, le grizzli a évolué au fil d’événements dynamiques comme les feux de forêt, les avalanches et les inondations. Ces perturbations naturelles assurent le maintien de la mosaïque de milieux naturels dont dépendent les ours et diverses autres espèces. La suppression systématique des incendies a transformé les forêts ouvertes et les prés en de vieilles forêts de plus en plus denses qui ne procurent qu’une quantité limitée de nourriture aux ours. Les brûlages dirigés reproduisent l’action naturelle du feu : ils ouvrent la forêt, stimulent la croissance de nouvelles plantes et créent un habitat de meilleure qualité pour les ours.

De nouvelles pousses après un brûlage dirigé dans le parc national Banff © Parcs Canada/H. Dempsey
Les brûlages dirigés reproduisent l’action naturelle du feu : ils ouvrent la forêt, stimulent la croissance de nouvelles plantes et créent un habitat de meilleure qualité pour les ours.

Le premier brûlage dirigé a été exécuté dans le parc national Banff en 1983. Depuis, les parcs des montagnes sont à l’avant-garde de la gestion du feu. Par la collecte de données scientifiques, la recherche et l’expérience, nous comprenons désormais mieux la façon dont nous pouvons utiliser le feu pour préserver des parcelles d’habitat convenant à la faune, à l’écart de la cohue créée par l’activité humaine.

Élimination de la fragmentation de l’habitat

Corridors fauniques | Passages pour animaux

Pour répondre aux besoins des ours, la création d’un habitat de qualité dans les parcs des montagnes ne représente que la première étape. Des recherches révèlent que la protection d’« îlots » d’habitat ne suffit pas. Les ours sont de grands voyageurs et occupent de vastes territoires (qui peuvent atteindre 2 000 km2). La prochaine étape consiste donc à leur assurer un moyen sûr de passer d’un secteur à l’autre.

Corridors fauniques

La nature fragmentée de l’habitat dans les Rocheuses détermine où les ours peuvent se déplacer: sur les crêtes, les cols, et au fond des vallées. Ces passages entre les habitats se nomment couloirs fauniques puisqu’ils relient les habitats et les populations fauniques. Ces couloirs peuvent relier les habitats existants dans le territoire d’un seul animal, ou ils peuvent relier des populations fauniques sur une plus grande échelle.

Les grizzlis doivent parcourir de très grandes distances pour trouver de la nourriture, un abri et des partenaires. Lorsque leur habitat est fragmenté, les populations d’ours deviennent isolées et accroissent ainsi leur risque de disparition du fait qu’elles sont plus vulnérables aux maladies, aux changements environnementaux tels que les sécheresses et le changement climatique, à l’endogamie ou à l’incapacité de trouver un partenaire. Lorsque les couloirs fauniques demeurent intacts, une grande population peut en sauver une plus petite en devenant une source d’immigration.

Les meilleures parcelles d’habitat continu et les meilleurs corridors sont ceux qui longent le fond des principales vallées. C’est cependant aussi dans ces secteurs que sont concentrés les sentiers, les routes, les voies ferrées, les campings et les lotissements urbains.

Une ourse noire traversant la route avec ses petits à la remorque dans le parc national Jasper © Parcs Canada/J. McCormick
La présence de ces installations et l’activité humaine créent des goulots d’étranglement, fragmentent l’habitat et peuvent avoir pour effet de limiter ou même d’obstruer complètement les déplacements des animaux sauvages.

Les ours qui utilisent des couloirs fauniques près des activités humaines sont susceptibles d’être tués sur les routes ou la voie ferrée. Ils peuvent devenir des ours problèmes et ils doivent alors être abattus par souci de sécurité publique.

Remise en état des corridors

Carte des couloirs fauniques de la région de Lake Louise
Parcs Canada travaille à remettre en état les corridors fauniques qui entourent les collectivités des parcs des montagnes.

Dans le parc national Banff, Parcs Canada s’est employé à remettre en état les corridors fauniques Sulphur, Norquay-Cascade et Middle Springs pour permettre aux ours et aux autres espèces sauvages de contourner la ville de Banff. Il a également attribué au chaînon Fairholme le statut de site écologiquement fragile pour faciliter encore davantage les déplacements de la faune dans la vallée de la Bow. En outre, les animaux sauvages peuvent compter sur les corridors Whitehorn et Fairview pour contourner le hameau de Lake Louise.

Dans le parc national Yoho, Parcs Canada a accru l’efficacité d’un corridor faunique est-ouest autour du village de Field, ce qui permet à la faune d’accéder au col Kicking Horse et à d’autres secteurs sauvages.

En 2011, Parcs Canada et le Jasper Park Lodge ont entrepris un projet d’envergure dans le parc national Jasper : la remise en état d’un corridor faunique qui traversait le terrain de golf du complexe hôtelier. La clôture encerclant le terrain de golf forçait les animaux sauvages à circuler en altitude, sur les terrasses du mont Signal, pour passer de la vallée des Cinq Lacs au secteur de la rivière Maligne. En enlevant la clôture et en modifiant la disposition physique du terrain de golf, il a été possible de créer un « raccourci » que les gros mammifères ont emprunté presque immédiatement pour accéder à leurs proies et aux autres secteurs faisant partie de leur habitat.

Carte de la vallée de la Pipestone © Parcs Canada
Les collectivités ne sont pas les seules visées par les travaux de rétablissement de la connectivité de l’habitat. La vallée de la rivière Pipestone, dans le parc national Banff, est située dans un important corridor faunique qui fait partie de l’habitat essentiel du grizzli.

En voici deux exemples :

  • Le secteur duLac O’Hara dans le parc national Yoho est l’un des grands joyaux des Rocheuses canadiennes et une destination très courue pour la randonnée. Les conflits humains-grizzlis dans les années 1990 ont mené à une étude qui a permis d’établir que ce secteur faisait partie de l’habitat du grizzli et qu’il se trouvait dans un corridor faunique de toute première importance. Pour protéger les visiteurs et donner un peu d’espace aux ours dans le carridor faunique de la vallée du McArthur et du reuisseau Cataract, Parcs Canada a imposé des fermetures de secteur et des restrictions d’accès, et il a modifié le tracé de certains sentiers.
  • La vallée de la rivière Pipestone, dans le parc national Banff est située dans un important corridor faunique qui fait partie de l’habitat essentiel du grizzli. Les versants supérieurs de cette vallée se trouvent dans les zones subalpine et alpine. Ils abritent de fortes concentrations de plantes, comme l’érythrone à grandes fleurs, qui représentent une source de nourriture de qualité pour le grizzli en été.

Pour permettre aux ours d’errer dans le fond de la vallée sans craindre d’être dérangés par les humains et pour éviter les risques de rencontre-surprise avec un ours, nous incitons les randonneurs à emprunter le sentier alpin pour se rendre des lacs Fish au col Pipestone. Conformément aux stratégies de gestion du parc et de conservation du grizzli, ce tronçon du sentier tracé au fond de la vallée n’est plus entretenu.

Comment Parcs Canada surveille-t-il l’efficacité de ces corridors?

Les appareils photo installés le long des sentiers représentent un moyen efficace de surveiller les corridors remis en état et les autres routes empruntées par la faune. Ils permettent aussi de recueillir des données utiles sur les déplacements des animaux sauvages et des humains. La vidéo Images sauvages vous montre quelques images produites par ces appareils photo.

Passages pour animaux

Comment l’ours a-t-il traversé la ROUTE?
En empruntant des passage pour animaux, aménagés à certains endroits précis.

Parcs Canada s’emploie à rétablir les liens physiques entre les parcelles d’habitat fragmentées par les routes. La Transcanadienne, une autoroute à quatre voies très passante qui traverse le parc national Banff, est un important axe est-ouest et accueille plus de 26 000 véhicules par jour en été. Lorsque les travaux seront terminés en 2013, 38 passages inférieurs et 6 passages supérieurs réservés aux animaux contribueront à réduire la fragmentation créée par ce couloir de transport.

Les travaux de surveillance nous montrent que les grizzlis sont à l’aise dans les passages supérieurs larges et ouverts, où la visibilité est accrue. Les ours noirs, eux, semblent préférer le cadre abrité des passages inférieurs. Les femelles des deux espèces transmettent désormais leur connaissance des passages pour animaux à leur progéniture.

La grizzli femelle no 64 et ses petits empruntent un passage supérieur pour animaux
Les femelles des deux espèces transmettent désormais leur connaissance des passages pour animaux à leur progéniture. © HighwayWilding.org

Ailleurs dans les parcs des montagnes…

Route 93 Sud, parc national Kootenay – Dans le cadre du Projet des passages pour animaux de la route 93 Sud, Parcs Canada prévoit installer des passages pour animaux, des clôtures routières et des systèmes d’alerte sur un tronçon de 3 km de route, en vue de réduire les collisions véhicules-animaux et de rétablir les liens physiques entre les parcelles d’habitat.

Pont pour animaux du canal Two Jack, parc national Banff – En 1998, Parcs Canada et la société TransAlta Utilities ont construit ensemble un pont pour animaux au-dessus du canal Two Jack pour réduire la fragmentation de l’habitat. Ce canal hydroélectrique, qui transporte l’eau du lac Two Jack jusqu’à une centrale hydroélectrique située 2 km plus loin, entravait les déplacements des animaux cherchant à accéder au site écologiquement fragile de la terrasse Fairholme, qui fait partie d’un habitat montagnard de tout premier ordre. En hiver, la fluctuation des niveaux d’eau dans le canal crée une surface de glace instable sur laquelle les animaux sauvages hésitent à circuler. Les deux partenaires ont installé trois wagons à plancher plat sur le canal et les ont recouverts de plaques de pont, de terre organique et de graines indigènes. Le nombre de fois que les animaux ont traversé le canal a plus que doublé après la construction du pont.

Le pont pour animaux du canal Two Jack dans le parc national Banff
Le pont pour animaux du canal Two Jack : Le nombre de fois que les animaux ont traversé le canal a plus que doublé après la construction du pont.

Passages pour salamandres , parc national des Lacs-Waterton – Le concept de passage pour animaux peut être adapté à toutes sortes d’espèces. De minuscules passages inférieurs ont été conçus et aménagés pour la salamandre à longs doigts, qui figure sur la liste provinciale des espèces préoccupantes de l’Alberta. Ces passages sont également empruntés par d’autres espèces de petits animaux, telles que le crapaud de l’Ouest et la couleuvre rayée à flanc rouge.

Passages pour salamandres dans le parc national Lacs-Waterton
Ces passages sont également empruntés par d’autres espèces de petits animaux. Sans l’aide des humains, notamment de ce passage pour salamandres, la salamandre à longs doigts risquerait fort d’être menacée de disparition.

Protéger l’habitat

Réstrictions d'accès | Déplacement d'installations

Réstrictions d'accès

Parcs Canada impose des restrictions pour gérer le mode et les périodes d’accès à un secteur donné. Il y recourt le plus souvent lorsque des ours occupent des secteurs clés de leur habitat au cours de périodes cruciales de l’année, par exemple pendant la saison des baies, du milieu de l’été à l’automne. Les restrictions sont appliquées pour réduire les risques de rencontres ours-humains et pour permettre aux ours d’occuper des parcelles importantes de leur habitat en se faisant déranger le moins possible.

Grizzli se nourrissant de baies de la shépherdie du Canada © Parcs Canada / A. Taylor
Il y recourt le plus souvent lorsque des ours occupent des secteurs clés de leur habitat au cours de périodes cruciales de l’année, par exemple pendant la saison des baies, du milieu de l’été à l’automne.

Restrictions relatives à l’accès en groupe

Les restrictions relatives à l’accès en groupe obligent les randonneurs à se déplacer en groupes serrés d’au moins quatre personnes. L’expression groupe serré signifie que la personne en tête doit en tout temps pouvoir confortablement parler à la personne qui ferme la marche. Les recherches indiquent que les groupes nombreux qui évitent de se disperser et qui font du bruit sont moins susceptibles de se faire attaquer par un ours

Les restrictions relatives à l’accès en groupe ont été imposées pour la première fois en 1999 dans le secteur du lac Moraine, dans le parc national Banff, à la suite de plusieurs affrontements majeurs entre ours et humains. Parcs Canada a commencé par interdire complètement l’accès au secteur. Ensuite, il a mis à l’essai une restriction visant l’accès en groupe pour permettre aux amateurs de plein air de fréquenter le secteur tout en réduisant à un minimum les risques de rencontre avec un ours. L’exigence relative à la taille du groupe a été modifiée en 2007 à la suite d’un examen effectué par des experts. Le nombre minimum de randonneurs exigés est alors passé de six à quatre. Aujourd’hui, les restrictions relatives à l’accès en groupe sont appliquées dans les cas d’incidents récurrents ou dans les secteurs où le risque de rencontre est élevé.

Randonneurs formant un groupe serré dans le parc national Banff
Aujourd’hui, les restrictions relatives à l’accès en groupe sont appliquées dans les cas d’incidents récurrents ou dans les secteurs où le risque de rencontre est élevé.

Restrictions d’accès saisonnières

Certaines restrictions d’accès sont appliquées de manière courante pendant des périodes précises de l’année.

Parc national Banff :

Parc national Yoho :

  • Vallée McArthur
  • Haut plateau Odaray

Prenez l’habitude de consulter la section Bulletins importants ou de communiquer avec un centre d’accueil pour prendre connaissance des restrictions, des avertissements et des fermetures en vigueur.

Les contrevenants feront l’objet de poursuites en vertu du Règlement sur les parcs nationaux; l’amende maximale est de 25 000 $.

Déplacement d’installations

Les restrictions d’accès représentent un moyen efficace de réduire temporairement l’activité humaine dans l’habitat des ours. Cependant, il est parfois nécessaire d’envisager des solutions plus permanentes : en déplaçant des installations telles que des sentiers et des campings à l’écart des secteurs occupés par les ours, il devient possible de réduire à un minimum les perturbations causées aux ours tout en permettant aux visiteurs et aux résidents de continuer à profiter pleinement des parcs.

L’équipe d’entretien des sentiers et les gestionnaires de l’arrière-pays de Parcs Canada ne chôment pas : ils doivent trouver des emplacements convenables pour des d’installations tout en tenant compte des besoins des visiteurs et de la faune. Voici deux exemples de projets de réinstallation qui améliorent grandement la situation des ours.

Vallée du Paradise, parc national Banff :

Les installations de la vallée du Paradise ont subi tout un réaménagement. Le tracé des sentiers a été modifié, et le camping de l’arrière-pays a été déplacé afin de créer un tampon entre les humains et les grizzlis. Le camping, qui se trouvait dans le pré Horseshoe, a été déplacé près des chutes Giant Steps, dans un secteur présentant peu d’intérêt pour le grizzli. Parcs Canada a aménagé des aires distinctes pour le couchage et la préparation des repas, afin d’éviter que les odeurs de nourriture n’attirent la faune vers les tentes. Les panneaux et les ponts qui jalonnaient le sentier inférieur ont été enlevés. Les améliorations apportées, par exemple la construction de nouveaux ponts, de trottoirs de bois et de sentiers, créent une agréable boucle sur les versants supérieurs de la vallée, à l’écart des secteurs les plus fréquentés par le grizzli.

Une nouvelle promenade près des chutes Giant Steps © Parcs Canada / A. Taylor
Les améliorations apportées, par exemple la construction de nouveaux ponts, de trottoirs de bois et de sentiers, créent une agréable boucle sur les versants supérieurs de la vallée, à l’écart des secteurs les plus fréquentés par le grizzli.

Confluent des trois vallées, parc national Jasper :

Le plan d’amélioration des sentiers du confluent des trois vallées représente l’aboutissement de trois années de discussions et de travaux de planification conjoints dans le cadre du Projet d’amélioration des sentiers de Jasper. Ce plan énonce des buts, des objectifs, des mesures clés et des stratégies pour améliorer l’état écologique et les possibilités récréatives du réseau de sentiers d’utilisation diurne entourant la ville de Jasper. Avec l’aide de l’équipe d’entretien des sentiers de l’International Mountain Biking Association, les bénévoles du parc ont modifié le tracé des sentiers aménagés en milieu sauvage pour les placer à l’écart d’un habitat faunique fragile. Les groupes d’usagers locaux continueront de participer à la réhabilitation des sentiers non officiels le long de l’épaulement du mont Signal.

Des bénévoles travaillent à la remise en état des sentiers au parc national Jasper
Avec l’aide de l’équipe d’entretien des sentiers de l’International Mountain Biking Association, les bénévoles du parc ont modifié le tracé des sentiers aménagés en milieu sauvage pour les placer à l’écart d’un habitat faunique fragile.