Les ours dans les parcs nationaux des montagnes

La gestion

Notre relation avec les ours a changé au fil des ans, en mieux dans certains cas et en pire dans d’autres. Aujourd’hui, nous travaillons de concert avec des partenaires des quatre coins de la planète afin d’être des chefs de file de la gestion des ours. Nous cherchons des solutions – simples et complexes – pour protéger les ours et les humains dans nos parcs des montagnes.


Protéger les zones d’activité humaine

Le hameau de Lake Louise © Parcs Canada / A. Taylor
Le hameau de Lake Louise, dans le parc national Banff

Les parcs nationaux des Rocheuses canadiennes sont des lieux pour les humains et pour la faune. Pour bien gérer les ours, il faut veiller à ce que les humains puissent les observer en toute sécurité dans leur habitat naturel, se renseigner à leur sujet et être motivés à appuyer leur conservation. Pour atteindre cet objectif, nos spécialistes de la faune ont accès à un certain nombre d’outils.


Ours au bord des routes

Personne ayant quitté sa voiture pour observer un ours noir en bordure de route © Parcs Canada/B. Swan
Les visiteurs des parcs nationaux qui ont la chance d’observer un ours à l’état sauvage repartent avec des souvenirs qu’ils chériront pendant bien des années.

Les spécialistes de la faune de Parcs Canada, les Gardiens des ours et les Gardiens de la faune qui gèrent les embouteillages causés par les ours aident les automobilistes à profiter de possibilités d’observation de la faune dans un cadre sécuritaire. La règle d’or : ne jamais quitter la chaussée asphaltée pour observer un ours ou une autre espèce sauvage.

Les ours qui mangent des plantes le long des routes ne sont pas apprivoisés. Ils tolèrent la proximité des véhicules et des humains, mais uniquement parce qu’ils ont besoin de la nourriture qui pousse près de la route. Les automobilistes qui s’approchent d’un ours au bord de la route ne font pas que mettre la vie de l’animal en danger; ils compromettent aussi leur propre sécurité et celle des autres visiteurs. Les embouteillages causés par les voitures qui s’arrêtent pour observer des ours créent également un risque d’accident. Il est déjà arrivé que des visiteurs se fassent frapper par des véhicules dans des embouteillages de ce genre.

Pourquoi un ours est-il en danger lorsqu'il se trouve en bordure de route?

Les ours doivent avoir accès au meilleur habitat possible. Dans les parcs des montagnes, où la saison de croissance est courte, cet habitat se trouve bien souvent au bord des routes, dans le fond des vallées. Les milieux ouverts et l’ensoleillement y favorisent l’essor de plantes comme le pissenlit. Par suite d’une exposition répétée aux véhicules et aux humains, les ours peuvent développer une accoutumance et perdre leur crainte naturelle des humains. Ceux qui fréquentent le bord des routes s’exposent aussi à un risque accru de collision mortelle.

Un grizzli en train de manger des pissenlits © Parcs Canada/J. Shepherd
Les milieux ouverts et l’ensoleillement y favorisent l’essor de plantes comme le pissenlit.

Effarouchement

L’effarouchement est une technique de gestion à laquelle les spécialistes de la faune ont recours pour modifier immédiatement un comportement indésirable chez un animal. Si le contrôle des foules ne suffit pas et que la présence d’un ours au bord de la route crée une situation dangereuse pour l’animal et pour les humains, les spécialistes de la faune peuvent recourir à des techniques d’effarouchement pour chasser l’ours et le forcer à trouver refuge dans la forêt adjacente.

Est-ce que l'effarouchement nuit à l'ours?

Non. Les spécialistes de la faune ont recours à différents répulsifs, tels que des pétards, des balles de caoutchouc et des fusils à sac de plombs pour créer chez l’ours une expérience désagréable qu’il associera à la présence humaine. Bien qu'elles ne blessent pas, ces balles font mal. Ainsi l'ours apprend à éviter les gens et les routes. Il saura bientôt qu'il doit paître la nuit en bordure de route et se mettre à l'abri quand il y a des gens dans les parages. Ce comportement méfiant aidera l'ours à survivre.

Accoutumance

L’accoutumance commence petit à petit, mais, à force d’être constamment exposé à la présence humaine dans des embouteillages et ailleurs, l’ours gagne bien vite en audace et perd sa crainte des humains. La situation peut être dangereuse aussi bien pour l’animal que pour les humains.

Embouteillages © Parcs Canada / G. Peregoodoff
Les ours ainsi dénaturés risquent de devenir des « problèmes ». Ils pénètrent dans les lotissements urbains et les campings.

Les ours ainsi dénaturés risquent de devenir des « problèmes ». Ils pénètrent dans les lotissements urbains et les campings – des lieux où ils sont susceptibles d’être nourris (illégalement) ou récompensés de leur audace par de la nourriture pour animaux de compagnie ou des déchets qui traînent. Un ours qui associe les humains, les véhicules ou les installations à la nourriture est en voie de devenir une menace pour la sécurité publique.

Que pouvez-vous faire pour ne pas contribuer à l’accoutumance?

Si vous voyez un ours au bord de la route…ralentissez – envisagez de ne pas vous arrêter. Pour accumuler les réserves de graisse qui leur permettront de survivre à l’hiver, les ours doivent pouvoir chercher de la nourriture sans se faire déranger. En décidant de passer votre chemin, vous donnez à l’ours l’espace dont il a besoin pour vivre dans cet environnement difficile.

Famille de grizzlis © Parcs Canada / A. Taylor�D;�A;
Tout comme cette famille de grizzlis, la faune qui traverse les routes au crépuscule peut être difficile à percevoir.

En tout temps...

  • Observez et photographiez l’ours sans quitter la sécurité de votre voiture.
  • Restez à une distance respectueuse de l’ours (à au moins 100 m).
  • Ne donnez jamais à manger à un ours.

Si vous vous arrêtez ...

  • Demeurez conscient de la circulation qui vous entoure.
  • Rangez votre voiture à un endroit sûr.
  • Allumez vos feux de détresse pour prévenir les autres conducteurs.
  • Restez à l’intérieur de votre véhicule.
  • Observez l’ours quelques instants, prenez rapidement une photo et poursuivez votre route!
  • En cas d’embouteillage, passez votre chemin. La situation est dangereuse pour les humains et pour les ours.

Quelles autres mesures Parcs Canada prend-t-il pour gérer les ours au bord de la route?

Les clôtures routières, les tapis électriques, les passages pour animaux, les restrictions d’accès saisonnières, la recherche et les programmes d’interprétation itinérante Gardiens des ours et Gardiens de la faune – toutes ces mesures contribuent à éloigner les ours des routes les plus passantes. Pour en savoir davantage:


Il y a de l’électricité dans l’air!

L’électricité est le meilleur ami de l’ours. L’animal contesterait sûrement cette affirmation chaque fois qu’il reçoit une décharge au contact d’une clôture ou d’un tapis électrique, mais, à long terme, ces outils à fil chaud peuvent lui sauver la vie – et celle des humains.

Clôtures électriques

La clôture électrique du terrain de camping du Lac-Louise
Dans les parcs des montagnes, les clôtures électriques encouragent les ours à se tenir à l’écart des zones d’activité humaine et des lieux aménagés. Plusieurs installations – une station de ski, un camping, un centre de traitement des déchets et des pourvoiries de l’arrière-pays – profitent du pouvoir de persuasion de l’électricité.

Station de ski de Lake Louise

Le hameau de Lake Louise se trouve au cœur du territoire de plusieurs grizzlis. Il s’agit également d’une importante destination touristique. La station de ski de Lake Louise fait partie des attractions de ce secteur. En été, un téléphérique hisse des milliers de touristes sur le flanc de la montagne, d’où ils peuvent admirer des panoramas spectaculaires et profiter de possibilités d’observation de la faune. Les pentes de ski se parent d’une végétation luxuriante qui attire les grizzlis et les ours noirs. Pour créer un tampon entre ours et humains, la station de ski a érigé une clôture électrique autour de la station inférieure du téléphérique et du terrain de stationnement en 2001.

Un grizzli, du « bon » côté de la clôture électrique installée dans la zone de ski de Lake Louise © Lake Louise Ski Area Ltd.
Pour créer un tampon entre ours et humains, la station de ski a érigé une clôture électrique autour de la station inférieure du téléphérique et du terrain de stationnement en 2001.© Lake Louise Ski Area Ltd.

Camping de Lake Louise

Les installations et le relief accidenté forcent les animaux sauvages à se déplacer tout près des zones d’activité humaine à certains endroits. C’est ce qui se produit dans le camping de Lake Louise. En effet, une pente abrupte borde l’extrémité ouest d’une section du camping qui renferme 220 emplacements pour tentes. Les ours doivent longer la limite du camping pour contourner la collectivité.

Une barrière pour piétons dans le camping de Lake Louise
En 2001 et en 2002, seuls les véhicules à parois rigides étaient autorisés dans le camping à cause de la présence d’un grand nombre d’ours dans le secteur et d’une série de conflits ours-humains dans la section réservée aux tentes. En 2002, Parcs Canada a mis à l’essai une solution de rechange innovatrice à la fermeture de cette zone du camping : l’installation d’une clôture électrique autour de dix emplacements pour tentes.

À l’issue d’une évaluation de sécurité et de consultations auprès des intervenants, Parcs Canada a installé une clôture électrique permanente sur une distance de 2,8 km autour de la zone réservée aux tentes en 2003, créant ainsi une enceinte fermée de 26,6 ha dans le camping.

Les employés du camping inspectent la clôture chaque jour pour s’assurer qu’elle fonctionne bien. Ils interviennent dès que l’alarme signale une intrusion et se chargent de diagnostiquer les problèmes qui surviennent pendant que la clôture est sous tension. En hiver, lorsque la zone réservée aux tentes est fermée, Parcs Canada désactive la clôture électrique et ouvre les barrières pour permettre aux animaux sauvages et aux humains d’y circuler librement.

Voici quelques caractéristiques de conception particulières de la clôture électrique :

  • Clôture électrique résistante de 8 torons et de 1,5 m de hauteur
  • 7 000 volts de faible courant = une décharge désagréable, mais sans effet durable
  • Clôture de prolongement non électrifiée s’étendant jusque dans la rivière Bow pour empêcher les ours d’accéder au camping par la rivière
  • Dix barrières pour piétons et une barrière canadienne électrifiée qui permettent aux humains d’accéder au camping; quatre barrières à sens unique servant de points de sortie aux animaux qui pourraient se retrouver du mauvais côté de la clôture
  • Alarme à faible tension signalant les défauts de fonctionnement et les intrusions
  • Panneaux arborant des symboles internationaux pour prévenir les visiteurs de la présence de la clôture électrique
  • Chargeur de 120 V et dispositif intégré de mesure du rendement

Le chargeur de la clôture électrique
Le chargeur de la clôture électrique

Prolongement de la clôture jusque dans le rivière Bow
Prolongement de la clôture jusque dans le rivière Bow, camping de Lake Louise.

La barrière canadienne électrifiée
La barrière canadienne électrifiée, camping du Lake Louise

La grizzli no 72 et ses petits, en train de manger près de la clôture électrique © Parcs Canada/G. Peregoodoff
La grizzli femelle no 72 se nourrit près de la clôture électrique avec de plus en plus d’aisance. Elle choisit la distance qu’elle et ses petits doivent maintenir avec les humains se trouvant de l’autre côté de la clôture. Ce comportement vient contredire toute l’information diffusée au public sur les distances d’observation sûres et crée un nouveau défi pour la gestion de l’accoutumance des ours à Lake Louise.

Obtenons-nous les résultats souhaités? La clôture électrique du camping de Lake Louise :

  • amène les ours à contourner en toute sécurité la zone réservée aux tentes pendant leurs déplacements dans le fond de la vallée.
  • rend le parcours plus prévisible pour les ours, ce qui accroît leur sécurité et celle des humains.
  • empêche les ours de pénétrer dans le camping pour y chercher de la nourriture.
  • permet aux campeurs de profiter de possibilités de camping ininterrompues, puisque les fermetures à répétition sont chose du passé.
  • remplace les fermetures par une solution de rechange économique qui n’exige qu’un entretien minime.
  • vient remettre en question les approches actuelles pour réduire l’accoutumance des ours.
  • permet aux ours et aux humains de continuer à cohabiter sur ce territoire.

Apprenez-en davantage sur la clôture électrique et les pratiques sécuritaires à adopter pour camper sous la tente au camping de Lake Louise. (PDF, 246 Mo)

Tapis électriques

Parcs Canada a installé un tapis électrique sur un tronçon de la route 93 Nord, dans le parc national Banff, près de l’intersection de la Transcanadienne. Ce dispositif, une barrière canadienne électrifiée, donne une décharge électrique dissuasive mais inoffensive à chaque animal qui y met les pattes ou les sabots. La barrière n’a aucun effet sur les véhicules. Parcs Canada met à l’essai ce tapis électrique pour évaluer s’il empêche efficacement les animaux comme les ours d’accéder à l’enceinte clôturée de la Transcanadienne depuis les échangeurs et les passerelles pour piétons.

Tapis électrique sur la route 93 Nord, parc national Banff © Parcs Canada/H. Reisenleiter
Tapis électrique sur la route 93 Nord, parc national Banff.


Diversion alimentaire

Que se produit-il lorsqu’un chevreuil, un wapiti ou un orignal meurt dans une collision avec un véhicule et que sa carcasse attire des prédateurs comme l’ours et le loup sur le bord des routes? La situation risque rapidement de devenir dangereuse, pour les humains comme pour les animaux. Par le passé, le personnel du parc enlevait les carcasses trouvées au bord des routes pour éviter tout incident malencontreux. Depuis, Parcs Canada a mis en place dans les parcs des montagnes un programme permettant aux ours et aux autres animaux sauvages d’accéder à cette source de nourriture en sécurité, à l’écart de toute présence humaine.

Un orignal frappé mortellement par un véhicule © Parcs Canada / A. Taylor
Par le passé, le personnel du parc enlevait les carcasses trouvées au bord des routes pour éviter tout incident malencontreux. Depuis, Parcs Canada a mis en place dans les parcs des montagnes un programme permettant aux ours et aux autres animaux sauvages d’accéder à cette source de nourriture en sécurité.

En quoi consiste la diversion alimentaire?

Si vous avez déjà traversé les parcs des montagnes en voiture, vous avez probablement déjà vu un animal gisant sur le bord de la route, victime d’une collision routière. La diversion alimentaire consiste à transporter les carcasses par hélicoptère jusqu’au sommet d’une crête au début du printemps pour accroître la quantité de nourriture disponible et tenter de tenir les ours un peu plus longtemps à l’écart du fond des vallées, où ils sont exposés à une activité humaine intense.

La diversion alimentaire produit les trois résultats suivants :

  1. Au lieu d’être gaspillées, les carcasses d’animaux morts sur les routes sont « recyclées » par l’écosystème.
  2. Les ours ont accès à des calories dont ils ont grandement besoin au printemps, lorsqu’ils sont affamés, et ils sont donc moins portés à s’aventurer dans les secteurs fréquentés par les humains à la recherche d’un repas.
  3. La sécurité publique est assurée, du fait qu’une distance sûre est maintenue entre les humains et les ours qui défendent une carcasse.

Un orignal et un chevreuil tués sur la route sont héliportés jusqu’à un lieu d’alimentation situé loin du fond de la vallée. © Parcs Canada / D. Rafla
Un orignal et un chevreuil tués sur la route sont héliportés jusqu’à un lieu d’alimentation situé loin du fond de la vallée.

Comment le programme fonctionne-t-il?

  • Les carcasses sont recueillies tout au long de l’hiver et conservées en lieu sûr dans des pièges à fosse jusqu’au printemps, époque où les ours sont affamés et où les sources de nourriture naturelles sont rares.
  • Les carcasses sont transportées par hélicoptère à quelques kilomètres de distance pour inciter les ours à rester loin du fond des vallées.
  • Les lieux de dépôt des carcasses sont surveillés à l’aide d’appareils photo à infrarouges. Cette image témoigne bien de l’efficacité du programme.

La gestion des carcasses 365 jours par année

La diversion alimentaire printanière s’inscrit dans un programme élargi de gestion des carcasses que les spécialistes de la faune de Parcs Canada administrent tout au long de l’année. Des centaines de carcasses sont déplacées à l’écart des principales vallées, pour que visiteurs et résidents puissent demeurer en sécurité pendant que les prédateurs profitent d’une source de nourriture naturelle qui, au lieu d’aboutir dans la décharge, est recyclée dans l’environnement.

Un grizzli et une carcasse
Un grizzli se nourrissant d’une carcasse à l’écart de toute présence humaine.


Gestion des déchets

La gestion des déchets est une question d’importance primordiale à laquelle les spécialistes de la faune de Parcs Canada accordent beaucoup d’attention. En fait, parmi les enjeux touchant la faune dans les collectivités des parcs, les déchets – et la façon de les gérer – figurent en tête de liste.

Les résidents, les entreprises, les restaurants, les hôtels et les millions de visiteurs qui séjournent dans les parcs chaque année produisent des quantités d’ordures et de déchets alimentaires dans les collectivités de Banff, de Jasper, de Lake Louise et de Field. La gestion des déchets en plein cœur de l’habitat des ours ne laisse aucune place à l’erreur : il faut à tout prix un système de gestion à l’épreuve des ours pour assurer la sécurité du public et la protection des ours et des autres espèces sauvages.

Il a cependant fallu du temps pour arriver à la bonne solution. Encore récemment, visiteurs et résidents avaient l’habitude de se rendre au dépotoir local pour observer des dizaines d’ours réunis pour leur repas quotidien. Les ours n’ont pas tardé à prendre goût à la nourriture humaine et à mémoriser les endroits où ils pouvaient s’en procurer.

Les ours noirs rassemblés au dépotoir de Banff étaient une importante �0;D;�0;A;attraction touristique dans les années 1940 et 1950. © Gowen, Sutton Co. Ltd. Vancouver (C.-B.) / Collection Malins
Les ours noirs rassemblés au dépotoir de Banff étaient une importante attraction touristique dans les années 1940 et 1950. © Gowen, Sutton Co. Ltd. Vancouver (C.-B.) / Collection Malins

Les ours des dépotoirs sont vite devenus un fléau. Des années 1950 jusqu’au milieu des années 1980, les autorités ont souvent eu recours à des pièges à fosse pour capturer des ours conditionnés aux déchets des dépotoirs et les transporter loin des lotissements urbains. Bien souvent, ces ours revenaient, et il n’était pas rare de devoir abattre les récidivistes.

Même si nous avons depuis apporté de nombreuses améliorations à notre façon de gérer les déchets, les ours conditionnés à la nourriture non naturelle demeurent une source de préoccupation.

L’ours noir no 133 sur le toit d’une résidence de Banff, en 2008 © Parcs Canada/J. Owchar 
En 2008, l’ours noir no 133 est tombé sur des ordures laissées sur une galerie à Banff. 

En 2008, l’ours noir no 133 est tombé sur des ordures laissées sur une galerie à Banff. Heureux de sa découverte, il a fait plusieurs incursions subséquentes dans la ville à la recherche de déchets dans les résidences et les commerces ou de pommettes dans les arbres fruitiers des arrière-cours. Malgré les efforts des spécialistes de la faune de Parcs Canada qui ont tenté à maintes reprises de changer son comportement, l’ours no 133 n’a pas pu être réhabilité et a dû être abattu, parce qu’il représentait un risque excessif pour la sécurité publique.

Les conséquences graves d’une mauvaise gestion des déchets et des autres objets attrayants pour les ours ont amené Parcs Canada et les dirigeants de la collectivité à prendre des mesures radicales. Voici certaines initiatives qui donnent des résultats encourageants dans les parcs des montagnes:

  • Les dépotoirs locaux ont été désaffectés dans les années 1970 et 1980.
  • Les déchets sont régulièrement ramassés et conservés dans des stations de transfert sécurisées jusqu’à ce qu’ils soient expédiés dans des décharges régionales à l’extérieur des parcs.
  • Des poubelles à l’épreuve des ours conçues par Haul-All Equipment ont été placées partout dans les parcs.
  • Le personnel des parcs effectue régulièrement l’inspection et l’entretien des poubelles.
  • Les programmes de recyclage et de compostage à l’épreuve des ours réduisent le volume de déchets produits. Les programmes de recyclage sont également offerts dans les principaux campings.
  • Le personnel des parcs inspecte régulièrement les campings et les aires de fréquentation diurne pour s’assurer que la nourriture, les déchets et les autres objets susceptibles d’attirer les ours sont rangés en lieu sûr.
  • L’éducation est une activité prioritaire, qui permet au personnel des parcs, aux résidents, aux exploitants d’entreprise et aux visiteurs de prendre conscience de la nécessité impérieuse de bien gérer les déchets.
  • Les règlements administratifs de la collectivité et la réglementation découlant de la Loi sur les parcs nationaux du Canada imposent des exigences pour la gestion des déchets. Les pratiques sont activement surveillées, et les règlements, appliqués.

Poubelle accessible aux ours 
L’ancienne façon de faire les choses: Poubelle accessible aux ours   

Poubelle accessible aux humains mais non aux ours 
La nouvelle façon de faire les choses : Poubelle accessible aux humains mais non aux ours

La gestion des déchets à l’épreuve des ours est le résultat d’un travail d’équipe. Parcs Canada travaille avec les municipalités des parcs, les résidents, les entreprises et les visiteurs afin de mettre un frein à la perte d’animaux sauvages conditionnés à la nourriture humaine. Il existe un moyen très simple de contribuer à la protection des ours et des humains : garder les déchets et la nourriture humaine hors de portée des ours.

Fourgonnette de recyclage du parc national Jasper © Municipalité de Jasper 
Fourgonnette de recyclage du parc national Jasper.

Apprenez-en davantage: Municipalité de Banff (en anglais seulement) et Municipalité de Jasper (en anglais seulement)


Modification de la végétation

Dans un parc national, la présence d’une végétation naturelle abondante est généralement perçue de manière favorable. Cependant, lorsque la végétation contribue à accroître les risques d’affrontement entre ours et humains, des changements s’imposent.

Les buissons de shépherdie du Canada (Shepherdia) © Parcs Canada / W. Karhoffer 
L’émondage de quelques arbres pour améliorer les lignes de vue le long des sentiers et l’enlèvement de sources de nourriture naturelles dans les secteurs de forte activité humaine nous montrent qu’il suffit parfois d’enlever une petite quantité de végétation pour contribuer à une grande cause : permettre aux humains et aux ours de cohabiter sur le territoire.

Amélioration des lignes de vue

Amélioration des lignes de vue le long du sentier de la Plaine-des-Six-Glaciers dans le parc national Banff © Parcs Canada / A. Taylor 
L’amélioration des lignes de vue comprend l’émondage des buissons et des arbrisseaux le long des sentiers pour accroître la visibilité dans les virages. Les humains et les ours sont ainsi mieux à même de détecter toute présence et d’éviter des rencontres-surprises.

Parcs Canada a amélioré les lignes de vue dans de nombreux secteurs abondamment fréquentés par les humains et par les ours. Par exemple, si vous faites de la randonnée aux environs du lac Moraine, du lac Louise, du lac Minnewanka ou du ruisseau Bryant, dans le parc national Banff, regardez autour de vous et notez jusqu’à quelle distance vous pouvez voir le sentier devant vous.

En améliorant la visibilité sur les sentiers passants qui sont fréquentés par des espèces sauvages comme les ours, il devient possible de réduire le facteur surprise et de diminuer les risques de rencontres dangereuses.

Exemple de lignes de vue améliorées :

Avant les travaux d'éclaircie © Parcs Canada / A. Taylor 
Avant les travaux d'éclaircie.

Après les travaux d'éclaircie © Parcs Canada / A. Taylor 
Après les travaux d'éclaircie.

Enlèvement de buissons de shépherdie 

La perspective d’obtenir de la nourriture humaine peut amener les ours à renoncer à leur comportement méfiant et à faire une incursion dans les lieux habités. Les sources de nourriture naturelles peuvent exercer le même pouvoir d’attraction. L’enlèvement d’une source de nourriture naturelle – les buissons de shépherdie du Canada – se révèle très efficace pour tenir les ours à l’écart des secteurs de forte activité humaine, par exemple les campings.

Les baies de la shépherdie du Canada sont la principale source de calories des ours qui amorcent une phase d’hyperphagie, une période pendant laquelle ils mangent nuit et jour afin d’accumuler des réserves pour l’hiver. Les ours peuvent alors dévorer plus de 200 000 baies par jour. La quantité de baies produites au cours de l’été joue un rôle crucial dans la capacité de l’ours d’hiberner, de donner naissance à des oursons en santé et d’émerger de sa tanière en bonne forme une fois le printemps venu.

Dans les parcs des montagnes, la saison des baies de la shépherdie du Canada s’étend généralement de la mi juillet à septembre. Les buissons prospèrent dans les clairières ainsi que le long des sentiers, des prés, des cours d’eau et des lieux aménagés. Les amateurs de plein air doivent être particulièrement conscients de leur entourage et prendre soin d’éviter toute rencontre avec un ours pendant cette période.

Ours noir se nourrissant de baies de la shépherdie du Canada © Parcs Canada / M. Gaff 
Comme la shépherdie du Canada revêt une importance cruciale pour les ours, Parcs Canada enlève les buissons uniquement dans les lieux aménagés que les ours ne devraient pas fréquenter et où le risque de rencontre ours-humains est élevé.

Les travaux de coupe des buissons dans les campings du Lac Two Jack et du Ruisseau-Rampart, dans le parc national Banff, le camping Wabasso, dans le parc national Jasper, et le camping du Canyon Marble, dans le parc national Kootenay, témoignent de l’efficacité de cette stratégie pour réduire la présence des ours dans les campings. Ce travail exige cependant beaucoup de main-d’œuvre, parce qu’il faut couper les buissons pendant plusieurs saisons successives pour les empêcher de repousser. Toutefois, le résultat – des lieux plus sûrs pour les humains et pour les ours – en vaut bien la peine.


Déconditionnement

En changeant nos façons de faire, nous pouvons grandement accroître notre sécurité dans le territoire que nous partageons avec les ours. Mais il arrive parfois que cela ne soit pas suffisant. Le déconditionnement est l’un des outils dont disposent les spécialistes de la faune lorsque le comportement de l’ours nécessite une mise au point.

En quoi consiste le déconditionnement?

Le déconditionnement est un programme structuré dans le cadre duquel les spécialistes de la faune ont recours à des moyens de dissuasion pour modifier le comportement d’un ours. Pour transmettre un message conséquent à l’ours, ils utilisent des répulsifs (pétards, fusils à sacs de plombs, balles en caoutchouc) chaque fois que l’ours pose un geste indésirable. Si les techniques de déconditionnement sont utilisées de manière uniforme et soutenue pendant une période donnée, l’ours finit par associer son action à un résultat indésirable et a moins tendance à répéter le comportement.

Pourquoi y avoir recours?

Lorsqu’un ours doit se faufiler entre des zones aménagées pour survivre, il lui arrive de repousser les limites et de pénétrer dans des zones d’activité humaine (collectivités, campings, aires de pique-nique, sentiers, routes ou voies ferrées). Le déconditionnement peut être une technique efficace pour enseigner aux ours à rester à l’écart de ces zones et pour modifier un comportement indésirable, par exemple faire semblant d’attaquer des humains ou des véhicules le long des routes.

ATTENTION! Un ours noir s’offre un pique-nique dans le parc national Jasper. 
L’ours en vient alors à associer les humains et les installations à une récompense sous forme de nourriture. Le déconditionnement permet parfois de modifier les habitudes d’un ours conditionné à la nourriture humaine, pourvu que le mauvais comportement soit étouffé dans l’œuf.

Les ours qui tombent sur de la nourriture en traversant des zones aménagées, par exemple des déchets, des restes de pique-nique, de la nourriture pour animaux de compagnie ou du grain, peuvent y prendre goût et y devenir conditionnés. L’ours en vient alors à associer les humains et les installations à une récompense sous forme de nourriture. Le déconditionnement permet parfois de modifier les habitudes d’un ours conditionné à la nourriture humaine, pourvu que le mauvais comportement soit étouffé dans l’œuf. Malheureusement, les ours conditionnés sont généralement peu réceptifs au déconditionnement. Il suffit parfois d’une seule récompense alimentaire pour qu’un ours sauvage et méfiant devienne un « problème ».

Les ours conditionnés doivent parfois être abattus parce qu’ils représentent un risque pour la sécurité publique. Lorsque cela se produit, il s’agit d’une perte pour l’écosystème. Dans les parcs des montagnes, tous les efforts sont déployés pour empêcher une telle issue. En moyenne, nous devons abattre un grizzli tous les 15 ans – c’est peu, comparativement à d’autres endroits. Mais, si chacun y met du sien en gardant sa nourriture et ses déchets hors de portée des ours, nous pourrons éliminer complètement la nécessité de les abattre.

Comment le programme fonctionne-t-il?

  1. Il faut d’abord élaborer un plan de déconditionnement qui présente les techniques de modification du comportement à employer et la stratégie à adopter pour enseigner à l’ours ce qu’il doit apprendre (p. ex. qu’il doit éviter les zones fréquentées par les humains).
  2. L’ours est capturé et tranquillisé à l’aide de substances chimiques. Les spécialistes de la faune examinent l’animal, le pèsent et lui fixent une étiquette d’oreille et un collier émetteur. Le collier permet au personnel du parc de suivre de près les déplacements de l’ours, tandis que l’étiquette facilite l’identification visuelle.
  3. Pendant que l’ours se remet de l’effet des tranquillisants, les spécialistes de la faune se préparent en vue d’une mise en liberté brutale à l’endroit où l’animal n’aurait pas dû s’aventurer. Plusieurs employés sont mis à contribution, et les précautions à prendre pour assurer la sécurité des humains et de l’ours sont clairement expliquées. Certains employés portent une tenue de ville, pour éviter que les ours apprennent à éviter uniquement les humains en uniforme et les véhicules du parc.
  4. Pendant la remise en liberté, Parcs Canada ferme le secteur au public par mesure de sécurité. L’ours est relâché dans des conditions extrêmement désagréables. Les employés du parc lui crient après pour ajouter des voix humaines au vacarme des pétards. Ils tirent des sacs de plombs et des balles de caoutchouc dans sa direction pour lui donner un stimulus douloureux et lui enseigner que cet endroit ne lui attire que des ennuis.
  5. Dès que l’ours quitte la zone visée et pénètre à nouveau dans son habitat naturel (p. ex. couvert forestier avoisinant), le personnel cesse toute mesure de déconditionnement, afin que l’ours saisisse bien les limites de l’endroit à ne pas fréquenter. L’objectif vise à faire comprendre à l’ours qu’il est en sécurité à l’extérieur mais non à l’intérieur de la zone d’activité humaine.
  6. Les spécialistes de la faune surveillent de près l’animal relâché (idéalement 24 heures sur 24 pendant une période de trois à sept jours). Si l’ours démontre des comportements nondésirables, on le fera doubler son cours de déconditionnement.

Un spécialiste de la faune en train d’examiner un grizzli tranquillisé, parc national Banff © Parcs Canada / J. Timmins
Un spécialiste de la faune en train d’examiner un grizzli tranquillisé, parc national Banff.

Balles en caoutchouc  
Balles en caoutchouc

Le programme produit-il les résultats souhaités?

Le déconditionnement est un long processus qui exige temps, dévouement et constance. Lorsque la direction d’un parc prend la décision d’abattre un ours comme le grizzli no 8, le public n’a souvent aucune idée de l’ampleur des efforts déployés pour tenter de prévenir un tel dénouement.

Depuis l’introduction de ce programme dans le parc national Banff en 1991, le déconditionnement a été mis à contribution à maintes reprises, et les résultats sont variables. Pour être efficaces, les techniques de déconditionnement doivent être appliquées de façon constante et durable dès les premières manifestations du comportement indésirable. Les résultats dépendent aussi de la personnalité de l’ours, du nombre de fois qu’il a affiché le comportement indésirable et, dans le cas d’un ours conditionné à la nourriture humaine, du degré de proximité des humains qu’il est prêt à tolérer pour se procurer de la nourriture. Les ours ne sont pas tous réceptifs au déconditionnement, de sorte que cette technique ne produit pas toujours les résultats espérés, même si elle mobilise des ressources financières et humaines considérables. Il arrive, dans de rares cas, qu’un ours présente un risque excessif pour la sécurité publique et qu’il faille l’abattre.

Vous pouvez nous aider

Il est illégal de nourrir des animaux sauvages dans les parcs nationaux. 
Dans les parcs nationaux, le fait de nourrir, d’attirer ou de harceler des ours et d’autres animaux sauvages représente une infraction grave.


Le grizzli no 8 : Une étude de cas

Le grizzli no 8, un mâle âgé de six ans, était issu d’une portée de l’ourse no 72 de Lake Louise. Il a été élevé dans le creux de la principale vallée près de Lake Louise, dans le parc national Banff. Sa mère, une génitrice précieuse et bien connue, tolère bien les humains et a trouvé une niche aux environs de Lake Louise, où elle a déjà élevé plusieurs portées.

Le grizzli no 8, le 27 septembre 2011 © Parcs Canada / A. Taylor
Le grizzli no 8, le 27 septembre 2011 © Parcs Canada/A. Taylor

Devenu jeune adolescent, le grizzli no 8 s’est progressivement habitué à la présence des humains. Il visitait régulièrement la cour de triage de Field, dans le parc national Yoho, les campings du parc national Kootenay et diverses installations de Lake Louise. La situation s’est envenimée lorsqu’il a reçu sa première récompense alimentaire. À trois reprises, Parcs Canada a enregistré des incidents où le grizzli no 8 a obtenu de la nourriture humaine. Le jeune ours était souvent en cause dans des embouteillages, et il a peu à peu appris à faire semblant de charger des véhicules et des humains pour battre en retraite au dernier instant.

Après une longue liste d’incidents où il s’était approché trop près des humains et des installations, le grizzli no 8 a été capturé, puis pourvu d’une étiquette d’oreille et d’un collier émetteur. Pendant l’été 2011, il a passé beaucoup de temps à l’intérieur et autour des collectivités de Lake Louise et de Field. Les spécialistes de la faune, eux, ont passé d’innombrables heures à suivre ses déplacements et à tenter de lui éviter toutes sortes de dangers. En août, ils l’ont soumis à un programme de déconditionnement intensif pendant sept jours dans l’espoir de modifier son comportement. Au début, le grizzli no 8 semblait avoir compris le message et est demeuré à l’écart des humains, mais ce succès a été de courte durée. L’attrait de la nourriture humaine était trop fort. Il est devenu encore plus agressif et téméraire. 

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Nous sommes en septembre. Le grizzli no 8 vient de voir deux randonneurs et de prendre de la nourriture dans leur sac à dos. Les spécialistes de la faune ferment le secteur au public. Deux d’entre eux se chargent de suivre l’ours de près par mesure de sécurité. Le grizzli se montre agressif envers eux.

Les gestionnaires de Parcs Canada se réunissent pour discuter de leurs options. Ils peuvent laisser l’ours là où il est, le déplacer à un autre endroit à l’intérieur de son domaine vital, le transplanter à l’extérieur du territoire qu’il connaît ou le confier à une installation comme un zoo. Après de longues délibérations et des consultations auprès d’experts, ils arrivent à la conclusion que, compte tenu de la nature du comportement de l’ours et du risque qu’il présente pour la sécurité publique, la seule option consiste malheureusement à l’abattre.

Au bout de trois années de labeur et de centaines d’heures de travail pour assurer la survie de cet ours, c’est le cœur lourd que les spécialistes de la faune capturent le grizzli no 8 une dernière fois sur la voie ferrée du Canadien Pacifique, près de Lake Louise, à la fin de septembre.