Le brûlis du col Vermilion

Épilobes
Épilobes poussant au pied d'un chicot brûlé, incendie du col Vermilion.
© Parcs Canada / M. Oliver

Le 9 juillet 1968, des éclairs frappèrent les pentes du mont Whymper, situé dans le secteur nord du parc national Kootenay. Sous l'effet de vents forts, le feu se propagea rapidement. Au cours des trois jours qui suivirent, des équipes de pompiers luttèrent pour maîtriser les flammes. Le quatrième jour, grâce à la pluie, les flammes diminuèrent. Lorsque la fumée se dispersa, on constata que plus de 2 950 hectares de forêt subalpine avaient été brûlés.

Depuis, le brûlis du col Vermilion a énormément changé, et il en a été de même de notre attitude à l'égard du feu.

Durant la majeure partie du siècle dernier, notre société considérait le feu comme un destructeur qu'il fallait supprimer – même dans les parcs nationaux. À cette époque, les animaux servaient souvent de symbole dans la lutte contre les incendies. L'image de Bambi fuyant les flammes et celles des pattes brûlées de l'ours Smokey venaient renforcer l'idée que le feu était diabolique.

Au cours des vingt dernières années, nous avons découvert que le feu joue un rôle essentiel dans la nature.

L'emplacement du col Vermilion est l'un des brûlis les plus abondamment étudiés au Canada. Grâce aux données recueillies dans le cadre de ces études, entre autres, nous savons maintenant que bon nombre de plantes et d'animaux sont adaptés au feu et aux conditions qu'il crée.

Peu de temps après le feu du col Vermilion, de nombreuses personnes faisaient remarquer à quel point le paysage semblait stérile et ravagé. Mais la forêt n'a pas été détruite, et elle est simplement passée à l'étape suivante d'un cycle naturel de croissance et de renouvellement.

Même au moment où les pierres se refroidissaient, la forêt avait déjà commencé à renaître. Le bois consumé par les flammes s'était changé en cendre riche en minéraux, libérant un courant d'éléments nutritifs pour nourrir la nouvelle végétation. L'épais couvert forestier a été complètement brûlé et le soleil a enveloppé de ses rayons le tapis forestier, réchauffant ainsi le sol et créant un lit de semences idéal.

Dans la chaleur intense dégagée par le feu, les cônes des pins de Murray se sont ouverts, laissant leurs graines se répandre sur le tapis forestier. Bien que certains arbustes, comme la menziézie ferrugineuse, aient été brûlés à ras le sol, leurs racines, sous terre, ont lancé de nouvelles pousses. Et le brûlis s'est bientôt recouvert de la teinte rosée des épilobes.

Immédiatement après le feu, des pic-bois y ont établi domicile pour se régaler des insectes qui avaient colonisé les arbres morts. Les wapitis et les orignaux sont venus se nourrir de jeunes pousses très riches. Et les prédateurs ont suivi. Graduellement, le sombre paysage s'est transformé en forêt débordante de vie.

Orignal
Orignal dans le secteur brûlé du col Vermilion.
© Parcs Canada / M. Oliver

Non seulement le feu favorise le recyclage et le renouvellement, mais il permet également de réorganiser la végétation dans un cycle de changement continu. Avec le temps, les feux qui brûlent dans différents emplacements créent une mosaïque de végétation de types et d'âges divers. Il en résulte un assortiment de forêts, de communautés d'arbustes et de prairies. La diversité de ces habitats et les lisières qui les séparent en font des lieux de prédilection pour les animaux sauvages, et de nombreuses espèces y trouvent tout ce dont elles ont besoin.

Aujourd'hui, les gestionnaires du feu reconnaissent que l'extinction des incendies nous a fait oublier le rôle naturel que joue le feu dans la forêt. Ces gens travaillent à préserver la santé des écosystèmes dépendants du feu, tout en offrant la protection nécessaire.

Dans la plupart des parcs, nous ne pouvons pas adopter une approche de « non-intervention ». Les feux non maîtrisés constituent un trop grand risque pour la vie des gens et les propriétés. Pour restaurer sans danger le rôle écologique du feu, nous avons recours à un programme de brûlages dirigés. De tels feux peuvent être allumés par un éclair ou par le personnel du parc. Ce sont des spécialistes qualifiés qui décident de l'endroit et du moment où s'effectuera un brûlage, ainsi que des conditions dans lesquelles il se déroulera. Bien sûr, il faudra toujours éteindre certains feux, notamment ceux qui menacent la sécurité des gens, des installations et des régions adjacentes.

Randonneurs
Randonneurs dans le sentier du glacier Stanley parcourant le secteur brûlé du col Vermilion, parc national Kootenay.
© Parcs Canada / M. Oliver

Le feu n'est qu'une pièce du casse-tête des écosystèmes. Parcs Canada travaille de concert avec d'autres groupes pour répondre à diverses préoccupations relatives aux écosystèmes du paysage global. Ce n'est qu'en conjuguant nos efforts que nous pouvons assurer la subsistance de notre flore et notre faune indigènes, de même que celle des processus écologiques qui les unissent à la terre.

Pour vivre l'expérience du brûlis du col Vermilion aujourd'hui, faites une promenade le long du sentier de l'Épilobe. Des panneaux d'interprétation y racontent l'histoire du brûlis et expliquent en quoi le feu est essentiel dans la forêt. Emportez vos jumelles – vous pourriez y voir des oiseaux et des animaux sauvages. Prenez une photo et revenez dans dix ans. Vous serez témoins des changements qu'apporte le temps.