Parc national du Canada Wapusk

Points saillants de la recherche et de la surveillance de Parcs Canada

Natalie Asselin
Écologiste, parc national Wapusk

Échos de Wapusk - Volume 6, 2013

Pourquoi faire la surveillance du carcajou?
Le carcajou est un bon indicateur de la qualité de l’habitat puisqu’il a besoin de bandes de terres larges et contigües. En tant que charognard et prédateur opportuniste, il joue également un rôle particulier dans les réseaux alimentaires arctiques et subarctiques. La santé de la population de carcajous est le reflet de la santé de l’ensemble de l’écosystème.

Dans le cadre du mandat de Parcs Canada, qui est de protéger l’environnement et de surveiller l’intégrité écologique, ou la « santé » de nos parcs nationaux, le personnel chargé de la conservation des ressources à Churchill a mis à l’essai de nouveaux projets de surveillance au parc national Wapusk. Les changements observés dans le nombre d’animaux et dans leur distribution au sein du parc indiquent des changements à la santé générale de l’écosystème. En raison de l’absence d’accès routier, des longs hivers froids et du risque de rencontrer des ours polaires tout au long de l’année, la surveillance de la faune au parc national Wapusk pose des difficultés particulières. Les projets de recherche doivent être planifiés de façon à surmonter ces difficultés tout en respectant l’objectif de recueillir l’information voulue. Parfois, la seule façon de savoir si un projet fonctionnera est de l’essayer! Les scientifiques appellent souvent ces essais des « projets pilotes ». Voici quelques détails concernant trois projets présentement à l’essai pour étudier le carcajou, le caribou et l’ours polaire.

Rodney Redhead, technicien en gestion des ressources à Parcs Canada, attache un appât au sommet d’un poteau dans le cadre d’une étude sur le carcajou Rodney Redhead, technicien en gestion des ressources à Parcs Canada, attache un appât au sommet d’un poteau dans le cadre d’une étude sur le carcajou
© Parcs Canada

Au cours des deux derniers hivers, nous avons fait l’essai d’un projet qui pourrait être utile pour estimer l’abondance du carcajou au sein du parc national Wapusk en recueillant des échantillons de poils. Les méthodes de base sont simples : d’abord, installer une série de poteaux de six pieds de hauteur à intervalles réguliers, à l’aide de morceaux de bois de 4 po sur 4 po ou en coupant les branches les plus basses d’un arbre. Ensuite, entourer les poteaux de fil barbelé, placer une carcasse de poisson ou d’animal qui servira d’appât sur le sommet du poteau et ajouter un leurre malodorant pour attirer les carcajous les plus éloignés. Si tout se déroule comme il se doit, un carcajou sera attiré par le leurre, grimpera sur le poteau pour manger l’appât et laissera en passant quelques poils sur le fil barbelé. Le carcajou n’est pas blessé par ce processus et peut grimper au poteau de façon répétée au cours d’une saison d’échantillonnage, laissant idéalement quelques poils derrière lui chaque fois. Nous vérifions ensuite les poteaux régulièrement, environ aux deux semaines, pour recueillir les poils. Ces derniers sont analysés dans un laboratoire de génétique et les carcajous sont identifiés à l’aide de l’ADN trouvé dans les poils. Voilà! Nous disposons alors d’un registre des déplacements des carcajous individuels et nous pouvons utiliser une formule statistique de marquage et recapture pour évaluer le nombre total de carcajous dans la zone d’étude.

En 2012, nous avions prévu du temps pour installer et vérifier les poteaux à l’aide de motoneige au printemps. Malheureusement, lorsque nous avons vérifié les poteaux, nous n’avons trouvé aucun poil de carcajou. Refusant d’abandonner, nous sommes de retour cette année, testant une nouvelle combinaison d’appât et de leurre, dans l’espoir d’inciter ces créatures insaisissables à grimper à nos poteaux et à y laisser quelques poils.

Troupeau de caribous au parc national Wapusk Troupeau de caribous au parc national Wapusk
© Parcs Canada
Pourquoi faire la surveillance du caribou?
Le caribou est une ressource importante pour les chasseurs locaux et autochtones. Des changements observés dans les nombres de ce gros herbivore peuvent servir d’indicateur de changements sur le plan de la santé de la végétation de la toundra.

En août 2012, le personnel chargé de la conservation des ressources de Parcs Canada, en collaboration avec Daryll Hedman et Vicki Trim de Conservation Manitoba et Gestion des ressources hydriques Manitoba, a procédé à un relevé aérien par hélicoptère afin de déterminer si cette méthode pouvait être utilisée pour évaluer le nombre de caribous dans le troupeau du cap Churchill. L’enquête consistait à voler le long de lignes perpendiculaires à la côte de la baie d’Hudson dans la partie nord-est du parc national Wapusk, et à compter les petits groupes de caribous se trouvant jusqu’à 10 km à l’intérieur des terres. Nous avons également longé la côte pour trouver des groupes plus grands et photographié un groupe formé de 582 caribous! En combinant les relevés visuels et les photographies, nous avons pu couvrir une vaste région en une seule journée et compter les groupes, petits et grands, de façon efficace. En effectuant un relevé d’essai en août 2012, nous avons appris à améliorer le plan de relevé et nous sommes optimistes qu’en 2013 nous réussirons à déterminer le nombre de caribous qui compose l’ensemble du troupeau du cap Churchill.

Pourquoi faire la surveillance de l’ours polaire?
Le parc national Wapusk a été créé pour protéger l’une des plus grandes concentrations d’aires de mise bas d’ours polaires connues au monde. En raison des changements climatiques observés sur la Terre, les ours polaires se heurtent à des difficultés, tant sur les glaces marines que sur la terre dans la région occidentale de la baie d’Hudson. En surveillant le nombre d’ours polaires qui se rendent aux glaces marines avec leurs petits au printemps, nous pourrons mieux comprendre l’impact de ces changements sur leur succès de reproduction.

Au parc national Wapusk, les mères ours polaires et leurs petits laissent des pistes dans la neige de la mi-février au début d’avril, tandis qu’ils se déplacent entre la tanière où naissent les petits et les glaces marines où ils se nourrissent de phoques. En comptant ces séries de pistes, nous espérons pouvoir évaluer le nombre d’ours polaires qui naissent dans le parc, combien de petits ont les mères et à quel moment ils se déplacent de leurs tanières aux glaces marines. En 2012, nous avons parcouru en motoneige la presque totalité de la côte du parc national Wapusk, comptant le nombre de pistes d’ours polaires que nous trouvions. Ce voyage a été effectué à quatre reprises, et durait chaque fois de deux à quatre jours. Le vent et la neige limitaient nos progrès et nous avons dû nous abriter dans une cabane plus d’une fois pour attendre la fin d’une tempête hivernale. Par ailleurs, le vent et la neige rendaient le repérage difficile et nous avons trouvé très peu de pistes—seulement huit séries.

À l’hiver 2013, nous avons amorcé un projet similaire, mais cette fois par hélicoptère. Plutôt que de prendre plusieurs jours pour repérer les pistes, nous avons pu parcourir l’ensemble de la ligne de côte en seulement quatre heures! Par ailleurs, à bord d’un hélicoptère, les pistes peuvent être repérées sur une portion beaucoup plus grande du terrain. Le relevé des pistes par hélicoptère a très bien fonctionné et, au 1er mars, nous avions repéré 19 séries différentes provenant de groupes de familles d’ours polaires qui se rendaient aux glaces marines. De nouveaux relevés effectués le 7 et le 18 mars nous ont permis de relever quelques séries de pistes chaque fois. L’an prochain, nous avons l’intention de commencer tôt en février, au moment où nous croyons que les premières mères commenceront à quitter leurs tanières avec leurs petits.

Surveillez les prochains numéros d’Échos de Wapusk pour connaître les détails de ces nouveaux projets de surveillance!