Parc national du Canada Wapusk

L’histoire de Nestor Two : Une étude à long terme d’une colonie d’oies des neiges

Le camp Finney, en 1976. Le camp Finney, en 1976.
© Pierre Mineau


Fred Cooke
Membre de l’Ordre du Canada (C.M.)
Professeur émérite Université Simon Fraser

Échos de Wapusk - Volume 6, 2013

Si vous vous dirigez vers l’est à partir de Churchill sur une quarantaine de kilomètres, vous trouverez une série de petits bâtiments sur une île au coeur de la rivière Mast, laquelle sort du lac Norton près de la baie La Pérouse, dans la partie nord de ce qui est maintenant le parc national Wapusk.

Ce camp, appelé tour à tour Camp Finney, Nestor Two, Tundra Biology Station (de l’Université Queen’s) et camp des oies des neiges, a une longue histoire. Il a été mis sur pied il y a plus de quarante ans et est toujours utilisé aujourd’hui. Dans le présent article, je décrirai une partie de cette histoire, les gens qui ont joué un rôle important au moment de la fondation du camp et de ses premières années, de même que certains liens entre les chercheurs et les résidents de Churchill qui ont joué un rôle de premier plan dans sa réussite.

Le camp a vu le jour en 1968, il y a près de 45 ans, alors que deux jeunes biologistes plutôt naïfs de l’université Queen’s, Ken Ross et moi-même, arrivions à Churchill, avec des fonds du Service canadien de la faune pour étudier une colonie d’oies des neiges récemment découverte près du cap Churchill. Grâce à une aide logistique fournie par Pat Worth de la Base de lancement de fusées expérimentales de Churchill, nous avons déterminé que la baie La Pérouse était un bon endroit pour une étude à long terme.

Au cours des premières années, nous avons vécu dans une cabane appelée Camp Flicek, construite sur l’esker Knight’s Hill. Cependant, le camp était plutôt éloigné de la colonie d’oies des neiges, de sorte que George Finney, un étudiant diplômé qui dirigeait le projet en 1972, a décidé qu’un nouveau camp plus près de la colonie était essentiel. Avec l’aide de Dave Yetman et de Lindy Lee, qui travaillaient à la Base de lancement de fusées expérimentales à Fort Churchill, un bâtiment a été préfabriqué et apporté sur un gros véhicule à chenilles au début de mai, avant la fonte des glaces, ainsi que deux roulottes qui servaient d’hébergement.

La cabane, subséquemment appelée Camp Finney, a été installée sur une île au coeur de la rivière Mast. À partir de ce moment, les personnes qui travaillaient au Camp Finney ont toujours dû porter leurs cuissardes avant de commencer à travailler. Règle générale, les chercheurs arrivaient au camp à la fin avril, avant l’arrivée des oies, et y demeuraient jusqu’à la fin juillet, après que de nombreuses oies incapables de voler eut été rassemblées et baguées.

Les chercheurs ont maintenu de bonnes relations avec les habitants de Churchill et de Fort Churchill. Le personnel de la Base de lancement de fusées expérimentales a fourni de l’aide pour les communications radios, qui étaient notre filet de sécurité en cas d’urgence. Pour nous rendre au Camp Finney, nous devions prendre l’avion ou nous déplacer à l’aide des véhicules conçus pour la toundra jusqu’à l’esker Knight’s Hill, puis traverser à pied la toundra tourbeuse jusqu’au camp.

Au milieu des années 1970, j’ai grandement participé au développement du Centre d’études nordiques de Churchill (CÉNC), dont j’étais le premier directeur scientifique. L’un de mes rôles consistait à encourager les universités à offrir des cours dans la région de Churchill. Cela m’a permis de tisser des liens plus étroits avec la collectivité de Churchill. Un cours sur la biologie arctique, donné par l’université Queen’s, a permis d’attirer des étudiants du Sud, mais aussi plusieurs résidents de Churchill. Le révérend Jerry Stretch, Bonnie Chartier, Diane Erikson et Louise Laurie assistaient à ce cours avec enthousiasme. Bill Erikson, l’évêque Robidoux et Lorraine Brandson travaillaient activement au CÉNC à ce moment, ce qui m’a permis de bien les connaître. Nous utilisions le Camp Finney pour les cours sur le terrain également : les étudiants passaient une semaine à Churchill et une semaine à la baie La Pérouse. C’est à ce moment que le camp est devenu la Tundra Biology Station de l’Université Queen’s, une dénomination plus prestigieuse.

Au cours des années 1970 et 1980, on a poursuivi l’expansion de la station. Nous avons effectué des études sur d’autres espèces d’oiseaux; la recherche attirait de plus en plus l’attention et le respect à l’étranger. Plusieurs téléfilms sur les travaux ont été produits par CBC, BBC et la Télévision Française. L’étude sur les oies des neiges a été reconnue comme étant la plus grande étude sur une population aviaire au monde, et a reçu plusieurs prix internationaux. Parallèlement, le nombre d’oies des neiges augmentait rapidement, d’environ huit pour cent chaque année, causant de nombreux problèmes environnementaux. Les oies détruisaient de grandes régions des marais salés arctiques, ce qui entraînait la diminution d’autres espèces dans la région. Par conséquent, la recherche à la baie La Pérouse s’est concentrée davantage sur l’interaction entre l’oie et la végétation. Ces travaux étaient dirigés par Bob Jefferies, de l’Université de Toronto, qui a poursuivi son travail jusqu’à son décès en 2010. J’ai quitté le projet en 1992, mais la recherche sur les oies s’est poursuivie sous la direction de Rocky Rockwell de l’American Museum of Natural History, qui continue d’y travailler encore aujourd’hui.

Un abattage sélectif des oies des neiges a été tenté en Amérique du Nord dans les années 1990 pour réduire la population, laquelle a toutefois continué de croître. De nombreuses oies des neiges peuvent toujours être observées au parc national Wapusk, mais elles nichent en moins grand nombre dans la baie La Pérouse, puisque la végétation dont elles dépendent pour élever leurs oisons a disparu en grande partie.