Parc national du Canada Wapusk

Chargement précieux! Les navires postaux dans la région de la baie d’Hudson

Lorraine Brandson, Diocèse de Churchill-Hudson Bay, Membre du Conseil de gestion de Wapusk, représentante de la ville de Churchill

Échos de Wapusk - Volume 5, Numéro 1, 2012

Churchill, Manitoba, années trente. Guide inuit pour la tournée du courrier du Nord effectuée par des missionnaires catholiques Churchill, Manitoba, années trente. Guide inuit pour la tournée du courrier du Nord effectuée par des missionnaires catholiques.
© John Oram Towns, Diocèse de Churchill-Hudson Bay, CHB 10 04557

Dans le monde d’aujourd’hui, où les courriels, les cellulaires et la livraison par courrier express sont la norme, il est pratiquement impossible d’imaginer une attente de six mois à un an pour recevoir des nouvelles d’êtres chers qui demeurent loin de nous, ou pour obtenir des directives de son employeur. C’était pourtant la réalité dans la région de la baie d’Hudson jusqu’au début du siècle.

Dans le Nord, les activités de « navire postal » ou de tournée du courrier constituaient une voie de communication vitale pour les personnes qui travaillaient dans des postes de traite éloignés, des détachements de police ou des postes de missionnaires retirés. Cet article portera principalement sur les voies de communication entre la côte Ouest de la baie d’Hudson, Churchill, York Factory et la vallée de la rivière Rouge. Bien sûr, cela comprenait les déplacements au sein des terres où se situe maintenant le parc national Wapusk.

Éléments géographiques de la fin du 19e siècle connus des transporteurs des colis postaux d’après les écrits de George Simpson McTavish (CBH) [Carte marquée à la main par Richard Holt et Lorraine Brandson, 1979] Éléments géographiques de la fin du 19e siècle connus des transporteurs des colis postaux d’après les écrits de George Simpson McTavish (CBH) [Carte marquée à la main par Richard Holt et Lorraine Brandson, 1979]
© Eskimo Museum

Dans la région de la baie d’Hudson, l’expression « navire postal » évoque les activités historiques de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH). En anglais, le terme packet (colis) proviendrait du 17e siècle, et ferait référence à une lourde malle de cuir utilisée pour transporter le courrier, les rapports et les ordres entre la Terre de Rupert, le gouverneur et le conseil de la CBH à Londres, en Angleterre. Selon l’auteur Rupert Taylor, le colis était [traduction] « le dernier article confié au capitaine avant qu’il ne lève les voiles à partir de York Factory, toute omission pouvant entraîner de graves problèmes puisqu’il n’y avait qu’un seul navire par année dans la baie. Le navire annuel de marchandises arrivait en août à York Factory, siège du Département du Nord, pour un séjour de deux ou trois semaines. Le navire jetait habituellement l’ancre à « Five Fathom Hole » sur la rivière Hayes, à sept miles du fort. Il annonçait son arrivée par des tirs et immédiatement, un petit bateau était envoyé à sa rencontre et le colis était remis au facteur en chef qui brisait le sceau et distribuait le courrier.

Avec l’expansion de l’empire du commerce de la fourrure de la CBH vers l’intérieur des terres et l’établissement d’une colonie vers le sud, dans la vallée de la rivière Rouge (1811), de nouveaux systèmes de communication et de distribution ont été mis en place. L’époque des barges d’York a joué un rôle essentiel dans le transport de marchandises et d’objets de commerce (y compris le colis) de York Factory sur la rivière Hayes à Norway House, au sud, par l’intermédiaire du lac Winnipeg jusqu’à la colonie de la rivière Rouge. Bien sûr, la livraison du colis postal et des biens échangés se faisait dans l’autre sens avec un « colis d’hiver » ramené par un attelage de chiens qui empruntait pratiquement la même route qu’à l’été, Norway House étant l’endroit où l’on changeait de chiens et de conducteurs. En 1873, Sir William Francis Butler a écrit [traduction] « au moment où les journées sont les plus courtes, un traineau de chiens transportant le colis d’hiver quitte Fort Garry; un homme le suit à pied. Plus loin, un autre homme précède les chiens. Il maintient le cap le long de la rivière Rouge jusqu’au lac Winnipeg. Après environ neuf jours de voyage, il traverse le lac vers le nord à Norway House; de là, il se déleste de son colis de lettres pour la baie d’Hudson et Churchill plus loin. »

Churchill, Manitoba, années trente. Équipe de transport avec un important contingent de chiens. Churchill, Manitoba, années trente. Équipe de transport avec un important contingent de chiens.
© John Oram Towns, Diocèse de Churchill-Hudson Bay, CHB 10 04620

Colis postaux entre York Factory et Churchill

Le poste de traite de fourrure de Churchill est l’un des rares postes riverains qui accueillaient un navire d’Angleterre chaque année (sauf durant une période de 50 ans, de 1815 à 1875). Mais cet endroit recevait également des marchandises et du courrier par l’intermédiaire de York Factory. À la fin de l’été ou au début de l’automne, le courrier du colis d’été était trié à York Factory pour être acheminé vers les postes riverains, puis était transféré dans de plus petits navires qui se déplaçaient le long de la côte dans un sens puis dans l’autre.

Les colis d’hiver étaient transportés par des hommes de la CBH ou par des employés autochtones, à pied ou par attelages de chiens, entre Churchill et York Factory, sur des terres qui font maintenant partie du parc national Wapusk et de l’aire de gestion de la faune de Churchill. Une étude des registres de la CBH permettra probablement de déterminer que la participation autochtone se limitait principalement aux peuples qui parlaient le cri, mais elle comprenait également les Dénés (de mémoire d’homme – Artie Oman) et les Inuits.

Le premier colis postal inscrit dans les registres, partant de York Factory (Fort York) à destination de Churchill, a été envoyé par le gouverneur Henry Kelsey le 31 janvier 1719. Ses directives à ses deux hommes étaient les suivantes : [traduction] « Dirigez-vous vers la rivière Churchill avec ces Indiens que j’envoie, et prenez garde de ne pas les offenser et de ne pas vous quereller avec eux... ». Le colis de retour a quitté Churchill le 23 février 1719 et est arrivé à Fort York le 7 mars. Durant le voyage du retour, les transporteurs devaient rapporter 363 livres (système troy) de tabac du Brésil. Ils avaient le droit d’amener un chien pour les aider à transporter les fournitures.

George Simpson McTavish, facteur de la CBH qui travaillait à Fort Churchill à la fin du 19e siècle, a décrit ces voyages dans son livre Behind the Palisades (1964). Selon Simpson, la nourriture pour les attelages de chiens consistait en du petit lard et de la peau de baleine congelés, emballés dans un « parchemin » de toile distinct pour chaque nuit. Le courrier envoyé aux « amis » ajoutait entre 15 et 20 paquets à la charge. Les noms de lieux géographiques utilisés communément à cette époque sont notamment Egg Hill (Knight’s Hill), Eastern Creeks (ruisseaux reliés à la rivière Mast), Snowshoe Muskeg (région marécageuse au sud du lac Norton), Snowshoe Plain (région au sud de la baie La Pèrouse), White Whale Lake (lac Hannah), White Partridge Creek (ruisseau Wapinayo), Salmon Creek (Salmon Creek), Broad River (Broad River), Five Mile Scrubs (entre les rivières Broad et Owl), et Owl River (Owl Creek). Les archéologues de Parcs Canada ignorent encore la route exacte empruntée, mais d’anciennes cartes aériennes militaires découvertes récemment, combinées aux registres de la CBH et aux connaissances autochtones traditionnelles, pourraient aider à résoudre ce mystère.

Un voyage de York Factory à Churchill (1893)

Le révérend Joseph Lofthouse, le ministre anglican de Fort Churchill, vivait dans la région de la baie d’Hudson à peu près au même moment que George Simpson McTavish. Il décrit un voyage entre Churchill et York Factory, amorcé de Churchill le 13 mars 1893.

[traduction] « J’ai quitté la maison le matin du 13 mars à 6 h 30, en compagnie du Dr Milne, l’agent de la Compagnie de la Baie d’Hudson responsable à York Factory, qui avait passé quelques jours à Churchill; nous avions un traineau tiré par cinq chiens avec nos provisions, une couverture, etc., mais aucune voiture « Pullman » confortable dans laquelle nous aurions pu nous reposer. Toute la distance, environ 170 miles, devait être parcourue à pied à l’aide de raquettes. Je ne me sentais pas très bien depuis un certain temps et j’ignorais comment j’allais y arriver, mais le devoir m’appelait avec insistance à YF, le missionnaire qui s’y trouvait ayant quitté les lieux, et j’étais convaincu que Dieu allait me permettre de m’y rendre.

Le premier jour, une très belle journée quoique très froide, nous avons parcouru environ trente-trois miles avant de camper pour la nuit. Le camping dans les bois est la pire partie du voyage dans le Nord... Lorsqu’il y a suffisamment de bois sec pour le feu, ce n’est pas trop mal, mais entre ici et York Factory, il y a très peu de bon bois et il est souvent difficile de trouver du bois pour le feu. J’étais très fatigué mais j’ai très peu dormi, étant plutôt transi, étendu sous un arbre avec une seule couverture. Nous avons tout de même repris la route à six heures du matin et parcouru trente-cinq miles. À ce moment, je commençais à avoir des ampoules aux pieds et marcher était en effet douloureux. La seule chose à faire était de continuer et de laisser la volonté vaincre la douleur.

Le troisième jour, nous avons vécu une aventure excitante en traversant une vaste plaine d’une vingtaine de miles, semblable à une mer de glace; nous avons vu une grosse ourse polaire avec ses deux petits…

Le cinquième jour a été long et éprouvant. Nous sommes partis à cinq heures du matin et avons marché jusqu’à huit heures du soir, arrêtant seulement le temps de prendre deux repas, puis nous sommes arrivés à York Factory. Le Dr Milne et moi-même étions épuisés d’avoir marché les 170 miles en cinq jours, ayant parcouru au moins cinquante miles au cours de cette dernière journée. Pour ajouter à notre inconfort et à nos douleurs, nous souffrions tous deux de cécité des neiges. Il s’agit d’un trouble des plus douloureux causé par le reflet intense du soleil sur la neige. J’ai connu plusieurs cas où une cécité totale avait été causée par ce trouble. Nous sommes restés aveugles pendant plusieurs jours, mais avons graduellement recouvré la vue, quoiqu’une certaine faiblesse oculaire demeure toujours. »

Le long de la côte – histoire plus récente

On ne peut mentionner les activités postales dans le Nord du Manitoba sans commenter les besoins de communication des peuples situés encore plus au nord. Par exemple, sur la côte ouest de la Baie d’Hudson, les missionnaires et la Police à cheval du Nord-Ouest à Cape Fullerton (près du bras Chesterfield) devaient régulièrement patrouiller avec des attelages de chiens pendant l’hiver, et transporter le courrier en même temps. Cela supposait de se rendre jusqu’à Churchill et, dans le cas de la police, jusqu’à Port Nelson (aux environs de 1914), et au sud à Split Lake.

Lorsque j’ai commencé à travailler au musée de Churchill, le curateur, le frère Jacques Volant, m’a raconté que les missionnaires allaient et venaient entre Churchill et le Nord avec du courrier, des fournitures et les dernières nouvelles. Imaginer les attelages de chiens attachés à la résidence Bishop en ville et à leur chalet de Goose Creek m’a donné envie d’avoir vécu à cette période. Le courrier était assurément plus précieux à cette époque!