Parc national du Canada Wapusk

Maintenir un camp de recherche sur la faune dans la région reculée du parc national Wapusk

Murray Gillespie, Éducateur auprès des jeunes, photographe et biologiste de terrain; Membre du Conseil de gestion de Wapusk, représentant de la province du Manitoba

Échos de Wapusk - Volume 5, Numéro 1, 2012

Twin Otter de Lambair à la station de recherche Nester One en juin 1974 Twin Otter de Lambair à la station de recherche Nester One en juin 1974
© Murray Gillespie

Le parc national (PN) Wapusk, géré par Parcs Canada, a été créé en 1996. Ce parc sauvage, qui fait partie d’un réseau national, représente la région naturelle des basses-terres d’Hudson et de James. Situé entre la ville de Churchill et la rivière Nelson, le PN Wapusk se trouve dans une région reculée et n’est accessible que par hélicoptère ou par autoneige.

Le mandat de Parcs Canada est de protéger et présenter le patrimoine historique et naturel du Canada. Au sein du PN Wapusk, la recherche scientifique joue un rôle important en ce qui a trait à la protection de l’intégrité écologique du parc. On y retrouve quatre petits camps isolés qui appuient les activités de recherche et de surveillance. Comme les chercheurs passent des semaines et parfois même des mois dans ces camps retirés, les installations doivent être entièrement autonomes.

La naissance de « Nester 1 »

Le camp Nester One au printemps 1973 Le camp Nester One au printemps 1973
© Murray Gillespie

La recherche scientifique dans la région remonte bien loin dans le temps. En 1969, bien avant la création du PN Wapusk, une station de recherche avait été établie juste au sud du cap Churchill par un consortium d’organismes de gestion de la faune, dont la province du Manitoba. Ce poste de recherche avait pour but principal d’étudier la bernache du Canada qui nichait le long de la côte de la baie d’Hudson. Le camp était en fait une hutte militaire de type Quonset entourée d’une clôture électrique pour tenir à distance les ours polaires susceptibles de s’y aventurer. À ce moment, Churchill était un important carrefour aérien pour le Nord. Lambair avait une flotte d’aéronefs à l’aéroport Churchill et offrait un service de transport fiable pour le réapprovisionnement de nombreux camps isolés de ce genre. Les populaires avions de brousse de Havilland monomoteur Otter et Twin Otter servaient de soutien principal pour ces missions d’approvisionnement. En 1973, des préoccupations concernant le nombre d’ours polaires à proximité du camp ont donné lieu à la décision d’installer des communications radio entre le camp et Churchill. Le camp devait trouver un indicatif d’appel et le nom « Nester One » est né (« Nester » faisant référence en anglais à l’accent mis sur les bernaches du Canada nichant [nesting] dans la région).

Clifford arrive à la cache de la rivière Broad avec un chargement de bois en avril 2009 Clifford arrive à la cache de la rivière Broad avec un chargement de bois en avril 2009
© Murray Gillespie

À la fin des années soixante-dix, les aéronefs à Churchill n’étant pas toujours disponibles, d’autres moyens de transport sont devenus nécessaires. En mai 1978, Lindy Lee, un résident de Churchill, a quitté la ville dans un bouteur de type D9 Caterpillar tirant deux grands traîneaux de marchandises, pour se diriger vers l’est, à Nester One. De retour à Churchill après 30 heures passées à lutter et à pelleter pour tirer son bouteur de la neige qui s’accumulait, Lindy a déclaré qu’il ne voulait plus jamais vivre une telle expérience. L’équipe de recherche devait donc trouver une autre façon d’approvisionner le camp. La solution était Clifford Paddock, un résident local expérimenté qui possédait une légendaire autoneige sur chenilles de Bombardier. Clifford, alors employé de la Base de lancement de fusées de recherche de Churchill, connaissait bien les principes de manutention d’équipement lourd dans toutes les situations météorologiques. Il a donc été embauché pour transporter les ravitaillements à Nester One. Ainsi a débuté une longue et cordiale relation avec Clifford.

Clifford Paddock prépare son dîner de saucisson de Bologne durant le transport de marchandises en avril 2009 Clifford Paddock prépare son dîner de saucisson de Bologne durant le transport de marchandises en avril 2009
© Murray Gillespie

Transporter tout le nécessaire, qu’il s’agisse de carburant pour avion, de mazout, de provisions, de papier de toilette ou de matériaux de construction (y compris l’évier de cuisine), dans n’importe quelle condition météorologique, était la marque de commerce de Clifford. La plupart du temps, Clifford voyageait seul, partant souvent la nuit pour revenir avant le lever du soleil afin de disposer des meilleures conditions de neige pour se déplacer. Avant la venue de la technologie de GPS, la navigation se faisait « à l’estime », ou en se servant du soleil ou de la lueur des lumières de Churchill au loin pour trouver sa route dans la toundra recouverte de neige. Un voyageur inexpérimenté pouvait facilement être désorienté et se perdre, mais Clifford trouvait toujours sa route. L’arrière du Bombardier était toujours bien garni de pièces de rechange, de jerricans d’essence, d’outils, d’un sac de couchage et, bien sûr, de saucisson de Bologne et de pain de seigle qu’il faisait cuire sur le poêle Coleman qu’il gardait à l’arrière de son autoneige.

Au fil des décennies, Nester One a soutenu les études de nombreux étudiants et chercheurs sur de nombreux sujets, y compris l’ours polaire, le renard arctique, la grenouille, le caribou, la qualité de l’eau, la surveillance de la neige et le pergélisol. Les importants travaux de recherche effectués à Nester One n’auraient pu se faire sans l’engagement et la persévérance de Clifford. En tant qu’ancien employé de Conservation Manitoba chargé de l’entretien du camp, j’ai eu le plaisir de travailler avec cet homme dévoué et talentueux.

Aujourd’hui, Clifford travaille au Churchill Northern Studies Centre, mettant à profit sa vaste gamme de compétences et de connaissances pour entretenir une longue liste d’équipement et pour maintenir en marche les nombreux systèmes mécaniques du Centre. Il continue de se rendre au PN Wapusk, transportant des fournitures et des fûts de carburant pour de nombreux camps.

Le camp Nester One a beaucoup changé au cours des quarante dernières années et il continue d’appuyer une vaste gamme de travaux de recherche (y compris son centre d’intérêt premier, soit la nidification de la bernache du Canada) et offre un site sécuritaire pour les étudiants universitaires et les employés de Parcs Canada qui doivent surveiller et étudier cet important écosystème. Bien que l’exploitation et l’approvisionnement d’un camp comme Nester One suppose de nombreux défis, les travaux que l’on y effectue sont importants et pouvoir y séjourner constitue une occasion unique. Même si les installations ont été modernisées, le voisin le plus près se trouve toujours à plus de vingt kilomètres et, peut-être le fait le plus intéressant, on n’y retrouve ni réseau de téléphone cellulaire, ni accès Internet.