Parc national du Canada Wapusk

Qu’advient-il des rapports entre l’ours et l’être humain dans le parc national Wapusk?

Sheldon Kowalchuk
Gestionnaire, Conservation des ressources, Parc national Wapusk et Lieux historiques nationaux du Nord du Manitoba

Échos de Wapusk - Volume 4, Numéro 2, automne 2011

Image filmée par une caméra Reconyx déclenchée par les mouvements, le 7 août 2011, à 14 h 13 au camp de Broad River dans le parc national Wapusk Image filmée par une caméra Reconyx déclenchée par les mouvements, le 7 août 2011, à 14 h 13 au camp de Broad River dans le parc national Wapusk
© Université de la Saskatchewan

La rencontre avec un ours blanc dans le parc national (PN) Wapusk peut survenir à n’importe quel moment de l’année, même si les chances augmentent durant la saison sans glaces lorsque les ours sont contraints de regagner la terre. Les ours blancs se rassemblent souvent le long du littoral de la baie d’Hudson, et il n’est pas rare d’apercevoir plus de 20 ours à cap Churchill et de multiples ours à divers autres endroits à l’intérieur du PN Wapusk. Le même habitat côtier qu’utilisent les ours blancs abrite également des camps de recherche, ce qui multiplie les chances d’interactions entre l’être humain et l’ours. Au cours des trois premières années d’existence du parc, en moyenne 50 % des visiteurs ont rencontré un ours blanc. La gestion de ces rencontres n’est pas seulement importante pour l’être humain, mais également pour les ours dont le PN Wapusk est devenu l’habitat.

Les glaces de mer, qui constituent un habitat névralgique pour les ours blancs de la sous-population de l’ouest de la baie d’Hudson, fondent plus tôt que jadis, et l’on prévoit d’ores et déjà que les rencontres entre l’être humain et les ours blancs seront plus courantes à l’avenir tandis que les ours passent plus de temps à terre. Le plan de gestion du PN Wapusk fait état d’un certain nombre de nouvelles possibilités touristiques, et affirme qu’il faut s’assurer de toute urgence que les touristes peuvent faire l’expérience de ce parc reculé en toute sécurité, surtout si l’on tient compte de la durée plus longue que les ours passeront à terre.

Depuis quatre ans, Parcs Canada s’évertue à enrichir ses connaissances sur les rapports entre l’être humain et l’ours dans le parc. Les chercheurs, les exploitants d’entreprise titulaires d’une licence et les employés de Parcs Canada qui sont autorisés à porter des armes à feu dans le PN Wapusk sont tenus de remplir des formulaires détaillés sur l’interaction entre l’ours et l’être humain chaque fois qu’ils rencontrent un ours. Parcs Canada saisit tous les renseignements de ces formulaires dans une base de données appelée « Kestrel ». Ces mêmes renseignements sont également fournis au Fish and Wildlife Service des États-Unis qui les télécharge dans leur système d’information sur l’ours blanc et l’être humain (PBHIMS – Polar Bear Human Information Management System). Le PBHIMS est une base de données internationales dans laquelle on trouve des renseignements sur les rencontres entre l’être humain et toutes les espèces d’ours, et elle a été constituée face à l’augmentation prévue des rencontres entre l’être humain et l’ours dans tout le Grand Nord. Entre 2007 et 2010, il y a eu en moyenne 10 cas prouvés chaque année dans le PN Wapusk où des êtres humains et des ours ont été en contact direct, et où les personnes concernées ont pris des mesures pour chasser les ours. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions de ces données. On peut néanmoins espérer qu’en continuant à décrire ces phénomènes, on pourra mieux savoir si ces rencontres augmentent avec le temps.

Parcs Canada a également établi un partenariat avec le Dr Douglas Clark de l’Université de la Saskatchewan pour mieux comprendre les rencontres entre l’ours et l’être humain dans le PN Wapusk, en particulier dans les secteurs autour des camps de recherche. Entre autres moyens, des caméras de recherche sur la faune Reconyx déclenchées par les mouvements fournissent des renseignements sur la fréquence avec laquelle les ours s’approchent des camps, ainsi que sur le moment de l’année et l’heure de la journée où ils font leur apparition. En 2010, entre le 1er juillet et la mi-novembre, les caméras ont aperçu à 39 reprises des ours blancs autour du camp de Broad River cloturé. Ces renseignements sont précieux tandis que nous mettons en place des mesures de sécurité pour les activités qui se déroulent au camp de Broad River et que nous planifions de nouvelles perspectives touristiques.

Depuis la proposition d’inscription de l’ours blanc à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada, l’attention et l’intérêt suscités par cette espèce ne feront qu’augmenter. Il sera de plus en plus important de consigner et d’analyser les données sur chaque rencontre entre l’être humain et l’ours dans le parc, et de comprendre les tendances plus générales qui façonnent ces rencontres. C’est ce que ces rencontres nous apprendront qui aidera Parcs Canada à protéger à la fois l’être humain et l’ours blanc.