Parc national du Canada Yoho
Animaux
Le loup : recherche et surveillance
le loup (Canis lupus)
© Parcs Canada/A.Dibb
Historique
Il fut un temps où les loups figuraient parmi les grands carnivores les plus communs et les plus répandus en Amérique du Nord. Avant l'arrivée des Européens, on en trouvait couramment dans les vallées des Rocheuses. À cause d'une campagne d'extermination des loups, entreprise au siècle dernier, les loups avaient presque complètement disparus du sud et du centre des Rocheuses au début du XXe siècle. Au cours des années 40, le nombre de loups dans les parcs des Rocheuses a augmenté, situation étroitement liée à l'accroissement des populations d'ongulés. Toutefois, les populations de loups ont de nouveau commencé à décliner dans les années 50, à cause de la recrudescence des programmes d'extinction, par la chasse et l'empoisonnement, tant sur les terres provinciales que dans les parcs nationaux. Les populations de loups se sont maintenues à des niveaux très faibles jusqu'au début des années 80, après quoi elles ont commencé à recoloniser le centre des Rocheuses. Depuis ce temps, cet animal qui suscite des sentiments controversés fait de nouveau partie intégrante de l'écosystème des montagnes. Aujourd'hui, les loups sont présents dans les parcs nationaux Yoho et Kootenay ainsi que sur des terres avoisinantes.
coyote (Canis latrans)
© Parcs Canada/A.Dibb
Biologie et écologie
Les loups cohabitent dans les parcs des Rocheuses avec deux autres canidés : le coyote et le renard roux. Le coyote est plus petit que le loup; ses oreilles sont proportionnellement plus grandes et son museau, plus pointu. Puisque la couleur des loups des Rocheuses se rapproche souvent de celle des coyotes, on ne peut se fier à la couleur du pelage pour différencier ces espèces. Généralement, le coyote a le corps gris pâle et une bande noire sur le dos. Quant au renard roux, il est peu commun dans les parcs des Rocheuses. On le confond rarement avec le coyote ou le loup étant donné sa petite taille et sa couleur distinctive.
Les loups du centre des Rocheuses appartiennent à la sous-espèce Canis lupus irremotus . Ils sont plus gros que leurs cousins de l'Est. Le mâle des Rocheuses pèse de 35 à 55 kg et mesure environ 80 cm de haut à l'épaule. Les loups vivent en groupes familiaux bien organisés, qu'on appelle des bandes. Chaque bande a à sa tête un mâle dominant et une femelle dominante, qui forment le seul couple géniteur. Les loups ont une vie sociale riche et ludique.
bande de loups
© Parcs Canada/Collection du PNY
Les bandes de loups observées dans les parcs des Rocheuses occupent de vastes territoires. Celui de la bande de Yoho couvre environ 1,000 km 2 . De telles étendues sont nécessaires pour leur assurer un bassin suffisant de proies. Les densités d'ongulés étant relativement faibles dans les parcs nationaux Kootenay et Yoho, les loups doivent effectuer de grands déplacements pour s'alimenter. Les limites de leur territoire peuvent changer périodiquement, selon les conditions climatiques ou la disponibilité des proies.
On sait que les loups s'alimentent de tout ce qu'ils parviennent à chasser et à tuer. Ainsi, leurs proies varient en taille, allant des souris jusqu'aux orignaux. Dans le secteur d'étude de Yoho, délimité par la ligne de partage des eaux, la vallée du fleuve Columbia et le bassin hydrographique de la rivière Blaeberry, des chercheurs ont découvert, après avoir examiné les lieux de prédation des loups, que ceux-ci attaquent surtout les orignaux et les wapitis.
Recherche et surveillance
Animaux tués par les loups : Étude sur les loups 1995-1997
© Parcs Canada
Les chercheurs observent de près la recolonisation du loup dans le centre des Rocheuses. Des recherches ont été entreprises en 1987 au parc national Banff, puis se sont étendues aux parcs nationaux Yoho et Kootenay. Un projet de recherche quinquennal subventionné par Parcs Canada s'est terminé récemment (1999), mais les recherches se poursuivent encore aujourd'hui, grâce au Projet sur les loups du centre des Rocheuses, parrainé à même le programme du parc consacré à la faune.
Les chercheurs ont recours à la télémétrie pour repérer les loups en milieu sauvage. Chaque collier émetteur produit une fréquence radio unique. On détermine la provenance du signal à l'aide d'un récepteur radio et d'une antenne directionnelle. Les chercheurs font souvent des observations télémétriques à partir d'un avion ou d'un hélicoptère pour trouver leurs sujets. Ce moyen s'avère parfois plus économique que les recherches au sol lorsqu'il s'agit d'animaux qui parcourent de grandes distances.
traces de loup dans la neige
© Parcs Canada/Collection du PNY
Pendant l'hiver, les chercheurs suivent également les pistes laissées par les loups dans la neige pour déterminer les déplacements et les activités de tous les membres de la bande. En suivant les pistes des loups et de leurs proies, et en cherchant d'autres indices dans les pistes enneigées, les chercheurs peuvent reconstituer les scènes de chasse. Pour éviter de perturber les loups, ils procèdent « à rebours » (ils remontent la piste dans la direction opposée à celle qu'ont prise les loups).
Parmi les autres techniques de recherche employées dans l'étude du loup du parc Yoho, citons l'analyse des excréments (matières fécales), qui permet de déduire les habitudes alimentaires, la mesure des conditions d'enneigement sur les lieux de chasse, l'évaluation de la condition physique des proies et la nécropsie (examen effectué après la mort) de loups trouvés morts.
La recherche sur le loup permet de définir ses préférences en matière d'habitat, son mode de sélection des proies, ses corridors de déplacement, les causes de mortalité et l'emplacement de zones vitales, notamment les lieux de mise bas. De tels renseignements peuvent influer de façon importante sur la gestion des activités humaines dans les zones protégées. En effet, ils peuvent modifier le choix de lieux pour le passage de sentiers ou la construction d'installations de même que le degré d'activité humaine dans ces lieux ou l'interdiction saisonnière d'accès à des zones fragiles comme les lieux de mise bas ou les lieux de rassemblement.
La bande de loups de Yoho
Le territoire de la bande de loups de Yoho englobe l'amont des rivières Beaverfoot et Kootenay, au sud du parc national Yoho, la vallée de la rivière Kicking Horse, entre le ruisseau Glenogle et le lotissement de Field, et les vallées des affluents de la Kicking Horse, dont celles de l'Amiskwi et de l'Ottertail.
D'après les observations rapportées au cours des deux premiers tiers du XXe siècle, le parc national Yoho comptait surtout, à ce moment-là, des loups solitaires qui y venaient de façon occasionnelle. Dans les années 70, il était déjà plus courant d'apercevoir des loups dans le parc; ainsi, quatre loups ont été signalés dans la vallée du cours supérieur de la rivière Ice. C'est dans les années 80 que l'on a trouvé pour la première fois une aire de mise bas dans le parc. La présence d'une aire de mise bas a été confirmée en 1994, ce qui a eu pour effet d'étendre la recherche sur les loups des parcs des Rocheuses au parc Yoho en 1995. Il appert que, de 1995 à 1999, les bandes de loups ont occupé sans arrêt les secteurs à faible altitude du parc et les terres provinciales avoisinantes. Les recherches intensives sur la bande du parc Yoho se sont terminées en 1998, mais le personnel du parc, des bénévoles et les membres du Projet sur les loups du centre des Rocheuses continuent de surveiller l'état de la bande et ses déplacements.
1995
Le premier loup auquel on a mis un collier émetteur dans le parc national Yoho était un adulte mâle. Capturé en mai 1995, ce loup a été surnommé Sirius par les chercheurs. Il avait été repéré à l'été et au début de l'automne 1995 pour disparaître à la mi-octobre. Bien que les chercheurs et les gardes de parc n'aient jamais récupéré la carcasse de Sirius, des preuves circonstancielles concluantes ont révélé qu'il avait été abattu à l'extérieur du parc près du confluent de la rivière Beaverfoot et du ruisseau Moose.
Merlin, un autre mâle adulte, a aussi été capturé en mai 1995. Cependant, il a quitté le secteur d'étude à la fin juin et l'on croit qu'il a trouvé la mort (d'une cause inconnue) près du bras Bush du réservoir Kinbasket au nord de Golden, en Colombie-Britannique.
1996
En mai 1996, trois louves ont été capturées et munies d'un collier émetteur. Aurora était une jeune femelle d'un an, Amiskwi une adulte et Aquila une autre adulte. Cette dernière aurait été la femelle alpha de la bande de loups de Yoho. Ces trois louves ont parcouru, en compagnie d'autres membres de la bande, le territoire allant de l'embouchure de la rivière Ottertail à la limite du parc Kootenay (principalement à l'extérieur du parc) durant l'été pour revenir dans le parc le jour même de l'ouverture de la saison de la chasse. À ce moment-là, la bande comptait environ neuf loups mais, au cœur de l'hiver, elle en avait perdu deux, qui ont probablement quitté le secteur.
1997
Au printemps 1997, Aquila a établi sa tanière près de la rivière Kicking Horse, tout juste à l'extérieur du parc, et elle y a eu une portée. On a signalé au moins un autre gros loup qui se déplaçait régulièrement entre les lieux de prédation et la tanière, apportant probablement de la nourriture à Aquila et à ses louveteaux. Après avoir quitté la tanière à la mi-mai, Aquila s'est rendue dans la région du ruisseau Tallon, dans le parc national Yoho.
Le 11 mai 1997, Amiskwi a été abattue près d'un pavillon de chasse aux abords du parc, dans la vallée de la Beaverfoot, près du ruisseau Tallon. Elle se nourrissait de la carcasse d'un bouvillon qui avait été amené à cet endroit depuis la vallée du Columbia. Les chercheurs ont constaté qu'Aquila et Aurora sont restées toutes les deux dans les parages pendant 10 jours et qu'elles se sont rendues chacune de leur côté au lieu du massacre, bien qu'il ne soit pas clair si elles l'ont fait pour chercher Amiskwi ou pour y trouver de la nourriture. Les deux louves munies d'un collier émetteur n'ont plus jamais été repérées ensemble.
En novembre 1997, le collier d'Aurora a commencé à émettre des signaux en « mode mortalité ». Les chercheurs et les gardes de parc ont fait des recherches pour découvrir que le collier se trouvait dans la rivière Beaverfoot, mais ils ont été incapables de le récupérer. Il se pourrait qu'Aurora ait perdu son collier et qu'elle ait survécu, qu'elle se soit noyée en traversant la rivière ou encore qu'elle ait été abattue et jetée dans la rivière ou que son collier y ait été jeté. Les recherches poussées qui ont été menées ont révélé qu'un loup avait été abattu au même endroit à ce moment-là, mais il n'a pas été confirmé qu'il s'agissait bel et bien d'Aurora.
1998 - 2000
Après ne pas avoir donné signe de vie pendant trois mois et demi à l'hiver 1997-1998, Aquila est réapparue à la mi-février, pour disparaître de nouveau peu de temps après que son partenaire mâle ait été abattu dans la vallée de la Beaverfoot. On ignorait où elle se trouvait jusqu'à ce qu'elle soit capturée dans le secteur de drainage du sud-ouest de l'Alberta, en février 1999. On lui a posé un nouveau collier et on l'a repérée plusieurs fois, plus tard dans l'année, au nord de Blairmore, en Alberta. Les chercheurs croient qu'elle s'est blessée au pied ou à la patte dans un piège à ressort durant l'hiver 1999-2000. Le 1er mai 2000, on l'a trouvée morte près du ruisseau Racehorse, en Alberta, mais il se peut que son décès remontait à plus d'un mois; il a été impossible d'en déterminer la cause exacte. Aquila était le dernier des sujets munis d'un collier émetteur de la bande de loups de Yoho.
Bien que la bande de Yoho ait produit des petits en 1999, elle a enregistré un niveau fort élevé de mortalité en raison de collisions ferroviaires et routières (se reporter au tableau 1). Grâce aux empreintes laissées sur la neige, on a découvert qu'au moins trois loups avaient survécu à la fin de l'hiver dans le parc Yoho (1999-2000). Cependant, peu de signalements ont été confirmés durant l'été et on ne croit pas que les loups se soient reproduits dans le parc national Yoho en 2000. En septembre, deux loups avaient trouvé la mort sur la route transcanadienne, dans le parc. Même si, selon toute vraisemblance, Yoho ne compte pas pour le moment de bande résidente de loups reproducteurs, il se peut que des loups continuent d'y pénétrer depuis les terres provinciales ou d'autres parcs nationaux.
Tableau 1.
Mortalité des loups sur les routes et les voies ferrées du parc Yoho : 1999
Parc national Yoho
Collisions ferroviaires - 1
Collisions routières - 4
À l'extérieur du parc
Collisions ferroviaires - 2
Collisions routières - 1
Les êtres humains et les loups
L'histoire des loups du centre des Rocheuses illustre que même un animal aussi ingénieux et au potentiel reproductif aussi élevé que le loup peut être exterminé par l'activité humaine. Bien que les loups soient maintenant à l'abri de la persécution directe dans les parcs nationaux, ils sont tout de même menacés : leur taux de mortalité est élevé à cause des collisions avec des véhicules ou des trains, ils sont perturbés par les activités ou les installations de l'homme, et leur habitat ou leur bassin de proies dépérissent. Les loups étant des animaux qui parcourent de grands espaces, ils traversent fréquemment des frontières. À l'extérieur des parcs, ils affrontent d'autres périls, notamment la chasse, le piégeage et l'empoisonnement, en partie parce que certains les perçoivent comme une menace pour le gibier ou le bétail.
En 1996, les chercheurs ont consigné les causes des mortalités survenues entre 1984 et 1995 dans le secteur d'étude de Yoho (y compris la portion de la vallée de la Beaverfoot située à l'extérieur du parc). Même si un grand nombre de mortalités, y compris de cause naturelle, ne sont probablement pas signalées ou qu'elles passent inaperçues, on a pu identifier la cause de décès chez 24 loups. En tout, 25 % des mortalités sont survenues dans le parc national Yoho. Le tableau ci-dessous résume les constatations qui ont été tirées.
Mortalité des loups par cause, dans le secteur d'étude de Yoho : 1984-1995
© Parcs Canada
Que fait-on à Parcs Canada pour protéger les loups du parc national Yoho?
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Dans le Plan directeur du parc national Yoho (2000), il est stipulé que le parc maintiendra en place les conditions permettant d'appuyer la présence d'une bande de loups. Toutefois, l'on reconnaît que le parc n'offre pas un habitat et un bassin de proies suffisants pour assurer la survie d'une bande de loups; les loups de « Yoho » dépendront toujours en partie des terres provinciales adjacentes. Par conséquent, le parc doit travailler à la conservation des loups en collaboration avec les organismes provinciaux de gestion de la faune, les propriétaires fonciers privés, les citoyens de la région et les vacanciers. À l'heure actuelle, le parc entretient un dialogue entre les organismes, il fait de la sensibilisation environnementale et il publie les résultats de ses recherches.
Le personnel de Parcs Canada tient compte des résultats des recherches sur le loup dans ses activités de planification et dans ses évaluations de l'impact sur l'environnement. Il s'efforce de réduire le nombre d'accidents causant la mort de loups sur les routes par la mise en application des limites de vitesse affichées. Il travaille en outre avec le Canadien Pacifique pour assurer le retrait rapide des carcasses d'ongulés qui pourraient attirer les loups et d'autres animaux sur les voies ferrées. Dans les parcs nationaux Kootenay et Banff, le service de gardes de parc a mis en œuvre des limites temporaires le long des tronçons de la route où les loups sont souvent portés à traverser, en particulier lorsque les louveteaux commencent à s'éloigner de leur tanière. Ces zones de vitesse pourraient être mises en place dans le parc Yoho, mais il est difficile d'établir le moment et l'emplacement des mesures à prendre sans la présence de loups munis de collier émetteur dans la bande.
L'administration du parc reconnaît également que les loups ont besoin d'un bassin de proies suffisant et que les populations de grands ongulés, tels que le wapiti et le cerf mulet, ont décru ces dernières années. La cause du déclin semble provenir d'une combinaison d'éléments, à savoir les collisions routières, l'appauvrissement de la qualité de l'habitat (en particulier l'hiver), la rigueur des hivers et la prédation.C'est pourquoi elle a mis en œuvre un programme visant à rétablir le rôle des incendies dirigés et à améliorer l'habitat favorable aux grands ongulés.
Ce que vous pouvez faire
Dans les parcs nationaux des Rocheuses, les collisions avec des véhicules motorisés constituent une cause importante de mortalité chez les loups. Prenez soin d'observer les limites de vitesse au cours de vos déplacements dans les parcs. Respectez aussi toute limite temporaire qui pourrait être mise en œuvre sur un tronçon de la route, particulièrement à la fin de l'été, pour protéger les loups là où ils sont souvent portés à traverser la route.
Les loups sauvages ont de meilleures chances de survivre s'ils ne s'habituent pas à la proximité de l'être humain ou s'ils ne deviennent pas tolérants vis-à-vis de celui-ci. Si vous apercevez un loup, ne vous en approchez pas et ne le nourrissez pas. Ne sortez pas de votre véhicule pour le voir de plus près ou pour prendre une photo. Vous contribuerez ainsi à garder les loups à l'état sauvage.
Les visiteurs et les résidents des environs peuvent également apporter leur aide en rapportant toute observation de loups, même à l'extérieur des limites des parcs, par exemple dans la vallée de la Kootenay, au sud du parc et dans la vallée du Columbia, entre Golden et Canal Flats. Toute personne qui aperçoit des loups peut signaler ce fait aux centres d'accueil du parc ou par courriel à l'attention de KNP_Wildlife@pc.gc.ca (nous sommes désolés, mais nous ne pouvons donner suite aux demandes de renseignements transmises à cette adresse de courriel). Prenez soin d'inclure la date, l'heure, le lieu et d'autres détails pertinents, voire le nom d'une personne (facultatif) avec laquelle les gardes du parc pourraient communiquer pour obtenir des précisions.
Autres liens
Pour en savoir davantage sur les loups dans le centre des Rocheuses, rendez-vous à l'adresse suivante site web du loup gris (http://www.graywolf.ca) (en anglais seulement).
Pour en savoir davantage sur l'initiative De Yellowstone au Yukon, rendez-vous à l'adresse suivante site web sur l'initiative de protection de Yellowstone au Yukon (Y2Y) (http://www.y2y.net/) (en anglais seulement).