Parc national du Canada Yoho

Étude sur le carcajou – mise à jour 2004

Le carcajou est un animal rare, la densité de sa population est faible et son aire de distribution est très vaste; autant d'éléments qui rendent extrêmement difficile toute collecte de renseignements sur la biologie de cet animal, sur sa répartition et sur son abondance. Or les gestionnaires des parcs ont justement besoin de ce type de renseignements scientifiques pour orienter et évaluer les mesures de gestion qu'ils doivent prendre. Il est donc primordial d'établir des manières d'estimer la taille de la population au fil du temps. C'est pourquoi les parcs nationaux Yoho et Banff ont mis sur pied un programme de recherche et de surveillance du carcajou à l'hiver 2001-2002.

Au cours de trois hivers d'affilée, des chercheurs ont réalisé des travaux pour déceler et surveiller l'activité du carcajou dans une aire d'étude de 1 000 km 2 . Les deux premiers hivers, ils ont suivi des pistes dans la neige pour détecter la présence de carcajous et pour recueillir des données sur l'utilisation que font ces animaux du paysage. L'analyse des données recueillies a permis d'établir les importants corridors de déplacement qu'empruntent les carcajous pour circuler dans le paysage accidenté, qui renferme également d'importants axes routiers et sentiers pédestres. Les chercheurs ont également relevé et cartographié les aires possibles de mise bas. Ils ont installé des dispositifs de dénombrement le long des sentiers pour surveiller le taux de fréquentation humaine sur les sentiers en hiver et le type d'activités pratiquées.

En gros, les chercheurs ont confirmé la présence de carcajous, et ils ont constaté que la densité de leur population est faible dans le secteur à l'étude. Le taux de fréquentation humaine sur les sentiers en hiver est généralement élevé et prévisible; il est le plus élevé sur les sentiers faciles d'accès et il s'accroît de manière générale sur tous les sentiers la fin de semaine. Au-delà d'un certain seuil pour ce qui est du nombre d'utilisateurs sur les sentiers, les chercheurs n'ont décelé la présence d'aucun carcajou. La fréquentation humaine du paysage pourrait ainsi compter parmi les éléments qui influent sur la répartition et l'abondance de cet animal. Parcs Canada continuera de surveiller certains sentiers afin de dégager les tendances qui se dessinent.

Au cours de la troisième saison d'étude, les chercheurs ont eu recours à deux autres techniques de surveillance : les pièges à fourrure et les pièges munis d'appareils-photos. Les pièges à fourrure sont fixés à un arbre au moyen de fil barbelé, et une substance olfactive y est attachée. Des poils restent accrochés dans le fil barbelé quand l'animal grimpe dans l'arbre, attiré par la substance. Les chercheurs recueillent les poils pour en faire l'analyse génétique. L'ADN prélevé d'un follicule pileux permet non seulement d'identifier l'espèce, mais il sert aussi d'empreinte génétique pour l'individu dans l'espèce. Au fil du temps, quand un nombre suffisant d'échantillons auront été prélevés, il sera possible d'estimer la taille de la population, la distance parcourue par les individus et la répartition.

Pour évaluer l'efficacité des pièges à fourrure, Parcs Canada se sert d'appareils-photos en conjonction avec les pièges. Un appareil-photo a été mis à l'essai à l'un des 21 postes munis de pièges. Les animaux qui grimpent dans les arbres traversent un rayon infrarouge qui déclenche l'appareil-photo. L'image ainsi capturée permet de vérifier si le piège a recueilli un poil de l'animal ainsi détecté. Une telle comparaison peut offrir un facteur de correction pour les pièges à fourrure, qui peuvent ainsi être utilisés à plus grande échelle comme outils de surveillance économiques.

Si les pistes révèlent que des carcajous sont passés à moins de deux cents mètres de deux pièges, aucun poil n'a été recueilli, et les appareils-photos n'ont pris aucune image. Il semble que les substances olfactives n'ont pas agit suffisamment sur les carcajous pour les attirer. Les pièges à fourrure qui ont été utilisés dans le cadre de projets de recherche à l'extérieur des parcs et auxquels des appâts ont été fixés (p. ex. de la viande) ont donné les résultats escomptés.

La surveillance des carcajous se poursuivra dans les parcs nationaux Yoho et Banff. En raison de la faible densité de la population et du fait que l'animal parcourt de vastes territoires, les biologistes du parc entreprendront un exercice de surveillance à grande échelle en collaboration avec le ministère du Développement durable des ressources du gouvernement de l'Alberta et l'Alberta Research Council, à compter de l'hiver 2004-2005. Les visiteurs du parc qui rapportent à l'administration les traces et les animaux qu'ils aperçoivent contribuent grandement à cet effort. En élargissant de beaucoup le secteur l'étude, il sera possible de faire en sorte que la surveillance permette l'atteinte des objectifs de conservation à l'échelle non seulement des parcs nationaux Banff et Yoho, mais aussi à l'échelle du paysage, ce qui se rapproche davantage de la nature des carcajous et de leur habitat.