Parc national du Mont-Revelstoke

Le carcajou, énigme légendaire

Carcajou - Gulo Gulo Carcajou - Gulo Gulo / © Parks Canada

Symbole de nos étendues sauvages, le carcajou est un bel exemple de détermination inébranlable et d’indépendance farouche. Il passe sa vie à errer entre le fond des vallées et la toundra alpine dans une perpétuelle quête de nourriture.

Le carcajou a été inscrit sur la liste bleue des espèces préoccupantes du gouvernement de la Colombie Britannique. Il fait également l’objet d’une nouvelle évaluation à l’échelon fédéral par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Le carcajou se caractérise par un faible taux de reproduction. Il a besoin d’un vaste territoire, et il est sensible à l’activité humaine ainsi qu’à la fragmentation de l’habitat causée par l’aménagement1.


Identification | Aire de répartition | Reproduction | Population | Régime alimentaire | Identification des pistes de carcajou | Préoccupations relatives à la conservation du carcajou | Recherches actuelles | Recherches antérieures | Ce que vous pouvez faire | Transmettez vos données d’observation | Liens connexes

Identification

Le carcajou est le plus gros animal de la famille des mustélidés. Souvent confondu avec un petit ours ou une grosse marmotte des Rocheuses, il est à peu près de la grosseur d’un chien de taille moyenne. Le mâle pèse de 12 à 16 kg, tandis que la femelle est généralement plus petite . L’espèce porte une épaisse fourrure brun foncé traversée de rayures blondes sur les flancs. Chaque individu se distingue par un motif particulier de marques argentées sur une face large.

Aire de répartition

Ski de Randonnée Ski de Randonnée
© Parks Canada - Jordy Shepherd

Le carcajou parcourt des distances phénoménales. Il lui arrive souvent de grimper des montagnes plutôt que d’en faire le tour. Le territoire des mâles varie de 230 à 1 580 km2, tandis que celui des femelles, surtout celles qui ont des petits, est beaucoup plus petit, de 50 à 400 km2 en général1. Dans la chaîne Columbia, les skieurs de l’arrière-pays peuvent suivre des pistes de carcajou qui traversent des crêtes de montagne, des cols élevés et des vallées profondes et reculées.

En Amérique du Nord, l’aire de répartition du carcajou s’étend jusqu’en Californie. Au sud de la forêt boréale, cependant, l’espèce ne se rencontre généralement que dans les chaînes de montagnes les plus sauvages, notamment dans les Rocheuses et la chaîne Columbia1.

Reproduction

Les carcajous s’accouplent entre les mois d’avril et de septembre, mais l’implantation de l’embryon est retardée de plusieurs mois, et les bébés naissent ordinairement entre la fin de mars et la mi-avril. Les taux de reproduction sont faibles (de deux à trois petits), et les femelles n’ont pas l’habitude de mettre bas tous les ans1. Par suite de la malnutrition associée à la rareté des sources de nourriture et du stress causé par les perturbations, les femelles ne sont pas toujours en mesure de mener leur gestation à terme (Persson, 2005).

À la fin de l’hiver, les femelles gravides s’isolent en altitude pour mettre bas entre de gros rochers couverts de neige ou près de talus d’éboulis (Krebs et Lewis, 2000).

Population

carcajou © Parks Canada

Si vous voyez un carcajou, considérez-vous comme chanceux : ils sont peu nombreux. Nous n’avons à l’heure actuelle aucune estimation de l’effectif pour les parcs nationaux du Mont Revelstoke et des Glaciers. Une étude menée dans les années 1990 indique que la densité de population de la partie nord de la chaîne Selkirk était d’environ un individu par tranche de 167 km2 (Krebs et Lewis, 2000). Le parc national des Glaciers occupe 1 349 km2 de ce territoire, et le parc national du Mont-Revelstoke, 260 km2.

Régime alimentaire

L’espèce est célèbre pour son appétit légendaire. Son nom scientifique, Gulo gulo, nous vient du latin et signifie glouton. En réalité, cette bête ne mange pas plus que les autres animaux de sa taille. Elle doit plutôt sa réputation au fait qu’elle n’a pas l’habitude de faire la fine bouche. Les chercheurs pensaient autrefois que l’espèce se nourrissait presque exclusivement de charogne, mais nous savons maintenant qu’il s’agit d’un prédateur accompli. Le carcajou peut abattre des caribous et des chèvres – des animaux qui font plusieurs fois sa propre taille –, et il chasse aussi de petits mammifères tels que la marmotte, le porc-épic et le spermophile. Comme il est omnivore, il mange aussi des racines et des baies1. Son régime alimentaire se compose en bonne partie de gros mammifères tués par des prédateurs ou par des avalanches1.

Identification des pistes de carcajou

  • Les pistes du carcajou sont habituellement composées de séries de trois empreintes de la taille de celles d’un gros chien. Si vous regardez de près l’empreinte du centre, vous verrez qu’elle a en fait été laissée par deux pattes.

  • Il peut également arriver que les empreintes soient disposées en groupes de quatre (comme celles du lynx ou du loup) ou en groupes de deux (comme celles du pékan ou de la martre)

  • On peut normalement voir la trace des cinq doigts et griffes du carcajou; les empreintes ne comportant que quatre doigts appartiennent au lynx (s’il n’y a pas de traces de griffes) ou au loup (si les traces de griffes sont visibles).
Avant

AVANT– Le cinquième orteil avant n’est pas toujours visible. Hauteur : ~ 12 cm

Arrière




ARRIÈRE – Le coussin du talon est invisible à l’arrière. Hauteur : ~ 10 cm

Motifs créés par les empreintes

les empreintes Marche 
© Parcs Canada - B. Bertch
les empreintes Séries de trois empreintes 
© Parcs Canada - B. Bertch
les empreintes Bonds : Pistes de martre à la gauche et pistes de carcajou à la droite
© Parks Canada - B. Bertch

Préoccupations relatives à la conservation du carcajou

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a recommandé que les populations de carcajous de l’Ouest canadien, y compris celles des parcs des montagnes, soient inscrites à la liste des espèces préoccupantes. Ce statut reflète leur faible effectif et la lenteur avec laquelle elles se remettent de déclins démographiques1. Les gouvernements de l’Alberta et de la Colombie-Britannique considèrent tous deux le carcajou comme une espèce en péril qui doit faire l’objet de mesures de gestion spéciales.

Les parcs nationaux des montagnes du Canada jouent un rôle important en procurant un habitat au carcajou. Cependant, comme l’espèce a besoin d’un vaste territoire pour survivre, les carcajous qui y élisent domicile n’y passent qu’une partie de leur vie.

Malgré sa réputation d’animal redoutable, le carcajou est vulnérable à plusieurs menaces, notamment : les perturbations causées en hiver par les amateurs de ski de randonnée, d’héliski et de motoneige (Krebs et al., 2007); les activités humaines pouvant provoquer l’abandon de la tanière (Magoun et Copeland, 1998); la diminution des sources de nourriture, telles que le caribou des bois1, et des populations de prédateurs qui lui procurent de la charogne1; la disparition et la fragmentation de l’habitat; la mortalité causée par l’exploitation des peaux1; les collisions sur les routes et les voies ferrées1 et les impacts du changement climatique sur l’habitat (Copeland et al., 2010).

Important indicateur de la santé de l’écosystème, le carcajou erre sur un vaste territoire et présente une faible densité de population1. Il est protégé dans les limites des parcs nationaux, mais il doit encore affronter des menaces telles que la présence de couloirs de transport qui fragmentent son habitat et les activités récréatives près des tanières1. À la fin de l’hiver, les femelles qui élèvent des petits doivent quitter leur tanière pendant plusieurs jours à la fois pour chercher de la nourriture1. Les bébés sont vulnérables et sans défense, et les mères doivent donc s’assurer qu’ils sont dans une tanière sûre, à l’abri des prédateurs. Sans le vouloir, les adeptes du plein air qui circulent dans l’arrière-pays dérangent parfois une femelle avec des petits, au point de la forcer à déplacer sa progéniture dans une nouvelle tanière. Les parcs nationaux du Mont Revelstoke et des Glaciers accueillent un nombre croissant d’amateurs de loisirs hivernaux et une circulation accrue dans le couloir de transport. Ces facteurs risquent d’influer sur l’aire de répartition, la connectivité et la diversité génétique des populations de carcajous.

Chercheuses et un carcajou
Chercheuses et un carcajou à la station de recherche dans le parc national des Glaciers
© Parcs Canada

Recherches actuelles

Des touffes de poils de carcajo Des touffes de poils de carcajou
© Parcs Canada

À l’heure actuelle, Parcs Canada recueille des touffes de poils de carcajou dans les parcs nationaux du Mont Revelstoke et des Glaciers afin d’en faire une analyse de l’ADN. L’objectif consiste à déterminer si l’espèce fréquente les environs de la Transcanadienne et de la voie ferrée et, le cas échéant, de quelle manière elle réagit à la présence de ce couloir de transport. Les données ainsi recueillies nous permettront d’établir s’il y a lieu d’aménager des passages pour animaux dans l’éventualité d’un élargissement à quatre voies de la route et, le cas échéant, à quels endroits il conviendrait de le faire. Elles nous aideront aussi à délimiter les endroits où le flux génétique est restreint dans l’aire de répartition de l’espèce. Les touffes de poils sont prélevées sur des barbelés installés à des points d’appât. Cette technique d’échantillonnage génétique sert à recueillir des données sur la présence des carcajous, leur répartition et leur génétique. Chaque station d’échantillonnage est pourvue d’un appareil photo actionné par le mouvement qui permet de confirmer si des animaux ont visité la station et qui sert de méthode de détection supplémentaire. Ce genre de recherche a été conçu par des biologistes qui menaient une étude sur le carcajou dans les Rocheuses (www.albertawolverine.com – en anglais seulement - et www.wolverinewatch.org – en anglais seulement)

Recherches antérieures

Au milieu des années 1990, les responsables du Columbia Basin Fish and Wildlife Compensation Program ont réalisé un projet de recherche sur le carcajou dans la partie nord de la chaîne Columbia (Krebs et Lewis, 2000; Krebs et al., 2004; Krebs et al., 2007) en collaboration avec Parcs Canada, le ministère des Forêts et le Habitat Conservation Trust Fund. Ce projet a permis de déterminer la superficie du domaine vital de l’espèce, les causes de mortalité, le profil d’occupation de l’habitat et l’effectif estimatif de la population. La zone d’étude se trouvait au nord du parc national des Glaciers et englobait le couloir de la Transcanadienne. Pendant la durée du projet, deux carcajous pourvus d’un collier ont été tués, l’un sur la voie ferrée et l’autre sur la route. Les chercheurs sont d’avis que le couloir de la Transcanadienne forme un obstacle partiel à la répartition de l’espèce. Le projet de recherche a également révélé que les carcajous de la zone d’étude étaient vulnérables aux pressions exercées par les activités récréatives (Krebs et al., 2007).

Ce que vous pouvez faire

Quand vous circulez dans l’arrière-pays, regardez de près toutes les pistes d’animaux que vous voyez. Non seulement vous en apprendrez davantage sur le comportement de la faune, mais vous pourrez aussi éviter d’imposer un stress indu à des espèces sensibles comme le carcajou. N’oubliez pas : ne suivez jamais des pistes dans la direction prise par l’animal. Si vous pensez être près de la tanière d’un carcajou, quittez le secteur immédiatement et informez-en le personnel du parc à votre retour. Les tanières se reconnaissent généralement à la présence de plusieurs séries d’empreintes en provenance et à destination d’un trou creusé dans la neige. Ne vous approchez jamais des tanières. Les pistes de carcajou que vous observez fournissent des renseignements utiles aux biologistes qui étudient le profil de répartition et l’écologie de l’espèce dans les parcs. Consignez votre position géographique, la date et l’heure. Si vous avez un GPS, enregistrez les coordonnées UTM, précisez si les empreintes sont fraîches ou si elles sont couvertes de neige et inscrivez leur taille estimative et leur espacement. Si possible, prenez-les en photo.

Transmettez vos données d’observation :

En personne : à un centre d’accueil ou à un bureau des gardes

Par courriel : wolverine2012@pc.gc.ca

Par téléphone : 250.837.7500 ou 250.837.7553

Liens connexes

Renseignements supplémentaires concernant les projets de recherche sur le carcajou dans la chaîne Columbia

  • J. P. Copeland, K. S. McKelvey, K. B. Aubry, A. Landa, J. Persson, R. M. Inman, J. Krebs, E. Lofroth, H. Golden, J. R. Squires, A. Magoun, M. K. Schwartz, J. Wilmot, C. L. Copeland, R. E. Yates, I. Kojola and R. May. 2010. The bioclimatic envelope of the wolverine (Gulo gulo): do climatic constraints limit its geographic distribution? Canadian Journal of Zoology 88:233-246.

  • J.A. Krebs and D. Lewis. 2000. Wolverine ecology and habitat use in the North Columbia Mountains: Progress Report. 1999. Proceedings of a Conference on the Biology and Management of Species and Habitats at Risk, Kamloops, B.C., 15-19 Feb, 1999. Volume Two. BC Ministry of Environment, Lands and Parks, Victoria BC and University College of the Cariboo, Kamloops, BC. 520 pp.

  • J. Krebs, Lofroth, E., Copeland J., Banci, V., Cooley, D., Golden, H., Magoun, A., Mulders, R. and B. Shults. 2004. Synthesis of survival rates and causes of mortality in North American wolverines. Journal of Wildlife Management 68(3): 493-502.

  • Krebs, J., E. C. Lofroth, and I. Parfitt. 2007. Multiscale habitat use by wolverines in British Columbia, Canada. Journal of Wildlife Management 71: 2180–2192.

  • Lofroth, E. C., and J. Krebs. 2007. The abundance and distribution of wolverines in British Columbia, Canada. Journal of Wildlife Management 71: 2159–2169.

  • Magoun, A.J., and J.P. Copeland. 1998. Characteristics of wolverine reproductive den sites. Journal of Wildlife Management 62:1313-1320.

  • Persson, J. 2005. Female wolverine reproduction: reproductive costs and winter food availability. Canadian Journal of Zoology 83:1453–1459

  • Ruggiero, L. F., McKelvey, K. S., Aubry, K. B., Copeland, J. P., Pletscher, D. H. and M.G. Hornocker. 2007. Wolverine Conservation and Management. The Journal of Wildlife Management. 71: 2145–2146.

  • COSEWIC 2003. COSEWIC assessment and update status report on the wolverine Gulo gulo in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. Ottawa. vi + 41 pp.

1Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), 2003.