Le pin à écorce blanche : pour le rétablissement d'une espèce clé
Importance pour la faune
Facteurs menaçant le pin à écorce blanche
Que fait Parcs Canada?
Le pin à écorce blanche est en déclin dans la majeure partie de son aire d'extension, en particulier dans le sud de la Colombie-Britannique et de l'Alberta et dans le nord des États-Unis. Sa survie est menacée par les effets conjugués de la rouille vésiculeuse, des activités de suppression du feu et de l'épidémie du dendroctone du pin.
Le pin à écorce blanche est une essence des hautes montagnes de l'ouest de l'Amérique du Nord. Son aire d'extension borde les montagnes Rocheuses et s'étend depuis la rivière de la Paix, dans le nord de la Colombie-Britannique, jusqu'au Wyoming, dans le sud. Il pousse également dans les chaînes côtières de la Colombie-Britannique, la chaîne des Cascades et la Sierra Nevada et dans certaines chaînes de montagne de l'intérieur.
Le pin à écorce blanche s'étend dans les forêts en altitude de sept des parcs nationaux du Canada, soit les parcs nationaux du Mont-Revelstoke, des Glaciers et des Lacs-Waterton, de même que les parcs nationaux Jasper, Banff, Kootenay et Yoho. Il occupe des terrains rocheux balayés par le vent, où aucun autre arbre ne pousse, ainsi que des forêts mixtes. Sa croissance est lente et il peut ne commencer à produire des graines qu'à partir de l'âge de 50 à 80 ans. Il joue un rôle vital dans les écosystèmes subalpins : il aide à stabiliser les versants abrupts, influence la fonte des neiges et est source de nourriture, de couvert et d'abri pour bon nombre d'espèces fauniques. Il constitue en fait une espèce clé : sa destruction aurait pour conséquence de changer en profondeur l'écosystème subalpin tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Importance pour la faune
Les graines du pin à écorce blanche sont à peu près de la taille d'un petit pois et ont une teneur élevée en protéines. Il n'est donc pas surprenant qu'elles constituent une importante source de nourriture pour plusieurs espèces d'animaux, notamment le cassenoix d'Amérique, mais aussi l'écureuil roux, le grizzli et l'ours noir.
Le pin à écorce blanche et le cassenoix d'Amérique ont suivi coévolué par mutualisme, c'est-à-dire que, dans le climat rigoureux qui règne en haute altitude, l'un dépend de l'autre pour assurer sa survie. Ces deux espèces se sont adaptées de façon complémentaire.
Les cônes du pin à écorce blanche ne s'ouvrent pas d'eux-mêmes pour disperser les graines qu'ils contiennent. Le cassenoix d'Amérique en désarticule plutôt les écailles violacées, au moyen de son long bec pointu, pour y extraire les graines. Il dissimulera les graines ainsi extraites afin de se créer une source fiable de nourriture en hiver. Grâce à la petite poche qu'il a sous la langue, le cassenoix d'Amérique peut ainsi transporter jusqu'à 100 graines vers ses caches. Alors que les écureuils enfouissent des cônes entiers dans des tertres situés au pied d'arbres, les cassenoix choisissent des endroits qui recevront probablement peu de neige ou qui seront balayés par le vent durant la majeure partie de l'année. Ces endroits ensoleillés et découverts sont propices à la croissance du pin à écorce blanche.
Le cassenoix d'Amérique peut enfouir jusqu'à 15 graines à la fois au ras du sol. Il se sert des rochers et des débris de bois à proximité pour se créer des points de repère qui l'aideront à retrouver les graines qu'il a cachées. Les ours et autres granivores ont plus de difficulté à trouver ces petites caches, réparties ça et là sur une grande superficie, que les tertres d'écureuil. Un oiseau peut dissimuler des milliers de graines chaque année, mais il en oubliera la moitié environ à son retour. Bon nombre de ces graines donnent naissance à des semis de pin.
Facteurs menaçant le pin à écorce blanche
Suppression du feu
Le pin à écorce blanche s'établit tôt dans le stade évolutif de la forêt; l'espèce est progressivement remplacée ou supplantée par d'autres espèces lorsque le degré de perturbation est faible. Mais les perturbations naturelles, comme le feu et les avalanches, sont la norme dans les forêts de montagne, ce qui fait que le cycle écologique est en constante évolution. Quand les feux créent des clairières dans le couvert forestier, le cassenoix s'y rend pour cacher ses graines. Stimulées par l'ensoleillement accru, les graines oubliées germent, ce qui confère aux semis un avantage sur les autres conifères (arbres à cônes) comme le sapin de l'ouest et l'épinette d'Engelmann, lesquels ont besoin d'ombrage et d'un sol plus humide.
Dans le passé, les peuplements de pins à écorce blanche ont été ravagés par le feu tous les 90 à 300 ans dans les Rocheuses canadiennes. Le cycle naturel du feu a permis d'éviter que les matières combustibles (bois vivant et bois mort) ne s'accumulent et n'allument des feux très intenses. Même s'il y a eu, à l'occasion, de gros feux à forte intensité, les petits feux survenant ici et là étaient plus courants. La gestion des forêts était alors axée sur la suppression de tous les feux, ce qui a eu pour effet de réduire le nombre d'endroits privilégiés par les cassenoix pour cacher leurs graines. Et la régénération du pin à écorce blanche en a également souffert.
Infestation d'insectes
En raison des exercices de suppression du feu, les peuplements de pins tordus, maintenant plus âgés, sont exposés à la propagation du dendroctone du pin des montagnes. Même si l'infestation d'insectes constitue une perturbation naturelle et qu'elle joue un rôle important dans la conservation de la biodiversité, il reste que, si elle est alimentée par la suppression du feu et, de plus en plus, par les changements climatiques, elle peut se propager aux peuplements de pins à écorce blanche situés à plus haute altitude. Encore une fois un contrôle naturel, soit l'immunité des arbres en santé, est compromis, et les peuplements de pins à écorce blanche sont déjà aux prises avec une autre source de perturbation.
Rouille vésiculeuse du pin blanc
Hormis les effets de la suppression du feu, le pin à écorce blanche doit faire face à une autre menace, celle-là peut-être plus insidieuse. En 1906, une cargaison de semis de pin blanc est arrivée à New York en provenance d'Europe; ces semis ont introduit la rouille vésiculeuse d'Asie à des pins qui n'offraient aucune immunité naturelle. Vers 1910, une autre cargaison de semis infectés est arrivée dans la région de Vancouver. De ces deux endroits, la rouille vésiculeuse s'est propagée rapidement.
Les forêts de conifères sont inextricablement liées à des milliers d'espèces de champignons - nombre d'entre elles sont essentielles au processus de décomposition, beaucoup d'autres à la transmission des éléments nutritifs aux racines des conifères. D'autres espèces de champignons, de type pathogène, attaquent les arbres comme le font les rhumes chez les humains, et ont parfois des répercussions importantes. En Amérique du Nord, la rouille vésiculeuse a échappé aux processus de contrôle naturel avec lesquels elle a évolué.
Des espèces de pins à aiguilles regroupées en faisceaux de cinq, c'est le pin à écorce blanche qui est le plus vulnérable face à la rouille. La rouille vésiculeuse s'est propagée dans les peuplements de ce type de pin dans toute son aire d'extension, depuis le sud du Canada jusqu'au nord des États-Unis.
La rouille, qui a un cycle de vie complexe, fait la navette entre ses hôtes, à savoir les gadelliers ou groseilliers et les pins à aiguilles regroupées en faisceaux de cinq. Elle infecte le pin par ses aiguilles et transmet de fins filaments dans le système vasculaire de l'arbre, sous l'écorce. Deux à quatre années plus tard, des chancres se développent sur les branches et le tronc, annellent les branches du sommet où poussent les cônes et les détruisent. Le manque d'éléments nutritifs affaiblit l'arbre, qui finit par succomber aux attaques du dendoctrone du pin, à d'autres maladies ou encore aux rongeurs attirés par la résine qui suinte des chancres.
Que fait Parcs Canada?
Parcs Canada est à revoir le recours aux brûlages dirigés pour revitaliser cette espèce clé de la forêt subalpine. En réintroduisant le feu dans un secteur où le pin à écorce blanche est en voie d'être supplanté par d'autres conifères, on favorisera la santé et la propagation de cette espèce. Les brûlages prévus ou dirigés permettent :
- éclaircir les forêts et d'accroître ainsi le nombre d'endroits privilégiés par les cassenoix pour cacher leurs graines;
- favoriser la régénération du pin, ce qui, à son tour, rend cette essence davantage apte à développer une certaine résistance à la rouille vésiculeuse;
- créer une mosaïque de peuplements forestiers pour diminuer la proportion de peuplements continus plus vieux de pins tordus, qui sont davantage vulnérables aux épidémies du dendoctrone.
Cependant, les effets positifs des brûlages dirigés ne se feront sentir que plus tard. Comme sa reproduction est lente, le pin à écorce blanche ne développera probablement pas de résistance contre la rouille à l'échelle de son aire d'extension à temps pour contrer la perte de l'espèce et de l'écosystème subalpin unique où il a pris racine. L'identification, la collecte, la sélection et la mise en terre de semis résistant à la rouille comptent parmi les objectifs visés à long terme.
La recherche et Parcs Canada : la régénération d'une espèce
En plus de la gestion active et du recours aux brûlages dirigés, Parcs Canada a entrepris une recherche à long terme pour suivre et évaluer l'évolution de ses efforts visant à rétablir une population saine de pins à écorce blanche et des peuplements subalpins. Les données recueillies permettront à Parcs Canada d'en connaître davantage sur le sujet et de peaufiner ses pratiques de gestion écosystémique non seulement dans les parcs nationaux, mais aussi ailleurs.
Parc national Banff : brûlage dirigé du col Dolomite
Un brûlage dirigé a été effectué en 1998 dans le col Dolomite, situé près du lac Helen. Le brûlis couvrait une superficie totale d'environ 12 hectares (ha) [100 ha = 1 km 2 ]. Ce brûlage dirigé avait pour objectif d'éclaircir suffisamment le couvert forestier pour inciter le cassenoix d'Amérique à venir y cacher des graines de pin à écorce blanche.
Des parcelles d'étude ont été définies avant le brûlage, la moitié dans les limites du territoire visé, l'autre moitié à l'extérieur. En étudiant les parcelles situées hors des limites, on peut déterminer si les parcelles se trouvant dans le brûlis sont en mesure de soutenir l'accroissement du nombre de graines enfouies et la régénération du pin à écorce blanche. On a établi des parcelles dans des peuplements de forêt mixte à proximité de peuplements dominés par le pin à écorce blanche pour assurer, une fois le brûlage terminé, une source de graines aux cassenoix dans les alentours. Les brûlis ne doivent non seulement être favorables à l'enfouissement de graines, mais aussi à la germination de ces graines et à la croissance des semis. Un suivi et une évaluation constantes permettront d'améliorer les exercices de restauration qui seront pris dans les années à venir.
Parc national Yoho : brûlage dirigé du ruisseau Sodalite
Le secteur du ruisseau Sodalite, situé dans la vallée de la rivière Ice, a été déclaré site de restauration du pin à écorce blanche. Des parcelles de suivi permanent ont été établies et un brûlage dirigé sera effectué dans la région.
Parc national Kootenay
Durant l'été 2000, des chercheurs ont recueilli des données sur des sites renfermant des pins à écorce blanche qui sont semblables en nature (aspect, degré d'inclinaison de la pente, altitude, etc.), mais d'âge différent. Grâce à ces données, on pourra planifier les exercices de restauration en évaluant et en identifiant les caractéristiques du site qui conviennent le mieux à la régénération du pin à écorce blanche par le biais de brûlages dirigés.
Autres liens
Fondation de l'écosystème du pin albicaule (www.whitebarkfound.org) (en anglais seulement)
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