Parc national Kootenay

La harde de mouflons de Radium Hot Springs et du ruisseau Stoddart

Au parc national Kootenay, le mouflon d'Amérique habite principalement l'extrémité sud du parc, près de Radium Hot Springs, en Colombie-Britannique. À l'extrémité nord du parc, des automobilistes aperçoivent parfois, au col Vermilion, un troupeau peu nombreux à proximité de la route, aux limites du parc national Banff. Pour des raisons que nous comprenons mal, l'espèce semble avoir abandonné certaines de ses aires de distribution traditionnelles, à l'est de la rivière Kootenay et au sud de la rivière Simpson.

Le troupeau de Radium Hot Springs constitue aujourd'hui la population de mouflons la plus importante du parc [dénombrement de décembre 2003 : 251 animaux]; il hiverne principalement à l'extérieur du parc, dans la vallée du Columbia. Le mouflon des montagnes Rocheuses se trouve sur la « liste bleue » de la Colombie-Britannique, ce qui signifie qu'il possède certaines caractéristiques le rendant particulièrement vulnérable aux perturbations dues à l'activité humaine et aux phénomènes naturels.

Vue de près de la tête d'un bélier panaché de cornes recourbées en spirale.
Mouflon mâle
© Parcs Canada / A. Dibb
Vue de près de la tête d'une jeune brebis munie de cornes pointues.
Mouflon femelle
© Parcs Canada / A. Dibb

Vue de près d'une chèvre de montagne au pelage crème perchée sur un rocher escarpé.
Chèvre de montagne
© Parcs Canada 

Les mâles adultes, ou béliers, sont reconnaissables à leurs grandes cornes en spirales et à leur corps massif et trapu. Les femelles et les jeunes mâles possèdent pour leur part des cornes plus courtes, de couleur chamois, et sont généralement de plus petite taille. Quant aux chèvres sauvages des montagnes Rocheuses, elles ont le pelage blanc, et les animaux des deux sexes arborent de minces cornes noires.


Vue d'en haut d'une seule plante d'herbe dans un habitat de prairie.
Touffe d'herbe
© Parcs Canada / L. Halverson

Les mouflons sont des animaux brouteurs. Ils se nourrissent d'herbes, de carex et de dicotylédones herbacées (plantes à fleurs), mais peuvent se rabattre sur des brindilles et des plantes ligneuses lorsque leurs aliments de prédilection se font rares. Les mouflons effectuent des migrations saisonnières, passant de prairies de faible altitude à des prairies alpines de haute altitude situées en terrain escarpé ou près de tels terrains. Grâce à leur excellente vue et à cet habitat ouvert, qui leur permet de fuir rapidement en cas de danger, les mouflons peuvent repérer et éviter les prédateurs comme le couguar. Leur territoire est parfois subdivisé en aires d'agnelage, terres salines et aires de rut.

Les herbes indigènes comme l'agropyre à épi deviennent riches en protéines pendant la saison de croissance. Elles conservent cette forte teneur en protéines durant tout l'hiver et constituent donc une source importante de nourriture pour le mouflon au cours de cette période maigre.

Toutefois, le mouflon n'habite pas tout le territoire des montagnes. Le nombre et la distribution des individus sont grandement limités par la disponibilité d'aires d'hivernage appropriées, en particulier les parcelles d'habitat de basse altitude constituées de forêts claires et de prairies. De plus, les aires d'hivernage du mouflon doivent être peu enneigées et permettre à l'animal de fuir rapidement en cas de danger, ce qui limite les possibilités encore davantage. Les hardes de mouflons sont tributaires des aires de distribution traditionnelles et doivent s'en remettre à leurs voies de migration historiques, et connaissent donc un sort semblable à celui de ces aires saisonnières et voies de migration. Comme les aires d'hivernage sont habituellement situées dans le fond des vallées, elles se trouvent parmi les territoires les plus fréquentés par les humains et, par conséquent, les plus vulnérables.

Divers phénomènes menacent les aires d'hivernage, entre autres l'empiètement de la forêt causé par des décennies de suppression des feux. L'aménagement des terres a également réduit de façon considérable l'habitat hivernal à l'extérieur du parc. De plus, les contacts entre les mouflons et le bétail, en particulier les moutons de bergerie, peuvent favoriser la propagation de maladies ou de parasites parfois mortels; de tels contacts sont d'ailleurs à l'origine d'épisodes périodiques de mortalité massive du mouflon dans la région de Kootenay-Est, en Colombie-Britannique. Enfin, le stress dû au surpeuplement, la détérioration des aires d'hivernage et l'incidence d'hivers rigoureux peuvent eux aussi provoquer une mortalité massive.

Au cœur de la vallée du Columbia, le village de Radium Hot Springs et les terres qui l'entourent se trouvent dans une aire d'hivernage primordiale pour un vaste troupeau de mouflons. En plus de jouer un rôle très important au niveau écologique, le mouflon de la région de Radium constitue également l'une des meilleures occasions d'observation de la faune de tous les parcs des Rocheuses. Enfin, l'économie et l'industrie touristique de Radium Hot Springs reposent en partie sur la présence de cet animal.

Un bélier adulte, la tête baissée, broute la longue herbe sèche d'hiver.
Mouflon mâle dans l'herbe
© Parcs Canada / A. Dibb

La parcelle d'habitat de Radium Hot Springs permet à la harde de survivre pendant les longs hivers, alors que la nourriture se fait rare et que les possibilités de déplacement sont limitées. Le voisinage des gens et des mouflons dans la région de Radium a permis la création d'un lien tout particulier entre ces animaux sauvages et les humains, lien qui a servi d'élément déclencheur pour l'élaboration du projet « Des mouflons dans notre arrière-cour » (Bighorn In Our Backyard) (en anglais seulement).

Ce projet a permis la réalisation d'une multitude d'activités communautaires axées sur la gérance, la sensibilisation et la surveillance. Le parc national Kootenay, situé tout près du village de Radium Hot Springs, est l'un des principaux participants de ce projet.

Le parc fait également partie du groupe d'étude sur le mouflon de Radium-Stoddart. Ce groupe, formé grâce à la collaboration de plusieurs organismes et parties intéressées, a été créé pour assurer la gestion et la conservation du mouflon dans la région de Radium. Avec l'aide du projet « Des mouflons près de la maison », le groupe d'étude a entrepris la restauration d'écosystèmes formés de prairies et de forêts claires et adaptés aux feux; ces territoires constituent des aires d'hivernage importantes pour le mouflon et sont également habités par de nombreuses autres espèces en péril.

Le Projet de remise en état du secteur de Redstreak fait partie des efforts régionaux de restauration entrepris récemment.

Autres liens :

Mouflon : une année dans la vie