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Le blaireau - Une espèce en péril

Protection du blaireau

Historiquement, la plupart des cultures n'ont jamais su apprécier le blaireau. En Grande-Bretagne, jusqu'à la fin du XIXe siècle, la « course au blaireau », qui consistait à offrir en pâture à des chiens un blaireau placé au fond d'un tonneau ouvert à l'une de ses extrémités, était même un « sport » populaire. En Amérique du Nord, le blaireau, considéré comme une nuisance par les colons, était couramment abattu, piégé et empoisonné. Ce n'est que tout récemment que l'on a commencé à considérer le blaireau non seulement comme bénéfique pour les êtres humains, mais aussi comme une espèce capitale dans les écosystèmes des prairies.

Situation en Colombie-Britannique

Au début du XX siècle, le blaireau a fait l'objet d'une persécution généralisée, et ses populations ne s'en sont jamais remises. D'après les dernières estimations, le nombre des blaireaux dans la province serait inférieur à 200 adultes reproducteurs. Le type de blaireau présent dans la province, la sous-espèce jeffersonii, est considéré comme « en voie de disparition » par le COSEPAC. En 1999, le gouvernement de la Colombie-Britannique a inscrit le blaireau sur sa « liste rouge », soit parmi les animaux en voie de disparition ou menacés.

Pourquoi protéger une sous-espèce?

Chacune des quatre sous-espèces de blaireau de l'Amérique du Nord présente des traits physiques particuliers et des combinaisons de gènes différentes. Cette variété du matériel génétique permet à l'espèce de s'adapter aux changements dans son environnement et de survivre. En éliminant ne serait-ce qu'une sous-espèce, on ferait faire au blaireau d'Amérique un pas de plus vers son extinction.

Forêt claire de douglas taxifoliés
Forêt claire de douglas taxifoliés
© Parcs Canada / T. Hogg

Les menaces pour le blaireau

Blaireau d'Amérique, sous-espèce jeffersonii
Blaireau d'Amérique, sous-espèce jeffersonii
© R. Klafki
Déclin de l'habitat

Le blaireau préfère les habitats ouverts du fond des vallées. Malheureusement, comme cet environnement est aussi fort prisé des êtres humains, le blaireau a vu son habitat disparaître progressivement au profit des villes, des lotissements ruraux, des industries, de l'agriculture, des réservoirs de stockage des eaux, des routes et des chemins de fer. Si bien que beaucoup de ses anciens habitats ne peuvent plus aujourd'hui l'abriter.

Contrôle

En Colombie-Britannique, il est interdit de piéger ou de chasser le blaireau sur les terres de la Couronne provinciales. Les propriétaires fonciers tuent parfois des blaireaux par crainte que leurs animaux ne trébuchent en posant la patte dans un de leurs trous.

Mortalité causée par les automobiles

Chaque année, un grand nombre de blaireaux sont frappés et tués par des voitures. Trapu, l'animal passe en effet sous les obstacles au lieu de les surmonter, ce qui fait qu'il se retrouve parfois piégé sur la route par les parapets de béton qui bordent celle-ci.

Extinction des incendies

Dans la nature, de nombreux habitats ouverts sont maintenus grâce au feu ils sont en fait le produit de la nuisance naturelle que constituent les incendies. Comme on éteint aujourd'hui la plupart des incendies naturels, les arbres ont fini par pousser dans les forêts ouvertes et par envahir la prairie.

Disparition des proies

En Colombie-Britannique, la proie préférée du blaireau est le spermophile du Columbia. Communément appelé « gaufre », cet animal est parfois considéré comme une nuisance par les exploitants agricoles et les grands éleveurs, qui les empoisonnent ou les abattent.

La valeur du blaireau

L'un des rares carnivores des prairies du Canada, le blaireau joue un rôle important sur le plan écolo-gique. Dans certaines régions, il est considéré commeune espèce clé . Dans les prairies, les terriers abandon-nés par les blaireaux sont souvent utilisés par les Chevêches des terriers, les renards véloces et les quelques rares amphibiens et reptiles. Par ailleurs, en fouissant la terre, les blaireaux amendent les sols en les aérant, en améliorant l'écoulement des eaux et en favorisant la formation d'une couche d'humus. Ils ont aussi des retombées économiques positives, car ils aident à régulariser les populations de rongeurs. Enfin, on peut certes soutenir que le blaireau a une valeur intrinsèque à titre d'élément de la riche diversité de la vie sur Terre.

Espèce clé : La clé de voûte est la pierre qui, placée au sommet d'une arche, soutient toutes les autres pierres et empêche l'arche de s'effondrer. De la même façon, dans la nature, une espèce clé aide à soutenir les autres espèces. En éliminant une espèce clé, on risque de détruire l'équilibre de l'ensemble de l'écosystème.

Les prairies sont des écosystèmes d'une grande importance. Moins de 2 % des prairies de la Colombie-Britannique sont situées dans des zones protégées, alors qu'elles abritent près du tiers des espèces en voie de disparition ou en péril de la province, dont le blaireau, le gaufre gris, le Courlis à long bec, le mouflon d'Amérique et le boa caoutchouc. Les prairies disparaissent à un rythme alarmant. Elles sont l'habitat le plus menacé de la Colombie-Britannique encore plus que les forêts anciennes.

Douglas taxifolié / habitat de prairie
Douglas taxifolié / habitat de prairie
© Parcs Canada / A. Dibb
La protection des blaireaux

Vu sa faible population et l'étendue de son domaine vital, le blaireau est une espèce difficile à protéger. Sa survie dépend de l'éducation du public, de la bonne intendance des terres privées et de la prise en compte de sa présence dans l'aménagement du territoire.

En Colombie-Britannique, la majeure partie de l'habitat du blaireau se trouve sur des terres privées. Il est donc essentiel de s'assurer du soutien des propriétaires. Bien que le blaireau soit souvent considéré comme une nuisance, les dommages qu'il cause sont minimes et compensés par les effets positifs qu'il a sur le plan de la lutte contre les rongeurs et du conditionnement des sols. On demande avec insistance aux propriétaires de faire preuve d'une plus grande tolérance à l'endroit des blaireaux et de leurs proies.

Parmi les autres mesures adoptées pour remettre l'habitat du blaireau en état, mentionnons les incendies dirigés visant à freiner l'expansion croissante des forêts et à restaurer les habitats de prairies, si essentiels aux blaireaux et à d'autres espèces rares. Les chercheurs fournissent également des renseignements sur les blaireaux aux instances régionales qui s'occupent de l'aménagement du territoire. Les populations de blaireaux ont atteint un niveau dangereusement bas et il faudra agir rapidement pour arrêter la tendance au déclin de cet animal intéressant et précieux.

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