Réserve de parc national du Canada des Îles-Gulf

Surveillance du ruisseau

Pour faire suite aux travaux de restauration effectués sur la rivière Lyall Creek, Parcs Canada a implanté des stations de surveillance des populations de saumons juvéniles dans le secteur compris entre l'entrée amont de l'estuaire et la zone d'écoulement estival juste au-dessous de l'éboulis. Au moyen de techniques de pêche électrique, on peut faire des observations quantitatives et qualitatives (nombre et diversité) des poissons transitant dans le secteur sur une période donnée. Cette méthode permet de capturer le poisson pour le mesurer et le peser avant de le relâcher « intact » dans le milieu. L'année 2008 marquait la quatrième année de ce programme de recensement. Bien que cette période de référence soit relativement courte, les données recueillies jusqu'à présent permettent d'avoir une idée de la situation.

Les specialistes de parc font la surveillance de poisson au moyen de techniques de pêche électrique La surveillance de poisson au moyen de techniques de pêche électrique.
© Parcs Canada / 2005

La rivière Lyall Creek abrite des populations de saumon kéta, de saumon coho et de truite fardée, chaque espèce utilisant le cours d'eau de manière différente. Le saumon kéta arrive en automne pour déposer ses œufs. Lorsque les alevins éclosent vers la fin de l'hiver, ils quittent la frayère presque immédiatement. Ils ne sont donc pas dépendants de l'écoulement estival et ne sont pas affectés par les hausses de température observées en été. Outre la remonte jusqu'au cours d'eau de frai, les véritables difficultés du saumon kéta ne commencent que dans le milieu marin.

Le coho connaît une situation semblable à celle du kéta en ce qui concerne le frai, à la différence que les alevins passent environ 18 mois dans leur cours d'eau natal. Les jeunes recrues se cachent dans les gours et sous les troncs d'arbres jonchant la rivière et les abords des berges où ils grossissent avant d'entreprendre leur avalaison vers la mer. Les cohos ont besoin de bonnes conditions d'écoulement estival et d'un excellent couvert pour s'abriter des prédateurs (petits mammifères, oiseaux, etc.).

Les populations côtières de truite fardée sont anadromes, c'est-à-dire qu'elles passent une partie de leur existence (phase trophique) dans le milieu marin. Contrairement aux autres salmonidés, les truites fardées peuvent se reproduire plus d'une fois et remonter à leur frayère natale pendant plusieurs années. Elles sont présentes dans la Lyall pendant toute l'année.

Les données 2005-2008 sont intéressantes. Elles indiquent que les effectifs de saumons cohos sont variables d'une année à l'autre et qu'ils sont cantonnés dans le secteur aval du cours d'eau. En 2005, on a observé des effectifs de cohos jusqu'au point du vieux barrage. En 2007, on a observé un même taux de densité dans le secteur aval mais une élévation de la densité et de l'amplitude de distribution juste en amont de la boulangerie. En 2006 et en 2008, on n'a pas trouvé de saumon dans les échantillons prélevés. En se basant sur les observations effectuées en automne chaque année, on note une légère amélioration de la petite population de cohos (entre 15 et 20 géniteurs) qui remonte la Lyall depuis qu'on a effectué les travaux de restauration et que l'accès au cours d'eau a été amélioré. Les cohos adultes sont notoirement « cryptiques » et très difficiles à observer dans le milieu dulcicole; on ne sait donc pas exactement si leur effectif est stable ou si la rareté des juvéniles recensés est due à des conditions de survie dulcicoles peu propices.

Spécialistes de parc amassent les données de poissons Spécialistes de parc amassent les données de poissons.
© Parcs Canada / 2005

Au contraire du kéta et du coho, un nombre respectable de truites fardées avait été observé dans ce cours d'eau avant les travaux de restauration. Cette espèce se retrouve dans tous les secteurs recensés. Or comme les travaux de restauration ont éliminé les obstacles pour toutes les espèces fréquentant le secteur, la compétition pour les frayères s'est intensifiée et la prédation exercée sur les truites fardées par les cohos juvéniles, plus agressifs, se traduira probablement par une diminution des stocks de truite et par un nouvel équilibre des espèces en présence.

La campagne d'échantillonnage a lieu à la fin de l'été, alors que le kéta n'est pas présent. Au moyen des recensements « opportunistes » d'adultes en automne, on peut documenter la présence de kétas et nous nous employons à normaliser ces recensements avec nos partenaires du ministère des Pêches et des Océans et avec nos observateurs locaux, Rick Jones et Mike Jack. Avant les travaux de restauration, il n'y avait pas de kéta en amont de la route. Le nombre de kétas adultes observé à l'heure actuelle est d'en moyenne une centaine, avec un pic de 500 observé en 2001. Le nombre semble toutefois avoir diminué au cours des récentes années, mais on garde espoir que la population est en bonne santé.

Nous espérons pouvoir continuer nos activités d'observation encore plusieurs années afin de mieux comprendre l'écosystème que constitue la rivière Lyall Creek. Pour plus d'information, s'adresser à l'écologiste du parc, Todd Golumbia, au 250-654-4011.