Parc national du Canada des Glaciers

La vallée d'hasard: les cavernes Nakimu

les cavernes Nakimu
les cavernes Nakimu
© Parcs Canada / Michael Morris
"Nakimu" est un mot autochtone de la langue shuswap qui signifie "esprits grognons". Ce nom vient du son des vibrantes cascades du ruisseau Cougar, à l'endroit où il quitte la forêt subalpine pour former une série de dolines dans le parc national des Glaciers.

S'écoulant à travers une bande soluble de calcaire prise en sandwich entre des types de roche plus dure, l'eau a façonné un réseau irrégulier de cavernes, de couloirs étroits, de chutes et d'autres formations rocheuses souterraines. Les grottes Nakimu, labyrinthe de six kilomètres de couloirs reliés, offrent une occasion rare de découvrir l'obscur monde souterrain. Visiter les grottes, cest voyager à l'intérieur de plus d'une façon.

Les grottes ont d'abord été explorées par Charles Deutschmann en 1904. À l'époque de l'hôtel Glacier House, les premiers visiteurs du parc se rendaient aux grottes accompagnés de M. Deutschmann, qui fut le premier guide-interprète jamais embauché par un parc national au Canada. Le chemin qui montait la vallée du ruisseau Cougar et le salon de thé situé à l'entrée des grottes ont bien servi durant les années 20, mais le taux de fréquentation a chuté des suites de la fermeture de Glacier House.

Au cours des dernières années, des groupes de travail composés de spéléologues de la région et d'employés du parc ont retiré du site des escaliers pourris et délabrés, vestiges du temps de Charles Deutschmann. Aujourd'hui, nous protégeons les grottes Nakimu en tant que milieu sauvage; nous cherchons à les conserver à leur état naturel, dans la mesure du possible.

L'accès à toutes les grottes des parcs nationaux est restreint, afin de préserver certaines caractéristiques fragiles et de protéger les visiteurs non préparés d'un endroit dangereux. Les spéléologues qui entrent dans les grottes Nakimu doivent être en mesure de s'orienter dans un réseau de couloirs complexe, de traverser à plat ventre des espaces étroits et de se déplacer sur des surfaces glissantes au?dessus de trous dont on ne connaît pas la profondeur. Seuls les spéléologues avertis sont autorisés à entrer dans les grottes, mais ils doivent d'abord en faire la demande auprès du directeur du parc.

Durant lété, les couloirs situés à proximité de l'endroit que traverse le ruisseau renvoient le son de l'eau s'écrasant contre la roche, un son qui nous rappelle que cette grotte est toujours en formation. Des morceaux de roche tombent encore du plafond de la grotte, et il peut arriver que les couloirs inférieurs se remplissent d'eau d'une manière inattendue.

Durant l'hiver, le débit du cours d'eau est beaucoup moindre et la majeure partie de l'eau qui s'infiltre gèle, formant souvent des formes bizarres. La température dans les grottes en hiver n'est que légèrement inférieure à ce que l'on enregistre en été et, par rapport aux conditions hivernales que l'on connaît à la surface, les visiteurs ont l'impression quil fait assez chaud.

Le mond-milch, précipité de carbonate de calcium formé à partir de bactéries, constitue l'un des attraits les plus remarquables des grottes. Il couvre certains murs d'une boue pâle qui ressemble à une purée de chou?fleur. Il porte les empreintes trop facilement laissées des mains de visiteurs curieux qui n'avaient aucunement l'intention de marquer à tout jamais ces lieux de leur passage. En effet, des marques laissées par les visiteurs de lépoque de Deutschmann n'ont pas encore tout à fait disparu.

On peut se rendre aux grottes par la vallée du Balu, une excursion de sept kilomètres à travers un secteur d'avalanche en hiver et l'habitat du grizzli en été. L'accès aux grottes par la vallée du ruisseau Cougar en été est interdit depuis 1996, en raison de la présence d'ours. Une étude réalisée à l'aide de colliers émetteurs a révélé que ce secteur constitue un habitat de choix pour les grizzlis femelles. Il est toutefois possible d'emprunter ce parcours durant l'hiver, lorsqu'il n'est pas fermé pour des travaux de prévention des avalanches. Les pentes de la vallée du Cougar font partie du secteur contrôlé à l'aide d'artillerie en vue de protéger la Transcanadienne.

Pour explorer les grottes Nakimu, il faut porter un casque et des vêtements de protection et être muni d'équipement de spéléologie spécialisé. Il est permis de camper au col Balu. Pour obtenir des conseils sur la spéléologie et de l'information sur les conditions d'enneigement et les ours, on peut consulter les gardes de parc. Pour prendre part à une excursion de spéléologie, il est obligatoire de s'inscrire à l'avance.

À l'intérieur des grottes, je m'émerveille à la capacité de mon guide de trouver son chemin. Les points de repère permettant de s'orienter sont rares. Pendant quelques instants, nous éteignons nos lampes pour connaître la noirceur totale. Nous cessons de bavarder et nous écoutons le grondement du ruisseau dans l'un des couloirs adjacents.

À la fin de notre visite, nous grimpons à l'extérieur, après avoir passé des heures aux confins de l'obscurité. Les couleurs intenses, les odeurs complexes et la présence d'autres organismes vivants m'étourdissent un peu. La zone où il y a de la vie sur terre me semble si mince.

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