Parc national des Lacs-Waterton

Incendies, inondations et avalanches - Le récit de deux cônes

C'est l'été à Waterton et les gens bien renseignés fuient souvent des foules du lotissement urbain en se rendant à Marquis Hole, un lieu de baignade et de pique-nique tranquille. Cette excursion évoque un récit dont l'origine remonte à des milliers d'années.

À cette époque, les eaux de fonte des glaciers transportent des matières érodées le long du flanc des montagnes, là où se trouvent maintenant les rivières Cameron et Blakiston, et les déposent dans les lacs Waterton. Ces dépôts sont connus sous le nom de cônes alluviaux de Blakiston et du lotissement urbain.

En forme de cône, ces reliefs sont créés et entretenus par les crues. Les eaux de crue entraînent de nouveaux sédiments érodés des montagnes jusqu'à la surface de chaque cône, réarrangent le gravier, les roches et le sol, et changent le lit des cours d'eau. On peut constater les effets des anciennes crues dans les nombreaux lits secs et abandonnés encore visibles à la surface du cône.

Les lits secs du cône Blakiston Les lits secs du cône Blakiston © Parcs Canada

Les cônes alluviaux constituent des habitats fauniques importants. La fétuque, qui est riche en nutriments, couvre le sol sain des cônes de Blakiston et du lotissement urbain. Généralement " déneigée " par les vents de Waterton, cette graminée constitue une source d'alimentation importante pour les ongulés , particulièremetn le wapiti et le cerf-mulet. Les ongulés peuvent également s'abriter contre ces vents dans les tremblaies qui bordent chaque cône.

De nos jours, les cônes de Blakiston et du lotissement urbain ont bien des points communs, mais également certaines différences importantes. Le récit se poursuit&

Vue du cône du lotissement urbain Le cône du lotissement urbain
© Parcs Canada

Le cône du lotissement urbain a été formé à la base des chutes Cameron. Il était recouvert à l'origine de fétuque et de tremblaies, tout comme le cône Blakiston actuel. De nos jours, le lotissement urbain domine le paysage et une grande partie des plantes indigènes a été remplacée par des pelouses et des plantes de jardin.

On ne pourra jamais contrer entièrement les processus naturels , mais on contrôle les grandes crues qui pourraient endommager les routes, le terrain de camping, les commerces et les résidences du lotissement urbain.

On contient la rivière Cameron dans son lit à l'aide de rochers et de fil de fer. Lorsque l'eau déborde de ses rives, on enlève les débris à l'aide de camions et on répare les dommages, ce qui finit par avoir une incidence sur les processus de maintien de cette forme de relief.

Une inondation dévale du ruisseau Cameron La rivière Cameron
© Parcs Canada

Il est intéressant de noter que le cône alluvial du lotissement urbain continue d'offrir un habitat faunique vital. Les graminées et les arbustes cultivés n'ont fait que rehausser l'attrait de cette aire pour certains animaux, notamment le cerf, le mouflon d'Amérique et l'écureuil terrestre. Ces animaux ne sont pas apprivoisés, mais ils ne sont plus tout à fait sauvages.

Le lotissement urbain conserve également sa réputation d'excellent endroit pour l'observation des oiseaux. Par contre, les prédateurs comme le couguar ou le coyote ne peuvent plus y maintenir une présence normale ne font que traverser. Ceux qui restent sont susceptibles d'être déplacés. En effet, Waterton est un endroit où l'on doit trouver un équilibre entre les besoins des gens et ceux des animaux, et on rencontre bien sûr certaines difficultés en apprenant à vivre avec la faune.

Vue du cône Blakiston Le cône Blakiston
© Parcs Canada

Le cône Blakiston, créé et entretenu par la rivière Blakiston, est le plus grand cône alluvial à Waterton. Il sépare ce qui était auparavant un grand lac en deux lacs, le lac Waterton Inférieur et le lac Waterton du Milieu.

Au printemps, les fleurs sauvages forment une mosaïque de couleurs. En automne et en hiver, des hardes de centaines de wapitis vivent ici, en compagnie d'oiseaux, d'ours, de cerfs et de coyotes. L'été, l'endroit est fréquenté par les gens qui s'adonnent à l'équitation, la baignade, les pique-niques et la pêche - particulièrement à Marquis Hole. C'est un endroit sauvage et panoramique régi par la nature.

La nature se fait maîtresse des lieux de nouveau en 1995, lorsqu'une inondation touche le parc. Notre récit prend une tournure différente&

L'inondation, déclenchée par des pluies diluviennes et l'eau de fonte des neiges, balaie le cône. La rivière Blakiston change son cours. La route de gravier menant à Marquis Hole devient un torrent; on ne peut plus l'emprunter. Les gestionnaires du parc doivent alors prendre une décision difficile : doit-on réparer la route et prévenir d'autres dommages ou laisser la nature suivre son cours?

Un compromis

Le plan directeur du parc énonce clairement que les processus naturels doivent se dérouler sans entraves et que les employés du parc doivent éviter de les manipuler et minimiser les modifications aux formes du relief. On ne peut donc pas envisager l'aménagement d'un accotement ou d'une déviation permanente de la rivière. De nombreux résidents veulent toutefois pouvoir se rendre à nouveau à leur aire de pique-nique préférée. Ceci exigerait la reconstruction de la route chaque année après les fortes crues du printemps, une entreprise coûteuse.

L'autre solution consiste à inviter les gens à s'y rendre à pied. La distance est courte pour la plupart, mais pas pour les enfants ou les personnes âgées, ou pour ceux qui transportent pique-nique et articles de loisirs.

Que faire?

Lors de réunions tenues à la fin de l'année dernière et réunissant des représentants du parc et de la collectivité, on a convenu de permettre à la rivière de trouver son cours naturel, mais d'effectuer des travaux routiers pour faire dévier les eaux de ruissellement de la partie inférieure de Marquis Hole. Cette mesure permettrait aux eaux imprévisibles de continuer à couler, tout en réduisant les dommages à la route, le temps de fermeture de la route et le coût de sa réouverture.

Les cônes de Blakiston et du lotissement urbain constituent certains des meilleurs endroits du parc pour observer la faune, étant donné la concentration d'ongulés et d'autres animaux qui s'y trouvent. Leur présence témoigne de l'importance des cônes alluviaux. Comprendre les ressemblances et les différences entre les deux cônes permet de mieux saisir les processus de l'écosystème , les questions de conservation et l'utilisation traditionnelle du territoire.

Au bout du compte, une inondation aide à construire un habitat faunique vital, mais peut endommager les installations des humains. Dans le lotissement urbain, ce sont les processus naturels qui ont été restreints et gérés de près. Notre défi au cône Blakiston est de s'adapter aux changements naturels.

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