Parc national des Lacs-Waterton

Incendies, inondations et avalanches - Un incendie sur la montagne

Vue de l'incendie du mont Sofa, les flammes orange se détachant sur le ciel sombre du petit matin L'incendie sur la montagne Sofa © Parcs Canada

Des gros titres rouges proclamaient : « Le parc Waterton en flammes » et « Lutte pour maîtriser l'incendie ». La télévision nationale diffusait les images spectaculaires de flammes s'élançant des centaines de mètres au-dessus des arbres en feu. Un incendie causé par un éclair avait éclaté sur le mont Sofa à Waterton, au petit matin du 2 septembre 1998.

Attisé par des vents forts, un petit feu qui couvait se transforma rapidement en un incendie violent, qui progressait vite. Des décennies de suppression des incendies avaient provoqué l'accumulation inusitée d'une grande quantité de bois mort et de débris de sol qui alimentèrent le feu.

Au début, ces facteurs freinèrent les efforts de lutte contre l'incendie, mais heureusement, un épisode venteux inhabituel perturba l'incendie. En effet, des vents soufflant d'une vallée avoisinante, créant un effet de turbulence semblable à celui causé par une roche dans une rivière, firent en sorte que l'incendie se rabattit sur lui-même, ce qui ralentit sa progression. Ainsi, cela donna aux équipes d'incendie la possibilité de reprendre la situation en main.

Photo d'un hélicoptère lâchant de l'eau sur l'incendie du mont Sofa L'hélicoptère déversère de l'eau sur le feu © Parcs Canada

À l'aide de bulldozers, des pare-feu furent aménagés en enlevant les matériaux inflammables devant le feu, ce qui améliora les choses. Des hélicoptères déversèrent de l'eau sur le feu et des équipes brûlèrent la végétation entre la ligne de feu de l'incendie et les pare-feu. Au point culminant de la lutte, 180 personnes, 13 bulldozers, 7 camions-citernes et 8 hélicoptères avaient été mis à contribution.

Le premier jour, une équipe de commandement des interventions fut constituée. Formée de représentants de Parcs Canada, de l'Alberta Environmental Protection, de la tribu Blood, de l'arrondissement municipal de Cardston, de la GRC et d'autres organismes, l'équipe avait pour tâche de se pencher sur des préoccupations régionales et de favoriser une aide mutuelle.

L'expérience combinée de tous ses membres s'avéra précieuse pour résoudre des problèmes tels que la sécurité des gens et des biens, car les phénomènes naturels comme les incendies ne respectent aucune frontière humaine. Toutefois, cet incendie particulier, permettant à tout le voisinage de travailler de concert, devint une expérience positive, voire cruciale.

Le 18 septembre, les autorités déclarèrent le feu " maîtrisé ". En tout, 1 521 hectares de la région avaient brûlé, presque tous dans le parc et la concession forestière Blood. Aucun animal de grande taille n'était mort dans l'incendie : la plupart avaient pu fuir, revenant immédiatement après l'extinction des flammes. Au moment où les neiges hivernales recouvrirent finalement la région, de nouvelles plantes étaient déjà en train de pousser. Pendant les années suivantes, les graminées, arbustes, fleurs et animaux sauvages ont prospéré.

Un pare-feu aménagé avec des bulldozers en 1998 Un pare-feu aménagé avec des bulldozers -1998
© Parcs Canada
Verdure sur un pare-feu aménagé avec des bulldozers en 2000 Un pare-feu aménagé avec des bulldozers - 2000
© Parcs Canada

L'impact le plus important de l'incendie a été les pare-feu aménagés avec des bulldozers. La végétation a été enlevée afin de créer une ligne que le feu ne pourrait traverser. Ces bandes de terrain cicatrisées forment les seules zones sur lesquelles le parc a effectué des travaux de régénération naturelle. À l'aide de pelles rétrocaveuses, de la terre, des rondins et de la végétation ont été refoulés et des équipes ont retourné des mottes de terre pour que l'herbe et les racines de fleurs sauvages puissent se reconstituer. La restauration a si bien réussi qu'il est maintenant difficile de reconnaître l'emplacement des pare-feu.

Si Waterton n'avait pas connu un incendie de cette ampleur depuis 1935, historiquement il en a été tout autrement. En effet, dans le passé, les incendies étaient fréquents et ont contribué à façonner le paysage actuel. La recherche démontre que pendant les quatre siècles derniers, la région du mont Sofa a brûlé tous les 95 à 100 ans. Le dernier feu majeur s'y est produit il y a 130 ans. Des années de suppression des incendies avaient favorisé l'accumulation anormalement élevée de masses de combustibles, un facteur qui a contribué à l'intensité de l'incendie. À l'heure actuelle, le risque d'un incendie impossible à maîtriser a grandement diminué dans cette section du parc, mais il reste élevé dans d'autres parties.

Nous avons appris que les incendies sont inévitables mais qu'il est possible d'en prévoir les conditions. Toutefois, comment conjuguer incendie et paysage de façon sécuritaire? Le brûlage dirigé constitue une technique possible. On formule en effet les objectifs d'un feu planifié ainsi que les conditions et procédures précises nécessaires pour un brûlage efficace et sécuritaire. Lorsque des experts chevronnés décident d'allumer un feu, ils le font dans des conditions optimales afin d'en réduire le risque. En choisissant soigneusement les emplacements et le moment de ces brûlis, il est possible d'atteindre des objectifs écologiques importants et d'apporter une mesure supplémentaire de protection contre l'incendie.

Cependant, l'action d'allumer un feu ne constitue-t-elle pas une ingérence dans la nature? Depuis le recul des glaciers il y a environ 10 000 ans, la foudre et les humains ont fait flamber le paysage. Cela fait partie depuis toujours des écosystèmes des prairies, des broussailles et des forêts.

Les Autochtones allumaient des incendies pour toutes sortes de raisons, par exemple pour créer des pâturages, regrouper les animaux sauvages et entretenir des routes de voyage. Pendant la période d'exploration et de colonisation, on allumait des feux pour éliminer des broussailles et des arbres. De nos jours, il est impossible de simplement " laisser faire la nature ", puisque les feux irréprimés représentent un risque inacceptable. Par contre, on peut lui redonner son rôle écologique grâce au feu dirigé.

Lorsque l'incendie a ravagé les forêts et prairies avoisinantes du mont Sofa, de nombreux phénomènes importants se sont manifestés.

Les matières nutritives enfermées dans les plantes mortes se sont transférées au sol chaud et noirci. La terre ainsi enrichie a favorisé la germination de semences dormantes et la repousse d'arbustes et de vivaces indigènes. La chaleur intense dégagée par le feu a aussi fait éclater des pommes de pin tordu et libéré leurs graines dans les environs.

Nouvelle végétation Nouvelle végétation
© Parcs Canada

En outre, le feu empêche les plantes ligneuses comme le tremble, le Douglas taxifolié et le saule, adaptés à des conditions de sol plus fraîches et humides, d'envahir les prairies de fétuque. De même, le tapis d'herbe morte qui recouvrait les prairies, ombrageant le sol et étouffant l'herbe fraîche, a été remplacé par une nouvelle végétation riche.

Les arbres brûlés, qu'ils soient tombés ou toujours debout, procurent un habitat important aux animaux sauvages. Des oiseaux rares comme le pic de Lewis et la chouette épervière vivent par choix dans des arbres brûlés. Les arbres morts et gisants abritent également des milliers d'insectes, devenant ainsi un garde-manger pour les ours. Les grizzlis et ours noirs profitent aussi de la repousse abondante d'airelles myrtilles et d'amélanches.

Une forêt très brulée et quelques pompiers « Forêts fantômes » et quelques pompierss
© Parcs Canada

Une vue aérienne des lieux offre le spectacle d'une mosaïque formée de zones intensément brûlées, légèrement brûlées et intactes. Ainsi, une grande variété de types de végétation de tous les âges y abonde, permettant à une plus grande variété d'animaux sauvages de prospérer, ce qui est l'essence même d'un écosystème sain.

De plus, le feu aide à contrôler la propagation rapide d'insectes et de maladies qui peuvent survenir dans des peuplements mûrs et équiens. Le feu peut aussi jouer un rôle clé en prévenant le déclin des pins à blanche écorce de la région, causé par la rouille vésiculeuse.

La réaction la plus commune des visiteurs qui ont vu le lieu de l'incendie est la tristesse et le regret devant cette " dévastation ". Pourtant, le panorama de cet espace brûlé est fascinant : forêts fantômes parsemées de clairières couvertes de plantes et d'arbustes verdoyants, pousses fraîches d'herbes s'élevant de touffes noircies, cassenoix bruyants et ours curieux. Comme il est situé près de la route du Mont-Chief, le site de l'incendie de Sofa peut devenir un lieu important pour mieux comprendre et connaître le rôle et les effets rajeunissants du feu.

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