CE QUE NOUS AVONS ENTENDU

Résumé des commentaires formulés par le public au sujet du projet de promenade de la Découverte-du-Glacier, dans le parc national Jasper, et réponse de Parcs Canada
ÉBAUCHE du 15 février 2012

Contexte

En 2010, la société Brewster Travel Canada a présenté une proposition à Parcs Canada afin d’aménager une nouvelle attraction touristique au belvédère du Canyon-Sunwapta, en bordure de la promenade des Glaciers. À l’issue d’un examen, Parcs Canada est arrivé à la conclusion que la proposition était conforme à ses lois et à ses politiques et qu’elle pouvait être soumise à une évaluation environnementale et au processus d’examen des projets d’aménagement.

D’entrée de jeu, Parcs Canada a établi que l’évaluation environnementale prendrait la forme d’un examen préalable, conformément à la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale. En vertu de cette loi, les promoteurs de projet peuvent prendre une série de mesures pour permettre au public de participer à l’évaluation environnementale, depuis la diffusion de renseignements jusqu’à la sollicitation active de commentaires.

En participant à ces consultations, le public peut accroître la qualité de l’évaluation environnementale et lui donner de la crédibilité. Les citoyens représentent une importante source de connaissances locales et traditionnelles au sujet de l’emplacement du projet et de ses impacts environnementaux probables. La participation du public oriente également le processus décisionnel, en aidant Parcs Canada à comprendre l’étendue et la nature des préoccupations, y compris les inquiétudes qui ne sont pas directement liées à l’environnement.

Parcs Canada voulait également connaître le point de vue des groupes autochtones qui avaient des liens historiques avérés avec le parc. Il les a donc invités à cerner les questions qui les touchaient et à commenter l’évaluation environnementale.

Participation du public

Parcs Canada a chargé la société Brewster de communiquer avec les intervenants, les collectivités autochtones et le public dès le début du processus d’évaluation environnementale, afin de les renseigner sur la proposition et d’obtenir leur rétroaction sur le concept et la conception architecturale, le tout dans le but de renforcer le contenu du rapport d’évaluation environnementale. La société Brewster a organisé cinq activités portes ouvertes, créé un site Web, mis en service une ligne téléphonique et une adresse électronique pour la transmission de renseignements et rencontré les collectivités autochtones et les organismes concernés.

Les citoyens ont fait connaître leurs opinions par des lettres et des messages électroniques à Parcs Canada, des sites Web, des pages Facebook, des blogues, des pétitions en ligne, des cartes postales et, enfin, des lettres et des articles publiés dans les médias locaux, régionaux et nationaux.

Du 1er janvier 2010 au 6 février 2012, le directeur du parc national Jasper a reçu en tout 4 474 mémoires. Pendant la période officielle de commentaires publics sur l’évaluation environnementale, soit du 23 novembre au 16 décembre 2011, Parcs Canada a reçu 2 116 mémoires.

Les commentaires venaient de partout au pays et de l’étranger. Certains étaient détaillés et techniques, alors que d’autres consistaient simplement en une carte postale ou en un nom signé sur une pétition. Dans certains mémoires, il était clair que les auteurs avaient mal compris la nature du projet ou étaient mal renseignés. Même si les commentaires provenaient majoritairement de particuliers, certains émanaient d’organismes comptant des centaines de membres.

Les commentaires étaient en majorité opposés à la proposition. Il convient cependant de signaler que le nombre de commentaires favorables ou défavorables n’était pas le seul facteur que Parcs Canada a pris en considération dans l’évaluation de la réaction du public. Il a examiné tous les commentaires avant de rendre sa décision, mais, en dernière analyse, la consultation n’est pas un plébiscite. Parcs Canada a tenu compte de la validité et de la portée des commentaires, et il a également évalué s’ils apportaient un complément d’information utile à l’évaluation. Les pages qui suivent présentent un résumé des commentaires reçus du public au sujet de la proposition ainsi que la réponse de Parcs Canada.

Participation des Autochtones

Au départ, certains groupes autochtones ont exprimé des réserves au sujet de l’emplacement et de la nature du projet ainsi que du processus de consultation. Lors du Forum des Autochtones du parc national Jasper, il a surtout été question de l’accès au lieu, de l’interprétation des récits autochtones et de l’utilisation possible du secteur à des fins traditionnelles par les Autochtones.

À la suite de visites des lieux en compagnie de sages des collectivités qui avaient exprimé un intérêt pour le projet, les groupes autochtones ont confirmé que le projet ne suscitait aucune préoccupation ou ont indiqué qu’aucun suivi n’était nécessaire. Plusieurs collectivités ont dit souhaiter pouvoir tirer parti des débouchés économiques qui découleraient du projet.

Résumé des commentaires du public et réponse de Parcs Canada

Les principaux thèmes présentés dans les mémoires peuvent se classer dans les catégories suivantes :
1. Politiques
2. Expérience du visiteur
3. Justification et raison d’être du projet
4. Impacts environnementaux
5. Participation du public

1. Politiques

Ce que nous avons entendu :
La plupart des répondants étaient opposés au « principe » de la proposition, estimant que les nouveaux projets d’aménagement commercial de ce genre n’ont pas leur place dans un parc national. Ces personnes ont exprimé des inquiétudes liées à la privatisation des terres du parc et ont dit craindre que ce précédent n’ouvre la voie à d’autres projets d’aménagement dans le parc national Jasper et dans d’autres aires protégées.

Par contre, certains répondants ont fait valoir que la promenade de la Découverte-du Glacier s’inscrivait dans l’un des objectifs de Parcs Canada, soit d’enrichir l’expérience offerte aux visiteurs et d’approfondir leur attachement pour le parc, tout en assurant la protection des ressources. De plus, ils ont dit estimer que Parcs Canada avait négligé les aspects de sa politique qui touchent à l’appréciation et à l’agrément des visiteurs. Ils ont donc accueilli favorablement la proposition parce qu’elle innovait en ce sens.

Réponse de Parcs Canada
La proposition est conforme à la stratégie pour la promenade des Glaciers ainsi qu’aux plans directeurs approuvés pour les parcs nationaux Banff et Jasper. Le plan directeur du parc national Jasper présente des limites précises pour la croissance et l’aménagement commercial, et il expose l’orientation à suivre pour enrichir l’expérience du visiteur tout en assurant le maintien ou le rétablissement de l’intégrité écologique. Le projet est conforme au système de zonage actuel, et l’installation sera aménagée à l’extérieur de la réserve intégrale, qui englobe 97 % du territoire du parc, sur un belvédère sous-utilisé. En outre, la proposition ne donne lieu à aucun projet d’aménagement supplémentaire, tel que la construction de nouveaux logements pour le personnel, l’aménagement de points de rassemblement pour le transport ou la construction d’installations d’entretien.

Parcs Canada autorise les exploitants privés à offrir des services et des programmes qui aident les visiteurs à mieux connaître le parc, à l’apprécier à sa juste valeur et à en profiter pleinement. Les visiteurs peuvent se prévaloir de ces services, et ils le font dans les parcs nationaux des montagnes depuis 126 ans.

2. Expérience du visiteur

Ce que nous avons entendu
Les défenseurs de la proposition y ont vu une possibilité d’expérience nouvelle et innovatrice dans le parc national Jasper. L’installation sera d’accès facile, elle attirera un grand nombre de visiteurs, et elle créera des possibilités d’éducation qui inciteront les automobilistes à sortir de leur véhicule. À leur avis, ce projet pourrait également améliorer la sécurité routière et réduire la congestion pour l’ensemble des visiteurs.

Les personnes opposées à la proposition ont soulevé plusieurs préoccupations : limitation de l’accès au belvédère, intensification de la circulation, congestion, problèmes de stationnement aux chutes Tangle et impacts visuels sur le paysage naturel.

Réponse de Parcs Canada
Parcs Canada est d’avis que la nouvelle passerelle enrichira l’expérience offerte aux visiteurs dans ce secteur. Il existe deux autres belvédères publics dans les environs immédiats (le belvédère du Glacier-Stutfield et le belvédère des Chutes-Tangle). De plus, la promenade des Glaciers compte une vingtaine d’autres voies d’arrêt où les visiteurs peuvent profiter librement des panoramas. Le belvédère sera encore accessible gratuitement, quoique sous une forme modifiée.

La société Brewster devra réaliser une étude sur la sécurité routière sur toute la longueur de la colline Tangle et mettre en place des mesures pour remédier aux problèmes de sécurité.

Plusieurs autres mesures sont prévues pour améliorer les possibilités offertes aux visiteurs dans ce secteur : l’élaboration d’un plan d’interprétation pour la promenade de la Découverte du-Glacier, l’amélioration des belvédères du Glacier-Stutfield et des Chutes Tangle, la mise en place d’un service de navette dans le secteur, l’exécution d’un programme d’interprétation itinérante (Gardiens de la faune) et la réalisation de travaux d’amélioration au Centre du Champ de Glace.

3. Justification et raison d’être du projet

Ce que nous avons entendu
Les commentaires défavorables à la proposition portaient principalement sur l’absence de raisons solides et de données en sciences sociales pour justifier la réalisation du projet. Les répondants ont dit estimer que les visiteurs avaient déjà accès à toutes sortes de possibilités dans ce secteur, notamment à des vues exceptionnelles. Les défenseurs du projet ont parlé de la popularité et de la longévité des attractions actuelles ainsi que de la nécessité d’offrir des expériences sécuritaires et accessibles dans l’avant-pays à ceux qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas voyager seuls ou s’aventurer dans l’arrière-pays.

Réponse de Parcs Canada
Parcs Canada souhaite offrir différentes expériences aux visiteurs qui veulent interagir avec la nature. Les résultats d’un sondage récent révèlent que plus de 90 % des visiteurs séjournent dans le parc pour admirer les paysages et qu’ils préfèrent une expérience confortable de type Aperçu depuis les confins plutôt que de s’aventurer loin de la route.

De l’avis de Parcs Canada, la proposition enrichira l’expérience du visiteur dans ce secteur. Il s’agit d’une attraction originale et facile d’accès qui n’est pas offerte dans le parc à l’heure actuelle. De plus, le projet répond aux besoins et aux priorités du secteur touristique, qui cherche à offrir des possibilités nouvelles et durables aux visiteurs.

4. Impacts environnementaux

Ce que nous avons entendu
Bon nombre de personnes déplorent le fait que, faute de données, il est impossible de prédire avec certitude les impacts à long terme du projet sur la faune. Les répondants s’inquiètent surtout du sort de la chèvre de montagne et du mouflon d’Amérique. Ils ont posé des questions au sujet de l’occupation du secteur par la chèvre et des impacts du projet sur la population de cette espèce dans les environs immédiats de la future installation et à l’échelle du parc entier. Les opposants au projet craignent que la circulation et l’affluence humaine accrues dans la voie d’arrêt ne perturbent les chèvres et les mouflons. Ils sont d’avis que les travaux de construction pourraient avoir sur les chèvres, les mouflons et les autres espèces sauvages du secteur des impacts plus appréciables que ceux qui sont prévus dans l’évaluation environnementale. Plusieurs répondants se sont interrogés sur les impacts de la construction et de l’exploitation de la passerelle sur le carcajou, les rapaces, les ours et d’autres carnivores.

Parmi les autres effets environnementaux néfastes mentionnés par les répondants, citons la stabilité de la pente, l’effet d’un éventuel sentier entre le terrain de stationnement des chutes Tangle et la promenade de la Découverte-du-Glacier, la hausse des émissions associée à la circulation accrue des autocars, l’augmentation du volume de déchets et du bruit, l’impact du sel de déglaçage sur les cours d’eau du secteur et les effets cumulatifs du projet.

Certains répondants favorables au projet ont fait valoir que les impacts environnementaux seront réduits à un minimum, du fait que la société Brewster construira l’installation sur une parcelle de terrain déjà perturbée et qu’elle utilisera l’infrastructure d’appoint déjà en place au Centre du Champ de Glace. D’autres ont indiqué que l’impact sur la faune sera négligeable et de courte durée.

Plusieurs répondants ont dit craindre que la structure ne nuise à la beauté naturelle du secteur. Même si le projet n’aura aucun impact esthétique sur les autres belvédères aménagés près de la route, il se peut qu’il ait des incidences sur les lignes de vue qui s’offrent depuis d’autres endroits.

Réponse de Parcs Canada
La société Brewster devra investir dans des mesures précises pour atténuer les effets environnementaux cernés lors de l’évaluation environnementale. Pour réduire à un minimum les impacts sur la faune et recueillir les données scientifiques nécessaires, il lui faudra mettre en place des mesures d’atténuation et un programme de surveillance rigoureux. Par exemple, la passerelle sera conçue de manière à perturber le moins possible les animaux vivant sur les falaises en contrebas, les travaux de construction ne pourront pas avoir lieu pendant la période de mise bas, et les heures d’ouverture seront raccourcies pour permettre aux animaux d’effectuer leurs déplacements au début et à la fin de la journée. En outre, la société Brewster devra instaurer un programme de surveillance de la construction et de l’exploitation pour évaluer l’ensemble des activités dans la voie d’arrêt et pour les adapter au besoin, afin de réduire le plus possible les impacts sur la faune et d’assurer la sécurité continue des populations.

Les mesures d’atténuation liées à l’accès public, à la sécurité routière et à l’augmentation de l’affluence devront également s’appliquer aux belvédères avoisinants. Un service de navette gratuit desservira les autres installations du secteur, offrant ainsi une solution de rechange aux visiteurs qui ne souhaitent pas payer pour accéder à la passerelle. Ce service aura également pour effet de diminuer la congestion, d’accroître la sécurité du public et de réduire les émissions de carbone.

5. Participation du public

Ce que nous avons entendu
De l’avis d’un grand nombre de répondants, la période d’examen public était trop courte pour un projet et une évaluation environnementale aussi complexes. Certains ont remis en question la transparence du processus, compte tenu du fait que la société Brewster a exécuté elle-même une bonne partie du programme de participation du public et que le rapport d’évaluation environnementale a été rédigé par son propre expert conseil.

Réponse de Parcs Canada
Les activités d’information et de consultation organisées à l’intention du public et des groupes autochtones ont commencé dès le début du processus. La société Brewster a diffusé des renseignements sur son projet par divers moyens – activités portes ouvertes, diffusion d’information sur son site Web, mise en service d’une adresse électronique et d’une ligne d’information téléphonique sans frais et envoi de mises à jour régulières à une liste d’envoi par courriel – pendant près d’un an avant la période officielle des consultations publiques sur l’évaluation environnementale.

Le document intitulé Glacier Discovery Walk Project Consultation and Aboriginal Engagement Report (28 octobre 2011) renferme des détails sur la correspondance reçue par la société Brewster et sur les discussions qu’elle a tenues lors de ses réunions avec les intervenants et de ses activités portes ouvertes.

La description du projet a été affichée sur le Web dans le Registre canadien d’évaluation environnementale, et le rapport d’examen préalable a été publié sur le site de la société Brewster. Des exemplaires ont également été déposés au bureau de l’entreprise et à celui de Parcs Canada à Banff. Conformément à la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale et aux pratiques normalisées, Parcs Canada (en qualité d’organe de réglementation) pouvait déléguer la rédaction du rapport d’évaluation environnementale au promoteur. Parcs Canada conservait cependant le pouvoir d’examiner le rapport et de rendre sa décision concernant l’importance des effets environnementaux néfastes.

Conclusion

Dans l’ensemble, le programme de mobilisation des Autochtones et de consultation du public était solide et transparent. Il a été exécuté en temps voulu et a eu une portée nationale. Les commentaires reçus témoignent d’une vive passion et d’un grand intérêt pour les parcs nationaux et les autres aires protégées du Canada.

La plupart des commentaires reçus, de même que le thème central des pétitions et de la couverture médiatique défavorable à la proposition, avaient surtout trait à l’interprétation des politiques de l’Agence Parcs Canada et au bien-fondé du projet dans le contexte d’un parc national. Ces commentaires étaient bien intentionnés et témoignaient d’une grande passion pour les parcs nationaux, mais ils étaient fondamentalement contraires aux politiques et au bien-fondé tels qu’ils sont interprétés par l’Agence Parcs Canada.

En réponse aux inquiétudes entourant les effets environnementaux et sociaux (et les impacts sur l’expérience du visiteur), le rapport d’examen préalable décrit les mesures que la société Brewster doit prendre pour atténuer les conséquences néfastes de son projet et pour mettre en place les programmes de surveillance nécessaires. Parcs Canada a énoncé les « résultats souhaités » qui doivent orienter les mesures d’atténuation, et il a fourni des lignes de conduite supplémentaires pour l’obtention de ces résultats. Le processus de consultation et les inquiétudes formulées ont contribué à déterminer, à préciser et à justifier les résultats souhaités.

À l’issue de son analyse des commentaires reçus, Parcs Canada conclut que les préoccupations soulevées et les renseignements fournis ne sont pas de nature à empêcher la réalisation du projet.