Parc national du Canada Jasper

Parcs Canada : Un siècle de conservation dans les parcs nationaux des montagnes

Pendant ses cent premières années d’existence, Parcs Canada est devenu un chef de file mondial de la conservation. Cette expertise, il l’a acquise notamment en protégeant le patrimoine naturel des parcs nationaux des montagnes : les parcs Banff, Jasper, Kootenay et Yoho ainsi que les parcs du Mont Revelstoke, des Glaciers et des Lacs-Waterton.

Pics majestueux et glaciers isolés, prairies immenses et forêts anciennes, lacs alpins et cours d’eau inviolés… Tout en offrant aux visiteurs des paysages spectaculaires, les sept parcs nationaux des montagnes servent d’habitat à une étonnante diversité de plantes et d’animaux. Ce sont aussi des lieux qui sauvegardent les services écosystémiques dont visiteurs et non-visiteurs bénéficient tous sans exception – de l’eau propre, de l’oxygène et la régulation des crues, par exemple. En l’absence d’une gestion soigneuse axée sur la préservation de l’intégrité écologique, cette biodiversité risque de disparaître.

Un appareil photo actionné par le mouvement capte l’image d’un grizzli se servant d’une des structures de passages pour animaux dans le parc national Banff.
Un appareil photo actionné par le mouvement capte l’image d’un grizzli se servant d’une des structures de passages pour animaux dans le parc national Banff. / © Parcs Canada

Pendant les premières années d’existence des parcs nationaux des montagnes, les besoins de la faune passaient souvent au second rang. Par exemple, en 1886, un relevé de la faune du parc national Banff (qui existait alors depuis à peine un an) faisait état du déclin des populations d’animaux. Cependant, plutôt que de remettre en question les mérites de la chasse dans un parc national, ce relevé recommandait simplement d’introduire davantage de gibier pour les chasseurs.

Jusque dans les années 1990, l’équilibre naturel entre prédateurs et proies a été gravement compromis dans la vallée de la Bow, au cœur du parc national Banff. Les campagnes d’élimination des loups lancées partout dans le Sud des Rocheuses ont provoqué l’essor des populations de wapitis – les proies naturelles des loups. Les loups ont tenté de recoloniser le parc national Banff, mais bon nombre ont perdu la vie dans le couloir passant de la Transcanadienne. En outre, le nombre anormalement élevé de wapitis a entraîné le déclin des peuplements de trembles et de saules, privant ainsi les oiseaux chanteurs et les castors d’une partie de leur habitat.

De 1999 à 2003, Parcs Canada et ses partenaires communautaires ont créé des corridors fauniques et des parcelles d’habitat sûr qui ont amené les carnivores à revenir chasser dans la vallée de la basse Bow. L’installation de clôtures le long de la Transcanadienne a réduit de plus de 80 % les collisions animaux-véhicules. Au début, les espèces méfiantes comme le loup et l’ours hésitaient à emprunter les passages pour animaux, mais elles s’en servent aujourd’hui régulièrement. Ces passages procurent aux animaux un moyen sûr de traverser la route pour accéder à un habitat, à de la nourriture et à des partenaires essentiels à leur survie. Depuis 1996, 11 espèces de gros mammifères ont emprunté plus de 150 000 fois 24 des 38 passages pour animaux. Tout en recréant la relation prédateurs-proies traditionnelle, les gestionnaires du parc ont sélectivement abattu des wapitis et travaillé avec la collectivité à brûler des parcelles pour favoriser le rétablissement de groupements de végétation plus hétérogènes et plus naturels.

Ces mesures ont eu pour effet d’améliorer l’équilibre de l’écosystème : la vallée de la Bow abrite aujourd’hui beaucoup moins de wapitis et une plus grande diversité d’autres espèces typiques des montagnes. Les saules se sont rétablis, et les trembles prospèrent sur les parcelles rasées par les brûlages dirigés, créant un nouvel habitat pour les castors et les oiseaux chanteurs.

Aujourd’hui, suivant le modèle de conservation du Canada, les parcs nationaux concilient la nécessité de préserver et de rétablir la biodiversité avec les intérêts de ceux qui cherchent à faire l’expérience et à profiter de ces lieux spéciaux : visiteurs enthousiastes, exploitants touristiques, promoteurs commerciaux, propriétaires fonciers privés et Premières nations. Cet amalgame complexe d’intervenants peut engendrer des défis pour la gestion du parc, mais il représente aussi une source de créativité qui peut donner naissance à des solutions bénéfiques à tous.

Comme l’illustrent les courts articles qui suivent, la conservation consiste souvent en un jeu de rattrapage pour recréer une biodiversité altérée. Du même coup, nous nous appuyons sur les réalisations antérieures pour vivre en meilleure harmonie avec notre milieu naturel. Tout au long de ce processus, nos parcs nationaux nouent des liens de collaboration plus efficaces malgré des intérêts parfois contradictoires.

Rétablir la biodiversité

Qu’est-ce que la biodiversité? Il s’agit de la diversité des espèces, des variations génétiques entre individus et entre populations ainsi que de la diversité des moyens par lesquels les organismes interagissent entre eux et avec le monde inanimé qui les entoure.

Lorsqu’une espèce sauvage devient en péril, c’est souvent parce que les processus qui assurent la santé de son habitat ont été perturbés. Partout dans les parcs nationaux des montagnes, Parcs Canada s’emploie à rapprocher les processus écologiques (comme le feu, les inondations, le broutage et la prédation) de leurs niveaux historiques.

Des brûlages stratégiques, un gage de réussite

Pendant la majeure partie du XXe siècle, les parcs nationaux des montagnes, comme de nombreuses autres administrations, considéraient le feu comme un ennemi. Leurs pompiers aux yeux de lynx ont à toutes fins pratiques éliminé les incendies des parcs. L’intention était louable, mais leurs efforts ont eu des conséquences imprévues.

Des recherches menées dans les années 1970 ont révélé que le feu était un processus naturel et qu’il jouait un rôle important dans bon nombre de nos parcs nationaux.

Le feu engendre la vie sur la terrasse Fairholme.
Le feu engendre la vie sur la terrasse Fairholme./ © Parcs Canada

Les divers secteurs des parcs nationaux des montagnes brûlaient de façon différente et à des intervalles différents. Pour rajeunir la forêt, la clé consistait à reproduire ce cycle des feux. En réduisant la densité des arbres, il devient plus facile de prévenir des incendies plus graves, voire catastrophiques. De plus, le feu crée de l’espace pour un plus grand nombre d’essences. Les jeunes arbres, plus vigoureux, résistent mieux aux insectes, aux espèces envahissantes et aux maladies. Le feu favorise également la création d’un habitat plus varié qui soutient les relations prédateurs-proies traditionnelles.

Du point de vue écologique, le feu aide la végétation à se décomposer, en laissant dans son sillage des cendres riches en nutriments qui engraissent le sol. Le sol calciné absorbe la chaleur, créant des conditions de croissance idéales pour les plantes.

Les recherches scientifiques révèlent que la suppression des incendies interrompt ce cycle naturel et prive la forêt de tous les bienfaits du feu. L’habitat faunique y perd en diversité, la forêt devient plus sujette aux maladies et aux attaques des insectes, et les risques d’incendies catastrophiques s’en trouvent accrus. C’est pour toutes ces raisons que, en 1983, les parcs nationaux des montagnes ont commencé à recourir aux brûlages dirigés (des brûlages intentionnels gérés par des spécialistes) afin de revitaliser le paysage.

Chaque brûlage dirigé est assorti d’objectifs précis, qu’il s’agisse de réduire la concurrence à laquelle est exposée une espèce en péril, de rétablir la prairie, de créer une ligne d’arrêt pour protéger l’habitat faunique ou de prémunir les résidents et les visiteurs contre des incendies catastrophiques.

Ces feux sont soigneusement gérés, et ils sont souvent reportés d’une année à l’autre jusqu’à ce que les conditions météorologiques, les conditions de la forêt et les conditions du sol soient parfaites. Et le choix des parcelles à soumettre ou à soustraire à des brûlages dirigés est tout aussi important. Dans les parcs nationaux des montagnes, il serait contre-indiqué d’exécuter un brûlage dirigé dans l’habitat du caribou, mais souhaitable de le faire ailleurs pour créer des forêts plus saines et pour enrichir le fourrage de toute une gamme d’espèces, depuis les rongeurs jusqu’aux omnivores.

Bien avant que ces feux ne soient allumés, les gestionnaires dressent avec soin un plan de brûlage dirigé faisant appel à diverses techniques pour atteindre leurs objectifs. Ils pourraient choisir de procéder à une éclaircie manuelle et de faire brûler préalablement des parcelles choisies pour créer des coupe-feu dans la forêt ou encore de se servir d’éléments naturels comme des montagnes, des cours d’eau et de la végétation pour gérer la propagation du feu. Ce travail s’accomplit à l’issue de consultations étroites auprès des collectivités locales.

Le résultat est probant : des forêts plus robustes et en meilleure santé et un milieu plus riche pour toute la biodiversité qui en dépend.

Depuis 2008, les parcs nationaux des montagnes ont réalisé 19 brûlages dirigés d’une superficie variant de 3 à 1 850 ha. Ils en exécutent en moyenne quatre par année; au cours d’une année donnée, chaque parc dispose de deux à quatre plans de brûlage prêts à être mis en œuvre. De 2009 à 2013, Parcs Canada estime qu’il consacrera six millions de dollars à des brûlages dirigés dans les parcs nationaux Banff, Jasper, Yoho et Kootenay ainsi que dans le parc national des Lacs-Waterton.

Une approche saine pour la surveillance des oiseaux dans les parcs nationaux du Mont Revelstoke et des Glaciers

En raison de leur petite taille, de leur agilité et de leurs déplacements fréquents, les oiseaux présentent un défi de conservation particulier – surtout si l’on tient compte des ressources limitées dont dispose le personnel des parcs pour bien les surveiller. En l’absence de données solides pour mieux les comprendre, cependant, les espèces rares et les espèces en péril risquent encore davantage de disparaître.

Surveillance d’oiseaux à l’aide d’une technologie d’enregistrement sonore.
Surveillance d’oiseaux à l’aide d’une technologie d’enregistrement sonore./ © Parcs Canada

Pour remédier à ce problème, les parcs nationaux du Mont-Revelstoke et des Glaciers ont créé et mis à l’essai une approche innovatrice axée sur la technologie de l’enregistrement numérique. Avec l’aide de bénévoles, les deux parcs ont aménagé diverses stations d’enregistrement sonore pour y enregistrer et y identifier différentes espèces d’oiseaux. En analysant ces enregistrements, les scientifiques apprennent à quels endroits chaque espèce préfère vivre, manger, s’accoupler et élever sa progéniture, et ils peuvent aussi déterminer si certaines espèces sont en train de disparaître. Ces renseignements pourraient fort bien leur indiquer les moyens à prendre pour maintenir, rétablir ou protéger des populations d’oiseaux menacés dans les deux parcs.

Vivre en harmonie

Assainir l’eau et limiter l’aménagement dans le parc Banff

Dans les années 1970 et 1980, les scientifiques ont observé de fortes concentrations de phosphore et d’autres nutriments dans le cours inférieur de la rivière Bow, en aval de Lake Louise et de Banff. Les quantités excessives de nutriments stimulent la prolifération d’algues, qui compromettent la qualité de l’eau potable, la santé du bétail et des cultures ainsi que la pêche à la ligne et les autres sports aquatiques. Compte tenu de l’importance de préserver la santé des écosystèmes aquatiques et du fait que des centaines de milliers de citadins et d’agriculteurs du Sud de l’Alberta et de la Saskatchewan dépendent de l’eau provenant des parcs nationaux des montagnes, l’assainissement de l’eau a acquis une importance prioritaire.

En 1989, par suite de l’amélioration des stations municipales d’épuration des eaux usées de Banff, de Lake Louise et de Jasper, les niveaux de phosphore ont commencé à baisser. D’autres travaux réalisés en 2003 ont permis d’améliorer les systèmes de filtration afin qu’ils puissent éliminer les nutriments résiduels et les débris. En 2011, pour la première fois depuis 1973, de l’eau pure coulait à nouveau hors des parcs.

La qualité de l’eau n’était que l’un des problèmes auxquels devait faire face le parc national Banff. En 1996, le Groupe d’étude de la vallée de la Bow a recommandé des changements majeurs pour préserver l’intégrité écologique du parc. Comme suite à cette recommandation, le gouvernement du Canada a modifié le plan directeur du parc : il a rétabli des corridors fauniques et plafonné la croissance du lotissement urbain de Banff. Dans les années qui ont suivi, la surveillance écologique a montré que la biodiversité s’était enrichie et que les processus naturels s’étaient en partie rétablis.

Salamandres : Le doigt sur la solution dans le parc national des Lacs-Waterton

La salamandre à longs doigts, une espèce préoccupante inscrite à l’Alberta Wildlife Act, a une aire de reproduction limitée qui englobe le parc national des Lacs Waterton. Les scientifiques ont découvert que les véhicules tuaient de 10 à 41 % des salamandres qui tentaient de franchir les routes se trouvant dans leur aire de répartition naturelle.

Salamandre à longs doigts.
Salamandre à longs doigts. / © Parcs Canada

En 2008, le parc a mis en œuvre une solution originale : il a installé quatre tunnels sous la route pour permettre aux salamandres de circuler de façon relativement sécuritaire entre leur territoire hivernal et leur lieu de reproduction, au lac Linnet. Des caméras placées dans les tunnels révèlent que les salamandres, ainsi que d’autres amphibiens et des petits mammifères, empruntent bel et bien ces passages. Les résultats sont impressionnants : la mortalité attribuable aux véhicules chez les salamandres a chuté de manière spectaculaire pour atteindre de 0,6 à 1,6 % de l’effectif de la population.

Travailler ensemble

Comprendre la vie secrète des blaireaux dans le parc national Kootenay

En chassant les rongeurs et en procurant des terriers à plusieurs espèces de mammifères et d’oiseaux, les blaireaux jouent un rôle essentiel dans l’écosystème de la prairie. Ces animaux discrets sont toutefois rarement aperçus, si bien que l’obscurité règne quant aux moyens d’assurer leur protection.

En 1996, Parcs Canada a uni ses efforts à ceux d’autres partenaires dans le cadre d’une étude intensive de six ans consistant à suivre les déplacements des blaireaux dans la partie est de la chaîne Kootenay, dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique. En équipant les animaux d’émetteurs radio, les chercheurs ont beaucoup appris au sujet de leur population, de leur habitat, de leur aire de répartition et de leur comportement. L’effectif de la population est faible dans ce secteur : seuls 60 adultes en âge de se reproduire ont été recensés, et le tiers des femelles marquées ne se sont pas reproduites pendant les six années de l’étude. Au cours de la même période, environ 20 % des bêtes marquées ont été tuées par des véhicules, des trains et d’autres prédateurs. Grâce aux données recueillies pendant l’étude, le statut du blaireau est passé d’espèce non en péril à espèce en voie de disparition.

Blaireau
Blaireau
© R. Klafki - Parks Canada

En 2002, en partie par suite de cette étude, des blaireaux issus du Montana ont été transplantés en Colombie Britannique, notamment dans des secteurs adjacents au parc national Kootenay, dans le but d’augmenter l’effectif de la population locale. La stratégie a été couronnée de succès : moins de quatre ans après les premières transplantations, la population de blaireaux semblait s’accroître, et certains animaux commençaient à fréquenter le parc. Aujourd’hui, Parcs Canada travaille aux côtés de chercheurs, de propriétaires fonciers privés, de Premières nations et d’autres organismes gouvernementaux à l’élaboration d’un plan de rétablissement complet pour l’espèce.

Une campagne de remise à l’eau qui contribue à rétablir une truite rare dans le parc Yoho

Surpêche, perte d’habitat, croisements et concurrence des espèces non indigènes, tous ces facteurs ont réduit l’aire de répartition des populations indigènes de truites fardées du versant de l’ouest dans les parcs nationaux des montagnes. En 2010, les populations de Colombie-Britannique ont été inscrites à la liste des espèces préoccupantes de la Loi sur les espèces en péril du Canada.

truite fardée.
truite fardée. / © S. Humphries - Parcs Canada 

Dans le parc national Yoho, l’espèce semblait avoir disparu de son aire de répartition historique. Cependant, grâce à des efforts d’ensemencement antérieurs, la truite fardée avait élu résidence dans les lacs de la vallée de l’O’Hara, à l’extérieur de son territoire historique. Même si la population est pure sur le plan génétique, l’effectif est encore relativement petit et demeure en péril.

En 2008, pour appuyer le rétablissement de la truite fardée du versant de l’ouest, le parc national Yoho a lancé une campagne de sensibilisation afin d’encourager les pêcheurs à pratiquer volontairement la remise à l’eau de leurs captures dans le lac O’Hara. Un an plus tard, dans le but de protéger la population, le parc a adopté de nouvelles règles qui ont fait passer la limite de possession de deux poissons à zéro. Aujourd’hui, les gestionnaires du parc surveillent de près la situation de l’espèce.

Conclusion

Orignal femelle traversant le passage supérieur Red Earth. 
Orignal femelle traversant le passage supérieur Red Earth. / © highwaywilding.org

Les politiques de conservation dans les parcs nationaux des montagnes ont beaucoup évolué depuis l’époque où l’on se souciait principalement de rétablir les stocks de gibier pour les chasseurs. Pendant les cent premières années d’existence de notre organisme, nous sommes passés d’une gestion élémentaire des ressources à une approche écologique qui accorde de la valeur à la biodiversité indigène et aux processus naturels. Aujourd’hui, Parcs Canada est un chef de file mondial de la conservation. Depuis la construction de passages pour animaux afin de réduire la fragmentation de l’habitat jusqu’à la réintroduction du feu dans le paysage, en passant par la promotion de la santé des animaux de toutes les tailles et de toutes les formes, nous sommes fiers de nos réalisations, et nous envisageons l’avenir avec confiance. À l’aube de ce second siècle d’activité, nous demeurons à l’écoute de ce que peuvent nous enseigner l’expérience, l’observation et la science au sujet de la conservation.