Parc national du Canada Elk Island

Programme de réintroduction du cygne trompette

Cygne Trompette ( Cygnus buccinator )
Description  : Le plus gros oiseau des milieux aquatiques de l’Amérique du Nord. Les ailes sont blanches; les pattes et le bec sont noirs.
Traits distinctifs  : Le bec, de couleur noire, a un profil droit et est gros par rapport à la tête. La mandibule inférieure est ornée d’une bordure rouge. L’œil, de couleur noire, se distingue difficilement du bec.
Envergure  : 2,1 à 2,4 m.
Poids  : Mâles : 12 kg ; femelles : 10 kg.
Longueur  : 152 cm
Voix  : Son grave mais fort; cri ressemblant au bruit du clairon
Couvée  : De 3 à 7 oeufs.
Incubation  : Commence au début de mai et dure 35 jours
Éclosion  : Survient généralement à la mi-juin
Longévité  : 20 ans à l’état sauvage; plus de 30 ans (le record est de 32 ans) en captivité 
Régime alimentaire : Plantes aquatiques, insectes, crustacés.
Habitat  : Lacs sauvages; affinité pour les eaux calmes; faible tolérance pour les perturbations
Habitudes : La queue en l’air, le cygne trompette trempe son long cou dans les étangs et les lacs peu profonds à la recherche de plantes poussant au fond de l’eau

Pourquoi le cygne trompette est-il menacé?

Famille de cygnes trompettes au parc national du Canada Elk Island
Famille de cygnes trompettes au parc national du Canada Elk Island
© Parcs Canada

La population de cygnes trompettes a amorcé son déclin au XIXe siècle par suite de la colonisation des Prairies. Au début du XXe siècle, l’espèce avait presque disparu en raison d’une chasse excessive (elle était convoitée pour sa chair et ses plumes) et de la disparition de son habitat. Pendant plus d’un siècle, le cygne trompette a été absent de la région du parc national Elk Island et des collines Beaver.

Dans les années 1930, des programmes ont été instaurés pour empêcher l’espèce de disparaître complètement de son aire de répartition historique en Amérique du Nord. À l’heure actuelle, il ne subsiste que 5 000 individus à l’est des Rocheuses, le troupeau le plus important au Canada se trouvant dans la région de Grande Prairie, en Alberta. Pendant les mois d’hiver, la plupart des cygnes de l’Alberta migrent dans la région des trois États, c’est-à-dire l’Idaho, le Wyoming et le Montana.

Choix du parc national Elk Island comme lieu de réintroduction

Trois cygnes trompettes adultes prêts à être relocalisés
Trois cygnes trompettes adultes prêts à être relocalisés
© Parcs Canada

En 1982, l’Alberta Fish and Wildlife a déclaré que les perturbations d’origine humaine et la perte d’habitat dans la région de Grande Prairie représentaient une menace à la survie à long terme du troupeau. En 1987, le parc national Elk Island a été choisi comme site pour un programme de transplantation du cygne trompette, en raison de la présence de milieux favorables, de la protection assurée par la législation sur les parcs nationaux et de sa proximité d’un grand centre urbain tel qu’Edmonton. Le parc était unanimement considéré comme l’endroit le plus susceptible de donner aux générations futures la possibilité d’admirer ce magnifique oiseau dans son habitat naturel.

Réintroduction

Un membre du personnel de l’Agence Parcs Canada et un biologiste du Service canadien de la faune procèdent à la relocalisation d’un jeune cygne au parc national du Canada Elk Island
Un membre du personnel de l’Agence Parcs Canada et un biologiste du Service canadien de la faune procèdent à la relocalisation d’un jeune cygne au parc national du Canada Elk Island
© Parcs Canada

En 1987, le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada et la Friends of Elk Island Society ont mis sur pied le programme de réintroduction du cygne trompette dans le parc national Elk Island.

Des groupes familiaux de cygnes trompettes ont été capturés aux environs de Grande Prairie à la fin d’août, puis transportés dans le parc national Elk Island. Pendant cette période, les adultes sont confinés au sol parce qu’ils sont en train de muer (ils ont perdu leurs anciennes plumes et doivent attendre la repousse du nouveau plumage), tandis que les jeunes cygnes n’ont pas encore appris à voler. Après avoir été relâchées dans le parc, les familles sont restées ensemble, et, lorsque les jeunes cygnes ont pris leur envol (en septembre), elles ont migré vers la région des trois États, où elles ont passé l’hiver. Chaque printemps suivant, les adultes sont retournés à Grande Prairie pour élever une nouvelle nichée. Les jeunes cygnes transplantés, par contre, ont migré dans le parc national Elk Island – l’endroit qui les avait vus prendre leur premier envol.

Réussite du programme

Un membre du personnel de l’Agence Parcs Canada avec un cygne trompette adulte
Un membre du personnel de l’Agence Parcs Canada avec un cygne trompette adulte
© Parcs Canada
En 1998, 11 ans après sa mise en œuvre, le programme de réintroduction a franchi une étape marquante : un couple de cygnes réintroduits a élevé quatre petits, devenant ainsi le premier couple à nicher dans le parc en plus de 100 ans. Il y avait quatre autres sous-adultes (encore incapables de se reproduire) dans le parc à la même époque, ce qui portait à dix le nombre total de cygnes trompettes dans le parc.

Aujourd’hui, onze ans plus tard, le programme de réintroduction montre des progrès constants. À l’automne 2009, un recensement aérien effectué par le personnel du parc national Elk Island a permis de dénombrer 8 couples nicheurs de cygnes trompettes et 17 jeunes cygnes ayant déjà pris leur envol. Dix-sept sous-adultes se sont établis dans le secteur. Au total, 50 cygnes ont quitté la région en 2009 pour leur migration annuelle.

Même si le nombre de cygnes qui retournent dans le parc et les régions environnantes ne s’accroît pas chaque année, les biologistes s’attendent encore à une tendance à la hausse avec le temps. Pour diverses raisons, telles que des hivers rigoureux et le surpeuplement de l’aire de répartition hivernale, il faut aussi s’attendre à ce que, à l’occasion, le nombre de mortalités dans l’aire de répartition hivernale se traduise par une baisse du nombre de cygnes qui retournent dans le parc au printemps, par comparaison avec les années précédentes.

Le nombre de cygnes adultes a atteint la masse critique nécessaire pour soutenir la croissance de la population et assurer la diversité génétique de l’espèce. À moins d’un événement malheureux (on peut notamment songer à des phénomènes météorologiques extrêmes dans le territoire hivernal qui causeraient une mortalité massive), on peut considérer le cygne trompette comme une espèce solidement rétablie dans le parc national Elk Island et la région avoisinante des collines Beaver.

Dispersion

Nous assistons actuellement à un phénomène intéressant : les cygnes élargissent progressivement leur territoire à l’extérieur du parc national Elk Island. Sur les 34 cygnes qui ont migré à nouveau dans la région en 2009, 16 sont retournés dans le parc, 9 ont élu domicile dans l’aire de loisirs provinciale Cooking Lake-Blackfoot, au sud du parc, 4 sont retournés au refuge d’oiseaux Ministik et 5 passent la majeure partie de leur temps sur des terres privées, juste à l’extérieur des limites du parc. Cette dispersion vient confirmer l’importance du travail d’intendance de l’habitat effectué dans le cadre de l’initiative de protection des collines Beaver. Cette initiative est le fruit des efforts d’un comité d’intervenants issus des quatre coins de la région des collines Beaver. Avec l’apport du public, ce comité élabore actuellement des lignes directrices et des procédures pour la réalisation de projets communautaires durables visant à conserver les paysages et les modes de vie dans la région par l’établissement de relations de travail durables ainsi que par un leadership, un travail de coordination et des communications efficaces.

La coopération et la sensibilisation sont la clé

Il a fallu de nombreuses années de travail acharné de la part d’un grand nombre d’organismes, d’employés de soutien, de bénévoles et de citoyens dévoués pour réussir à réintroduire cette espèce autrefois en voie de disparition.

Bon nombre de programmes de réintroduction lancés de par le monde se soldent par un échec, en raison de la disparition de l’habitat ou de plusieurs autres facteurs limitatifs. Voici les facteurs qui, à l’heure actuelle, réduisent les chances de survie du cygne trompette : disparition de l’habitat; perturbations causées par les activités récréatives; chasse illégale; chasse accidentelle (dans son territoire hivernal, le cygne trompette est souvent confondu avec le cygne siffleur, une espèce plus petite); collisions avec des lignes de transport d’électricité; intoxication par l’ingestion de grenaille de plomb; perturbations causées par l’industrie (exploitation forestière, pétrolière et gazière); perturbations causées par les lieux densément peuplés et prédation naturelle.

Tous les facteurs qui limitent l’efficacité des programmes de réintroduction du cygne trompette en Amérique du Nord ont contribué à ralentir le rétablissement de l’espèce dans notre propre arrière-cour. Malgré ces contraintes, le programme de réintroduction du cygne trompette dans le parc national Elk Island et la région des collines Beaver a été couronné de succès. La leçon cruciale à retenir est la suivante : nous devons protéger les espèces et les habitats pendant que nous en avons encore la chance – avant qu’une espèce ne devienne en voie de disparition ou que son habitat ne soit détruit. Il est très difficile et parfois impossible de rétablir une espèce rare ou de recréer un habitat disparu. Pour que le rétablissement d’un habitat ou d’une espèce puisse se faire, il faut beaucoup de temps, de dévouement, d’argent et de soutien.

Où le public peut-il voir des cygnes trompettes dans la région du parc national Elk Island?

Cygnes trompettes et colverts
Cygnes trompettes et colverts
© Parcs Canada

Le programme de réintroduction se poursuit, et le nombre de cygnes présents dans le parc est actuellement faible, si on le compare aux niveaux historiques. Les cygnes passent la majeure partie de leur temps sur des lacs relativement isolés. Très timides, ils sont facilement perturbés pendant les mois d’été, lorsqu’ils défendent les lacs de leur territoire. Les dirigeants du parc restreignent l’accès du public à ces secteurs afin de protéger les couples nicheurs.

Cependant, au printemps et en automne, lorsque les cygnes se rassemblent avec d’autres espèces de la sauvagine, ils sont moins timides et peuvent être observés de loin. Plusieurs couples nicheurs et jeunes adultes sont observés chaque année sur le lac Astotin pendant les périodes où ils rejoignent d’autres oiseaux aquatiques. Pour le public, il s’agit actuellement des meilleures possibilités d’observation des cygnes trompettes.

Les cygnes trompettes (tout comme les autres espèces de la sauvagine) ne doivent être observés qu’à distance depuis la rive. Il ne faut jamais s’en approcher à bord d’une embarcation. Les visiteurs qui observent un couple nicheur de cygnes trompettes sur un lac sont priés de le signaler et de ne pas s’approcher des oiseaux (même de la rive). Pendant la couvaison (seule la femelle couve le nid), les cygnes sont EXTRÊMEMENT vulnérables aux perturbations. S’ils sont perturbés pendant cette période, ils risquent fort d’abandonner le nid et de laisser les œufs à la merci des éléments. La couvée peut facilement surchauffer au soleil ou devenir la proie de prédateurs tels que des goélands, des corneilles, des geais, des belettes ou des coyotes qui patrouillent la rive.

À noter :
Pendant quelques semaines au printemps et à l’automne, le lac Astotin reçoit également la visite de cygnes siffleurs, qui viennent s’y reposer et s’y nourrir pendant leur migration entre le Nord du Canada et les États du Sud. Les pélicans d’Amérique s’installent aussi au lac Astotin pour l’été, mais ils ne nichent pas dans le parc national Elk Island. Il pourrait être utile d’apprendre à reconnaître les différences entre ces trois espèces avant de partir en excursion d’observation des oiseaux.