Parc national du Canada Elk Island

La chronologie d'Elk Island

Le voyageur qui roule sur la route Yellowhead et qui découvre que l'un des 42 parcs nationaux du Canada est divisé par une route et se trouve à 45 kilomètres seulement de la capitale provinciale, peut être surpris. Est-ce possible : un parc national au milieu de l'Alberta? Les parcs nationaux ne sont-ils pas censés être situés dans des régions pittoresques éloignées, dans des pays de montagnes, de lacs vierges, de vues panoramiques?

Le parc national Elk Island est situé dans la région des collines Beaver, où abondait le castor au tournant du siècle. Ce qui rendait cette région unique, c'était les fourrés de trembles entourant la prairie et offrant nourriture et protection aux bisons qui hivernaient dans la région at aux animaux qui y vivaient à longueur d'année : les wapitis, les orignaux et les cerfs. On y trouvait aussi de l'eau en abondance.

Les collines Beaver sont devenues un important centre de chasse pour le commerce des fourrures. En 1841, on y trouvait encore des bisons en grand nombre. Cependant, les ressources cynégétiques se sont vite épuisées. À la fin des années 1860, le nombre des gros ongulés avait diminué au point que le bison avait presque disparu et que les grands herbivores étaient très rares.

La plupart des terres situées sur les collines Beaver n'ont pas été exploitées à partir des années 1870, et pendant toute la période des concessions agricoles. Les ressources forestières vierges étaient considérées par certains comme une importante ressource en bois d'œuvre et par d'autres, comme un obstacle à l'établissement des colons. En 1895, des incendies ont dévasté la région. Cet incident a poussé le gouvernement fédéral à protéger la forêt et en 1899, la région s'est officiellement vue attribuer la vocation de « réserve forestière du lac Cooking ».

La forêt était peut-être protégée, mais les wapitis et les cerfs mulets ne l'étaient pas. La pratique de la chasse à des fins sportives ou alimentaires par les colons menaçait les populations sauvages. Les wapitis des collines Beaver étaient considérés comme l'une des dernières hardes vivant au Canada.

En 1906, cinq Albertains de la région de Fort Saskatchewan ont persuadé le gouvernement fédéral de créer une réserve faunique pour protéger les wapitis des collines Beaver. En réponse à cette demande, le gouvernement a adopté la Loi des réserves forestières fédérales, par laquelle le parc Elk a été établi en juillet 1906. Une barrière de 2,2 mètres a été construite autour de l'aire qui entoure le lac Astotin.

Le parc Elk, avec ses wapitis, ses cerfs mulets et ses orignaux en liberté à l'intérieur du secteur clôturé, est devenu la première zone sous contrôle fédéral au Canada à se voir attribuer la vocation de réserve faunique. Cet événement a ouvert la voie à une nouvelle ère de préservation au Canada. Les parcs du gouvernement, à l'époque, avaient implicitement une fonction « faunique » et « panoramique ».

Le parc Elk Island, comme on l'appelait en 1908, était un parc faunique jusqu'à ce qu'il obtienne officiellement la désignation de parc du Dominion en 1913. C'est grâce à l'adoption de la Loi sur les parcs nationaux qu'il est devenu, en 1930, un parc national. À l'époque, l'État aménageait des parcs nationaux pour fournir des refuges aux animaux, pour les protéger contre la chasse et le piégeage effrénés et aussi pour empêcher la disparition d'habitats. La Loi a fait des parcs nationaux des aires de « préservation » de la faune et de la flore, pour « l'usage » du peuple canadien. Une fois la protection établie, il ne restait plus qu'à en faire aussi des lieux touristiques.

On peut penser que personne ne se doutait alors que cette réserve deviendrait un jour une ressource extrêmement précieuse et qu'elle jouerait un rôle très important dans la protection du patrimoine canadien.

Une carte des îles du lac Astotin Les îles du lac Astotin
© Parcs Canada

Le parc Elk créé en 1906 s'étendait sur 42 kilomètres carrés autour du lac Astotin (appelé autrefois Island Lake, dans la région). Ce lac est parsemé de petites îles qui s'appellent Lamont, Archer, Elk... L'île Lamont porte le nom d'une collectivité locale et l'île Archer, celui d'un médecin local très en vue. Quant à l'île Elk, elle a été baptisée ainsi parce que des wapitis s'y rendaient pour mettre bas (le terme anglais elk désigne un wapiti).

En 1913, on a adopté le nom Elk Island pour désigner le parc. L'endroit renfermait deux éléments remarquables : les wapitis et le lac Island (bordé de plages sablonneuses et comportant plusieurs îles, dont l'île Elk). Aujourd'hui, le nom parc national Elk Island rappelle que le parc est une île à plusieurs égards : une île de protection de ressources patrimoniales et une île d'évasion pour les personnes qui désirent échapper au tourbillon d'activité de grandes villes, entre autres, Elk Island est un parc dont le nom évoque une « île sauvage entourée d'un paysage façonné par l'homme ».

Parc national Elk Island, Modification de la Superficie Parc national Elk Island, Modification de la Superficie
© Parcs Canada

1906 : création du parc Elk, d'une superficie de 42 kilomètres carrés (16 milles carrés). Le nouveau parc renferme 24 wapitis, deux ou trois orignaux et 35 cerfs mulets, base de la population actuelle de la partie principale du parc.

1907  : des bisons des plaines du troupeau Pablo-Allard, du Montana, arrivent à Lamont. Quatre cents animaux sont placés au parc Elk en attendant que l'on finisse de clôturer le parc national Buffalo (situé près de Wainwright).

1908 : le parc Elk devient le parc Elk Island.

1909 : le parc national Buffalo est maintenant entièrement clôturé; on y expédie 325 bisons des plaines; de 50 à 70 individus échappent à la capture.

1913 : le parc Elk Island devient un parc du Dominion.

1922 : agrandissement du parc; on y ajoute la partie située aujourd'hui directement au nord de la route 16 (la route Yellowhead); sa superficie est portée à 136 kilomètres carrés. Cette mesure réduira les effets du pâturage excessif.

1930 : elk Island devient un parc national à la suite de l'adoption de la Loi sur les parcs nationaux.

1942 : on réintroduit les castors dans le parc; leur population augmente rapidement.

1947 : on augmente la superficie du parc national Elk Island de 60 kilomètres carrés; cette nouvelle partie, située au sud de la route 16 (la route Yellowhead), est aujourd'hui appelé la zone des bisons des bois.

1965 : on importe 23 bisons des bois de la région de la rivière Nyarling (parc national Wood Buffalo); on les introduit dans la zone de 60 kilomètres au sud de la route 16.

1987 : début de la mise en oeuvre du programme d'introduction des cygnes trompettes, une espèce en danger.

1988 : le bison des bois passe de la liste des espèces rares à celle des espèces menacées.