Parc national du Canada Banff

Une approche écosystémique et une modèle décosystème

Une approche écosystémique
Calypso orchid
Calypso orchid
© Parcs Canada /pnb

Dans le parc national Banff, Parcs Canada a adopté une approche de gestion écosystémique qui lui permet d'accomplir son mandat, à savoir de maintenir l'intégrité écologique des écosystèmes du parc et de permettre aux visiteurs de profiter de ses ressources et de les apprécier. La gestion écosystémique procède d'une approche globale qui consiste à prendre des décisions dans le contexte de lécosystème dans son ensemble plutôt qu'en fonction de certaines espèces ou communautés. Les décisions de gestion se fondent sur les dernières données écologiques tirées des études scientifiques et du savoir traditionnel.

Pictograph
Sans légende
© Parcs Canada /pnb

La gestion écosystémique s'articule autour du concept selon lequel les humains font partie intégrante des systèmes. Dans le parc national Banff, les écosystèmes ont été modifiés et influencés par les Autochtones 10 000 ans avant l'arrivée des Européens. Les activités que nous menons dans le parc et à l'extérieur de ses frontières continuent aujourd'hui de modifier les écosystèmes du parc. Nous travaillons en collaboration avec d'autres organismes et groupes et nous tenons compte des besoins socioéconomiques des gens qui vivent dans le parc et dans les environs.

De façon abstraite, la gestion écosystémique se trouve à mi-chemin entre le concept utilitaire de l'utilisation du territoire à des fins économiques et le concept romantique selon lequel les parcs doivent être laissés à leur état sauvage naturel, sans la présence de l'humain.

Concepts de la gestion des terres par les humains
 utilitaireécologiqueromantique
Postulats philosophiques La nature est au service de l'humanité L'humanité fait partie de la nature L'humanité est absente, ou moins importante que la nature
Attentes de l'humain Récolte/utilisation traditionnelle des ressources Éthique des terres, intégrité écologique, durabilité, santé Milieu sauvage, naturel, nature à l'état pur et noble
Paradigme de gestion Rendement soutenu Maintien de l'intégrité écologique Régulation naturelle
Indicateurs de l'écosystème Unités/hectare

dollars/année

touristes/parcongulés/hectare
Biodiversité

populations viables

appréciation des visiteurs
Absence de l'humain
évolution naturelle; impossible de fixer des buts ou des indicateurs
Qu'est-ce qu'un modèle d'écosystème?
Un modèle est une représentation de la réalité
© Parcs Canada /pnb
Un modèle est une représentation de la réalité. Il peut prendre plusieurs formes : diagrammes, photos, petites reproductions d'objets et simulations par ordinateur. Les gestionnaires et les scientifiques des parcs ont mis au point des modèles pour représenter la structure, la fonction et l'interaction des nombreuses composantes biologiques et non biologiques des écosystèmes des parcs. Ils seservent de ces modèles pour prédire comment les changements artificiels ou naturels qui surviennent dans une partie d'un écosystème influent sur le reste de l'écosystème.

Si les modèles ne peuvent pas reproduire fidèlement la réalité biologique complexe d'un écosystème, ils peuvent toutefois servir d'outils pour aider les gestionnaires des parcs à prendre des décisions de gestion au sujet de la végétation et de la faune des parcs, à relever les lacunes pour ce qui est des renseignements essentiels sur la structure et la fonction d'un écosystème donné et à cerner les besoins en recherches.

Un modèle pour expliquer la composition de la végétation...

Dans le parc national Banff, les chercheurs ont mis au point un modèle conceptuel pour illustrer les principaux facteurs qui déterminent la composition de la végétation telle que nous l'observons dans le paysage. Ce modèle s'applique aux écorégions montagnardes et subalpines du parc. Il est très utile aux gestionnaires du parc, puisque c'est la composition de la végétation, de même que sa structure, qui détermine l'étendue de l'habitat et les sources d'alimentation à la disposition des animaux du parc. Enfin, ce modèle révèle de quelle manière l'activité humaine influe sur les principales composantes des écosystèmes.

Le climat et le feu : les principaux facteurs
Sans légende
© Parcs Canada /pnb

Le climat constitue le facteur dominant qui détermine la composition de la végétation à l'échelle du parc et de l'écosystème élargi des Rocheuses. Le feu influe aussi grandement sur la végétation dans cette région car il morcelle la forêt en une « mosaïque » de peuplements d'âges et de types de végétation divers.

Variations à petite échelle

Au sein de chacune des vallées du parc, la communauté d'arbres, d'arbustes et de fleurs sauvages varie en fonction du relief, de l'altitude et de l'aspect du sol. De faibles variations touchant un petit secteur sont susceptibles de créer des microclimats où les conditions de croissance diffèrent de celles du climat dominant. La composition du sol peut également déterminer le type et la quantité de plantes qui poussent dans un secteur. Les agents perturbateurs à petite échelle, comme les vents, les avalanches, les insectes et les maladies, endommagent ou détruisent la forêt, la morcelant en « vides », qui contribuent à la création de la mosaïque végétale résultant du feu. L'influence humaine, à savoir la suppression des feux non voulus et le recours aux feux dirigés planifiés, joue également un rôle à cet égard.

Un modèle pour prendre des décisions de gestion

Pour étudier les changements qui se produisent à long terme dans l'écosystème de montagnes, les chercheurs du parc national Banff ont choisi cinq des éléments qui composent le modèle décosystème élargi, à savoir le peuplier faux-tremble, le wapiti, le loup, le feu et l'humain. En étudiant de près la connectivité de ces éléments par le passé et à l'heure actuelle, les chercheurs ont pu constater que les écosystèmes de montagnes ont évolué considérablement au cours du siècle dernier. En fait, ils croient que c'est la toute première fois en 10 000 ans qu'existent dans le parc les conditions qui prévalent actuellement dans le fond des vallées du parc.

Les gestionnaires du parc se servent du modèle condensé ci-après pour prendre des décisions au sujet de la gestion de la végétation et des gros mammifères dans le parc. Ils espèrent ainsi rétablir et préserver son intégrité écologique. Les chercheurs ont porté leur choix sur ces cinq éléments parce qu'ils ont été largement documentés dans le cadre de travaux précédents, qu'ils sont de bons indicateurs de l'intégrité écologique, qu'ils ont grandement évolué depuis les deux derniers siècles et qu'ils ont un effet mesurable sur l'écosystème de montagnes.

Évolution de lécosystème du parc national Banff
 Hier …Aujourd'hui …
Humains
© Parcs Canada /pnb
Humains
  • Les Autochtones allumaient des feux fréquents mais de faible intensité dans le fond des vallées
  • Les feux des Autochtones ont accru la production des plantes comestibles et créé des espaces ouverts, recherchés par le gibier
  • La chasse pratiquée par les Autochtones a contribué à limiter le nombre d'ongulés à l'époque préhistorique
  • Les Autochtones n'allument plus de feux dans le parc
  • On a recours à la suppression du feu et aux brûlages dirigés
  • Les lieux fortement fréquentés par les humains sont systématiquement évités par les loups et sont recherchés par les wapitis
  • L'accoutumance du wapiti à légard des lieux fortement fréquentés par les humains, dans les lotissements urbains, a entraîné la poussée démographique de cette espèce de même que le broutage excessif de la végétation
Feu
© Parcs Canada /pnb
Feu
  • Des photos temporelles révèlent que les vallées montagnardes de Banff étaient beaucoup plus claires par le passé
  • Avant la création du parc, les feux de faible intensité étaient fréquents, survenant en moyenne tous les 40 ans ou moins
  • La fréquence des feux a diminué considérablement, entraînant l'accumulation des matières combustibles sur le tapis forestier
  • Parce que les feux ont été supprimés, les arbres du parc sont plus grands et plus rapprochés
  • On constate une baisse notable des prairies, des arbustes, des types de forêts claires et des tremblaies
Wapiti
© Parcs Canada /pnb
Wapiti
  • Les explorateurs qui ont parcouru les Rocheuses canadiennes en 1792-1873 ont signalé peu de wapitis
  • Très peu d'os de wapiti ont été trouvés dans les sites de fouille archéologique du parc comparativement aux autres ongulés
  • Les photos historiques révèlent peu déléments pouvant conclure au broutage par les wapitis
  • Le wapiti constitue à l'heure actuelle l'espèce d'ongulés la plus commune dans les Rocheuses canadiennes
  • De nos jours, le wapiti compte pour environ la moitié du nombre total d'ongulés dans le parc national Banff
  • Par son broutage excessif, le wapiti contribue au dépérissement des tremblaies du parc
Loups
© Stephen Anderson
Loups
  • Les populations de loups ont été systématiquement réduites sous l'effet des mesures de contrôle entreprises des années 1850 aux années 1930 dans de vastes secteurs des Rocheuses canadiennes
  • À la fin des années 40, les loups avaient disparu du parc national Banff à la suite des mesures de lutte contre les prédateurs
  • La population de loups a augmenté légèrement pour atteindre à l'heure actuelle entre 60 à 70 individus dans le parc national Banff et les environs
  • Les populations durables de loups sont essentielles, car elles limitent le nombre de wapitis
  • Le loup est menacé par la mortalité de la faune, par l'empiètement sur son habitat et par la disparition de son bassin de proies, causés par l'humain
Peuplier faux-tremble
© Parcs Canada /pnb
Peuplier faux-tremble
  • Les génotypes de peuplier faux-tremble se sont établis dans le parc national Banff 10 000 ans après la fonte des glaciers
  • Depuis lors, les génotypes se sont régénérés par drageonnement à la suite de feux périodiques
  • Les tremblaies du parc perdent de leur vigueur et de leur étendue en raison principalement du broutage excessif par les wapitis
  • Essence forestière gérée dans le parc, le peuplier faux-tremble est sur la voie de l'extinction écologique
Demain … Afin de préserver les communautés végétales représentatives du parc, comme l'exige Parcs Canada, nous devons procéder à une gestion écosystémique active et ainsi reproduire les effets qu'ont eu par le passé le brûlage et la chasse par les Autochtones, le feu et les relations prédateurs-proies dans la composition et la préservation de ces écosystèmes.