Parc national Banff

Les corridors fauniques – une question de survie

Dans les Rocheuses, les fonds de vallée sont essentiels. Non seulement ils procurent un habitat de grande qualité aux animaux sauvages, mais ils leur permettent également de se déplacer dans des montagnes qui leur seraient autrement inaccessibles. Et ils sont également importants pour les gens. Ce sont en effet à ces endroits que se concentre l'activité humaine dans les Rocheuses, à savoir les routes, les voies ferrées, les bâtiments, les sentiers et les installations. La concurrence qui se livre pour accaparer cet espace pose un problème considérable, en particulier pour les espèces fauniques qui ont besoin d'un vaste territoire, comme les loups et les grizzlis.

Corridors faunique ©Parcs Canada

La vallée de la Bow du parc national Banff ne fait pas exception à la règle. Située à faible altitude et composée de forêts claires, cette vallée renferme un important habitat faunique et représente un lien essentiel pour la rencontre des populations fauniques vivant au nord et au sud du parc national Banff. Toutefois, la ville de Banff, la Transcanadienne et la voie ferrée du Canadien Pacifique, de même que l'accroissement soutenu de l'activité humaine, entravent grandement les déplacements des animaux dans le secteur. Et si la vallée de la Bow en venait à freiner le déplacement des espèces vulnérables, leurs populations dans les Rocheuses risqueraient l'isolement et, à la longue, leur survie pourrait en être menacée. La seule façon d'assurer aux animaux sauvages une voie sûre dans cette vallée très courue est de préserver les corridors fauniques essentiels.

Qu'est-ce qu'un corridor faunique?

Essentiellement, il s'agit d'un parcours protégé permettant aux animaux sauvages de se rendre en toute sécurité d'une parcelle d'habitat à l'autre. Dans la région de Banff, les corridors sont habituellement étroits; ce sont des bandes de terre en forme d'entonnoir qui séparent les zones aménagées des versants abrupts des montagnes.

Pourquoi les animaux sauvages ont-ils besoin de se déplacer?

À l'échelon régional, les animaux sauvages doivent parcourir de longues distances à la recherche d'un compagnon ou d'une compagne, d'une tanière et d'un territoire plus grand et pour profiter des changements des saisons et de sources d'alimentation. Il leur est nécessaire de pouvoir se déplacer dans leur secteur pour avoir accès à toutes les ressources dont ils ont besoin. Certains de ces longs déplacements sont essentiels au maintien de la variabilité génétique et d'une population stable sur un vaste territoire.

Qu'est-ce qui fait l'efficacité d'un corridor?

L'efficacité d'un corridor dépend de l'utilisation qui en est faite. Par exemple, les espèces fugaces ont besoin de corridors plus larges et plus à l'écart que les espèces qui se sont habituées à la présence humaine. La largeur d'un corridor n'est cependant que l'un des éléments qui en déterminent l'efficacité : la facilité de déplacement, le relief, la couverture végétale, la topographie, l'épaisseur de la neige, les obstacles physiques et les signes de la présence humaine, comme les odeurs et le bruit, entrent également en jeu. Enfin, il importe que le corridor, ou la distance à parcourir entre des parcelles d'habitat de qualité, soit court et offre une voie directe.

Les corridors ont tous une utilisation différente, permettant à des espèces fauniques différentes d'avoir accès à des parcelles d'habitat différentes. Afin de répondre aux besoins de toutes les espèces fauniques et de leur donner accès à l'ensemble de la région, il faut protéger tout un réseau de corridors.

Pourquoi prêter notre attention aux gros carnivores?

Tout d'abord, les gros carnivores (ours, loups, couguars, lynx) sont les animaux qui ont besoin des territoires les plus vastes dans tout l'écosystème des Rocheuses. Et en principe, si nous pouvons répondre à leurs besoins à cet égard, nous répondrons également aux besoins des espèces plus petites (qui ne sont pas nécessairement moins précieuses).

De plus, les gros carnivores sont craintifs et ont tendance à éviter les secteurs très fréquentés par les gens. En répondant aux besoins en déplacement de ces prédateurs, nous contribuerons à maintenir un équilibre naturel entre les prédateurs et les proies, ce qui réduit les chances de créer un milieu au sein duquel les espèces communes ou adaptées en viennent à dominer l'écosystème (comme les wapitis que l'on trouve dans le lotissement urbain de Banff).

Mesures prises par le parc pour protéger et rétablir les corridors

En 1993, Parcs Canada a relevé les corridors essentiels de la vallée de la Bow, et les chercheurs ont commencé à y suivre le déplacement des animaux. Ils ont alors constaté que plusieurs éléments faisaient obstacle au bon fonctionnement de ces corridors, à savoir les bâtiments, les installations et les endroits à forte fréquentation humaine. Parcs Canada s'est notamment fixé comme priorité, dans le plan directeur du parc national Banff de 1997, de protéger et de rétablir ces corridors fauniques essentiels. Voici les mesures de gestion prises à ce jour :
Remise en état du corridor Cascade
Afin de limiter la fragmentation de l'habitat de la zone montagnarde le long du corridor Cascade et de favoriser son rétablissement, Parcs Canada a retiré plusieurs structures, y compris l'enclos de bisons, les corrals de chevaux et le campement des cadets. Il interdit aussi l'accès, en hiver, au côté ouest de la route Minnewanka, et restreint l'utilisation de la piste d'atterrissage.
Fermeture de Middle Springs
Parcs Canada et la ville de Banff ont convenu de fermer le secteur sauvage de Middle Springs. Ils ont ainsi désigné une bande de terre de 500 mètres de largeur dans la forêt au-dessus du lotissement résidentiel Middle Springs, et y ont interdit l'accès aux gens afin de protéger une partie du corridor du mont Sulphur. Les gros carnivores peuvent ainsi traverser la vallée de la Bow à cet endroit très étroit et contourner la ville de Banff.
Site écologiquement fragile de la chaîne Fairholme
Parcs Canada a créé le site écologiquement fragile de la chaîne Fairholme dans le but de protéger la plus grande parcelle vierge d'habitat montagnard du parc. Il demande ainsi aux gens de s'abstenir volontairement de fréquenter ce secteur afin d'y réduire l'activité humaine. La chaîne Fairholme constitue à la fois un habitat et un corridor important pour la faune qui souhaite traverser la vallée de la Bow.

Autres mesures

  • Construction d'un passage supérieur au-dessus du canal hydroélectrique Two-Jack
  • Restriction imposée à la circulation d'automobiles sur la route du terrain de golf en hiver
  • Mesures d'atténuation sur la route Transcanadienne (installation d'une clôture le long de la route et aménagement de 24 structures pour la traversée des animaux)
  • Enfouissement de la conduite forcée d'hydroélectricité