Parc national Banff

Le lynx du Canada

Le lynx du Canada Le lynx du Canada



 

 

On trouve des lynx dans les parcs nationaux Banff, Yoho et Kootenay, mais uniquement dans certains secteurs. Leur domaine vital est situé dans les forêts à feuillage persistant de haute altitude fréquentées par le lièvre d'Amérique. Plus au nord, dans la forêt boréale, les populations de lièvres connaissent tous les dix ans des augmentations ou des diminutions brusques; les populations de lynx imitent ces mouvements de près.

La survie de l'écureuil roux dépend des graines riches en éléments nutritifs qu'il trouve dans les cônes.
La survie de l'écureuil roux dépend des graines riches en éléments nutritifs qu'il trouve dans les cônes.
© L. Halverson

Ce cycle de la vie et de la mort n'est pas aussi évident dans le sud, mais il y est présent. Toutefois, les chercheurs du sud-est de la Colombie-Britannique affirment que dans ce secteur, le lynx doit parcourir un territoire plus vaste pour trouver de quoi se nourrir. De plus, il dépend davantage d'autres proies que le lièvre, par exemple l'écureuil roux. Cela montre bien comment les caractéristiques de l'habitat, un véritable jeu de hasard, dictent les besoins vitaux du lynx.

Habitat

Le sud-est de la Colombie-Britannique est entrecoupé de crêtes rocheuses, de vallées et d'installations humaines. Le lynx parcourt ce paysage diversifié dans le but d'assouvir ses besoins essentiels  : nourriture, compagne ou compagnon, tanière, couvert pouvant le dissimuler, abri pour le protéger des intempéries et corridors de déplacement reliant tout cela. Le lynx ne peut survivre sans lièvres, et ces derniers ont besoin d'un sous-bois dense, d'arbustes et d'arbrisseaux pour se nourrir et s'abriter. On trouve un habitat de ce type dans les jeunes forêts en régénération qui poussent après des perturbations (déracinement d'arbres par le vent, insectes forestiers, maladies des arbres et feu).

C'est dans les forêts âgées que le lynx trouve le terrain couvert et les tanières qu'il recherche. En effet, les arbres morts ou abattus par le vent s'y accumulent, ce qui ajoute une dimension à la forêt. Pour le lynx, ces débris créent des repères idéaux où se reposer ou élever ses petits. Les forêts anciennes offrent des abris et un couvert qui permettent aux animaux de se déplacer en toute sécurité entre les parcelles d'habitat. De plus, les forêts matures productrices de cônes abritent des écureuils roux, source de nourriture importante pour le lynx lorsque le lièvre se fait rare. Dans l'ensemble, une forêt composée de divers peuplements d'âges différents constitue l'habitat le plus propice à la survie du lynx.

Le lièvre d'Amérique est un élément essentiel du réseau alimentaire de la forêt.
Le lièvre d'Amérique est un élément essentiel du réseau alimentaire de la forêt.

Le col Vermilion, situé à l'extrémité nord du parc national Kootenay, constitue un bon exemple de ce type de mosaïque forestière. Au fil du temps, les feux de forêt ont permis le développement de peuplements de tout âge. De telles parcelles d'habitat essentiel abritent habituellement suffisamment de lièvres pour que quelques lynx puissent y survivre, même lorsque les populations de lièvres atteignent leur niveau le plus bas. Dans de telles périodes, de nombreux lynx qui habitent normalement la région se dispersent ou meurent de faim. Peu de petits naissent et une très faible proportion d'entre eux survivent. Les individus, et en particulier les femelles, qui arrivent à attraper suffisamment de lièvres et d'autres proies pour subsister jouent un rôle de premier plan dans le rétablissement des populations de lynx qui suit de telles pénuries.

Le lynx et la neige : un lien issu de l'évolution

En plus de dépendre, pour satisfaire ses besoins vitaux, de processus dynamiques tels que la succession des forêts et les hauts et les bas des populations de proies, le lynx doit également s'en tenir aux forêts très enneigées. En effet, l'évolution l'a doté d'atouts qui lui donnent, dans un tel milieu, un avantage sur les autres carnivores lui faisant concurrence. Ainsi, grâce à sa fourrure épaisse, à ses longues pattes et à ses pieds larges (semblables à des raquettes) et couvertes de fourrures, le lynx peut facilement tolérer des températures extrêmement froides et se promener dans la neige profonde – tant que le lièvre abonde. Toutefois, le fait que le lynx se soit spécialisé dans la chasse d'une seule proie principale constitue par ailleurs un inconvénient.

En effet, les carnivores en situation de concurrence sont habituellement généralistes et se nourrissent sans discrimination de la proie la plus abondante ou la plus facile à attraper à un moment donné. Le lynx, lui, ne peut tout simplement pas se permettre de partager le lièvre d'Amérique avec de trop nombreux prédateurs, en particulier durant les baisses de population. Il a donc besoin de la neige épaisse qui l'isole de ses principaux concurrents, en particulier le coyote et le lynx roux.

On trouve peu de lynx roux dans les parcs Yoho, Kootenay et Banff, mais la région est peuplée de coyotes, de loups et de couguars. Les sentiers de neige damée, tracés par les amateurs de raquette ou de ski, de même que les routes déneigées, peuvent permettre à ces carnivores d'accéder à des secteurs très enneigés. Si des prédateurs concurrents gagnent l'accès à d'importantes parcelles d'habitat, les chasses du lynx pourraient devenir moins fructueuses. Les chiens, en particulier ceux qui ne sont pas tenus en laisse, peuvent également interrompre la chasse ou le repos du lynx et lui causer du stress.

Domaines vitaux

Le lynx est plutôt solitaire et, comme le lièvre, est plus actif la nuit. Dans son domaine vital, il chasse à petite échelle en faisant des aller-retours entre des peuplements forestiers abritant de hautes densités de proies. Le secteur de Lake Louise semble abriter des parcelles d'habitat essentiel pour le lynx : des recherches menées entre 1996 et 2000 ont permis de constater que les territoires de trois individus s'y chevauchaient. Les domaines vitaux des lynx adultes habitant la zone étudiée dans le sud couvraient en moyenne 220 km2 et s'étendaient sur les terres des trois parcs et sur des terres provinciales. Les chercheurs ont déterminé que le lynx parcourt quotidiennement, en moyenne, 3,5 km; le plus long itinéraire observé en une journée était de 32 km. Lorsque les populations de lièvres déclinent, cependant, de nombreux lynx de la région abandonnent leur territoire et se mettent à errer. Un lynx mâle ayant fait l'objet d'une étude dans le parc national Yoho, où il avait son domaine vital, a par la suite été pris au piège et abattu à Swan Hills, en Alberta – à près de 500 km de là.

Reproduction

Le lynx s'accouple au début du printemps et, environ neuf semaines plus tard, les femelles gestantes mettent bas dans une tanière. Bien que, dans le Nord, il soit fréquent qu'une portée compte quatre ou cinq petits si le lièvre abonde, des chercheurs du sud-est de la Colombie-Britannique ont observé des portées n'en comptant qu'un ou deux. De plus, le taux de survie des nouveau-nés demeure faible malgré une légère augmentation du nombre de proies. Cela semble indiquer que la croissance rapide qu'ont connue les populations de lynx dans le Nord lorsque le nombre de lièvres a atteint des sommets n'a pas eu lieu dans le Sud.

Populations de lynx

Dans le sud de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, le lynx semble occuper le territoire en populations plus ou moins liées. Au sein de chaque population, les lynx résidents se reproduisent habituellement entre eux. Étant donné le caractère fragmenté du paysage et la distribution inégale des lièvres d'Amérique, il arrive que certaines populations aient des petits et d'autres, non. Ces dernières dépendent alors de migrants, habituellement des jeunes lynx, qui quittent les populations plus productives pour se reproduire à leur tour. Les individus qui se dispersent favorisent le maintien de la diversité des gènes et permettent la croissance des petites populations en péril qui, sans cet apport régulier de nouveaux individus, risqueraient l'extinction dans la région.

Conservation

La conservation du lynx à l'extrémité sud de son territoire pourrait nécessiter la prise de mesures particulières. Si la taille d'un trop grand nombre de populations de lynx diminue, il pourrait ne plus y avoir suffisamment d'individus qui se dispersent pour leur permettre de se rétablir, en particulier après une pénurie de lièvres. Il est important de gérer l'habitat du lynx de manière à favoriser son succès de reproduction. À cet égard, trois facteurs pourraient aider : conserver une mosaïque forestière diversifiée sur tout le territoire, étudier l'incidence des sentiers hivernaux et des routes déneigées sur les parcelles d'habitat essentiel du lynx, et limiter le plus possible le nombre de ces animaux tués par des humains. Le lynx joue un rôle important dans l'écosystème des Rocheuses et sa présence indique qu'une communauté d'êtres vivants de toutes sortes trouve de quoi subsister.


References

APPS, Clayton D. et Alan DIBB. Research and Conservation of the Canada Lynx in its Southwestern Range, and the Role of Parks Canada, Victoria (Colombie-Britannique), 2003. Compte rendu de la cinquième conférence internationale sur la science et la gestion des aires protégées, sous presse.

HATLER, David F. et Alison M.M. BEAL, British Columbia Furbearer Management Guidelines: Lynx, 2003. (en anglais seulement)

Faune et flore du pays fiches d'information : le lièvre d'Amérique.

RUGGIERO, Leonard F., Keith B. AUBRY, Steven W. BUSKIRK, Gary M. KOEHLER, Charles J. KREBS, Kevin S. MCKELVEY et John R. SQUIRES. Ecology and Conservation of Lynx in the United States, Presses universitaires du Colorado, 2000. Les chapitres 9 et 13 traitent du lynx au Canada.