Parc national Banff

Transplantation : Rétablissement d’une espèce en péril

Alpine caribou habitat in Banff National Park Caribou antler 

Le caribou des bois habite les montagnes du parc national Banff et des environs depuis la dernière glaciation. Cette harde, la plus méridionale de l’Alberta, représente une composante essentielle de l’écosystème du parc. Elle fait partie de la population des montagnes du Sud, qui est inscrite à titre d’espèce menacée et qui compte également des hardes dans le parc national Jasper et l’aire de nature sauvage provinciale White Goat, en Alberta.

Jusqu’à la fin du siècle dernier, le parc national Banff comptait quelque 25 à 40 caribous. Au milieu des années 1990, il n’en restait plus que cinq à dix. Puis, en 2009, une avalanche sur le mont Hector a anéanti les derniers caribous qui vivaient dans le parc.


Le rétablissement est-il possible? 

Même s’il se peut que le parc national Banff abrite encore quelques caribous, la population serait trop petite pour demeurer autosuffisante et aurait donc peu de chances de survivre. Les spécialistes de la faune du parc évaluent la possibilité de déplacer ou transplanter des caribous des bois d’une harde source et de les relâcher dans l’aire de répartition historique du caribou, dans le parc national Banff. L’objectif consiste à accroître l’effectif de la harde de caribous du parc pour assurer sa viabilité.

Le parc national Banff et l’aire de nature sauvage Siffleur, qui se trouve tout près, réunissent des conditions favorables à la transplantation : un habitat de qualité, une baisse du nombre de prédateurs, des wapitis présents en faible densité, l’absence d’activité industrielle et des niveaux d’activité humaine relativement faibles.

Jusqu’ici, environ 67 % des transplantations de caribous effectuées en Amérique du Nord ont été couronnées de succès.

Alpine caribou habitat in Banff National Park Caribou track in the snow

L’ABC de la transplantation 

Comment l’opération se déroulerait-elle?

L’une des options à notre disposition consiste à travailler avec d’autres organismes afin d’obtenir de 40 à 60 caribous d’une harde nombreuse et bien établie, puis à les relâcher dans un territoire du parc où l’habitat est de grande qualité.

Les transplantations s’échelonneraient probablement sur deux ou trois ans et viseraient une vingtaine de bêtes à la fois. Cette approche progressive nous permettrait d’adapter les procédures de transplantation aux conditions écologiques changeantes et de tirer parti des leçons apprises lors des transplantations antérieures.

Une seconde option s’offre à nous, soit la mise en place d’un programme d’élevage en captivité, dans le cadre duquel 20 caribous issus d’une ou de plusieurs hardes sources seraient gardés dans des enclos sécurisés.

Les femelles adultes pourraient fournir les petits d’un an à transplanter pendant plusieurs années ou être relâchées dans le parc avec leurs nouveau-nés et leurs petits d’un an pour former des groupes familiaux.

Dans les deux scénarios, la réaction des caribous à la transplantation serait soumise à une surveillance régulière. Parcs Canada ferait appel à des spécialistes des soins aux animaux et à des vétérinaires de la faune pour s’assurer que seules des bêtes en santé sont transplantées et que les soins donnés aux animaux répondent aux normes les plus élevées qui soient.

Wapitis, loups et caribous

Les caribous du parc national Banff racontent le récit d’un écosystème où le wapiti et le loup jouent tous deux des rôles clés. Le loup tend à se concentrer sur les proies les plus abondantes du parc, par exemple le chevreuil ou le wapiti, mais il chasse le caribou quand l’occasion se présente. Lorsque les wapitis sont nombreux dans le parc, les populations de loups augmentent elles aussi, et cette synchronie a deux effets sur le caribou. D’une part, les meutes nombreuses ont besoin d’un grand nombre de proies, et les caribous, qu’elles rencontrent occasionnellement, font partie de leurs captures. D’autre part, lorsque les proies abondantes comme le wapiti passent l’été dans le territoire du caribou, elles y attirent les loups. Ces prédateurs y restent pendant une période prolongée et ont ainsi des chances accrues de rencontrer des caribous.

Dans les années 1980, après plusieurs décennies de chasse et de piégeage des loups qui chevauchaient la limite du parc, le nombre de wapitis est devenu anormalement élevé dans le parc national Banff. Quelques loups traversaient à l’occasion le parc, mais il a fallu attendre la fin des années 1980 pour voir des meutes cohésives s’y former. Au milieu des années 1990, les populations de loups s’étaient remises de ce déclin, et il n’était pas rare de voir des meutes circuler dans le territoire du caribou à la recherche de wapitis. La prédation du caribou par le loup s’est intensifiée, et la harde du parc national Banff a été réduite à quelque cinq à dix bêtes – un effectif insuffisant pour assurer la viabilité de la population.

Dans la dernière décennie, les gestionnaires du parc ont mis en place diverses mesures pour rétablir les processus de l’écosystème. Les conditions propices à la survie du caribou se sont améliorées à la suite d’un déclin de 75 % de la population de wapitis et d’une baisse correspondante de la population de loups. Parcs Canada évalue actuellement quels impacts le profil d’occupation du territoire du caribou par le loup pourrait avoir sur le succès de la transplantation.

Risques pour le caribou 

Le caribou est une espèce très adaptable, mais les bêtes transplantées peuvent mettre trois ans à se faire à un nouveau milieu. Il faut s’attendre à des taux de prédation supérieurs à la normale pendant cette « période d’apprentissage ».

Cependant, le statu quo comporte aussi des risques. Sans intervention, le caribou disparaîtra à l’échelle locale – il sera exempt à jamais de l’écosystème du parc national Banff. Le territoire du caribou des bois, qui englobait jadis une bonne partie de l’État du Montana, continuera de reculer vers le nord.

Wolves on a caribou kill Wolf

Prochaines étapes

Parcs Canada doit franchir les étapes suivantes avant de prendre une décision au sujet de la transplantation des caribous : 

  • Étudier plus à fond le profil d’occupation du territoire du caribou par le loup et ses impacts sur le succès de la transplantation. 
  • Travailler avec d’autres organismes gouvernementaux et avec les Premières nations afin de trouver des hardes convenables qui pourraient servir de populations sources. 
  • Cerner et dissiper les préoccupations des groupes et des particuliers concernés près des populations sources possibles et du territoire du caribou dans le parc national Banff.

Nous voulons connaître votre point de vue 

Pour nous aider à orienter nos décisions, nous souhaiterions entendre vos réflexions sur la réintroduction possible du caribou dans le parc national Banff.

Si vous avez des questions ou des commentaires ou si vous souhaitez obtenir de plus amples renseignements, prenez contact avec Jesse Whittington, biologiste de la faune.

Voici ses coordonnées :

Parcs Canada
C.P. 213
Lake Louise (Alberta) T0L 1E0
N° de téléphone : 403-763-8865
Courriel : jesse.whittington@pc.gc.ca