Parc national du Canada Banff
Écosystèmes aquatiques
Qualité de l'eau
Les parcs nationaux du Canada et les polluants atmosphériques : notre patrimoine chimique
Vu de l'espace, des traînées de nuages encerclent la terre. Traçant le passage des courants d'air, ces traînées font partie du cycle aquatique global, reliant les écosystèmes du monde. Ce lien se révèle dans les parcs nationaux montagneux. À l'intérieur de ces nuages encerclant le globe, se cachent des produits chimiques toxiques. Provenant de sources lointaines autour du monde, ces nuages laissent tomber leur signature toxique dans les lacs immaculés sans tache de nos parcs montagneux.
Provenant de pays lointains, ces produits chimiques atmosphériques passent par plusieurs cycles d'évaporation, de transport atmosphérique et de condensation, pour aboutir dans les lacs et les océans du monde. Captés par des flocons de neige, ils tombent dans les régions arctiques et les écosystèmes montagneux pour s'attacher aux particules et à la poussière de roche. Là, ces produits toxiques reposent pendant des années ou même des décennies, emprisonnés dans les glaciers.
Suivant la fonte, ces produits commencent leur voyage dans la chaîne alimentaire, en passant d'abord par les corps des espèces aquatiques minuscules pour passer ensuite aux poissons et aux autres prédateurs. À chaque étape de la chaîne alimentaire, les produits se concentrent de plus en plus dans les tissus gras des prédateurs : c'est ce qu'on nomme la biomagnificaton. Cette suite d'événements relie les écosystèmes des lacs «purs» des montagnes aux activités agricoles et industrielles provenant des régions très lointaines. Comment donc le toxaphane, un pesticide agricole, s'estil acheminé dans le corps des truites du lac Bow, dans les hautes montagnes du parc national Banff?
Le toxaphène est un polluant organique persistant (POP). Les POP, un vaste et complexe classement de composés toxiques, comprennent des pesticides et des produits chimiques industriels. Leur stabilité chimique leur permet de persister plusieurs décennies dans l'environnement. Aujourd'hui, la plupart des POP sont interdits ou considérablement restreints au Canada. Toutefois ils sont encore fabriqués, utilisés et déversés dans certains pays. Malgré une certaine persistance dans l'environnement provenant de notre propre utilisation dans le passé, la grande majorité des POP dans notre environnement proviennent de sources étrangères. Malgré l'évidence claire de leurs effets nocifs sur la faune, les écosystèmes et les gens, les POP continuent d'être produits, utilisés et entreposés en forme de déchets dans plusieurs pays.
12 POP dangereux
Pesticides : DDT, chlordane, toxaphène, mirex, aldrin, dieldrin, endrin, heptachlore
Produits chimiques industriels : PCB, hexachlorobenzène
Sousproduits et contaminants : dioxines et furannes
La présence de contaminants dans l'arctique provenant de sources lointaines s'est révélée vers la fin des années 1970 quand les chercheurs ont trouvé des pesticides dans les tissus gras des ours blancs. Depuis lors, la réalité des POP atmosphériques et leurs effets sur la santé de la faune et des gens a clairement indiqué l'importance de la collaboration internationale dans ce domaine. Suivant ces découvertes dans l'arctique, les chercheurs ont examiné d'autres régions froides, telles que nos écosystèmes montagneux, pour des traces de POP.
Durant les années 1990, la recherche constate que les plus grands touladis (truites) du lac Bow contiennent des niveaux élevés de toxaphène. Puisque ce lac contient très peu de ces grands touladis (environ 2,5 kg), et puisque les gens n'en consomment pas beaucoup, leur santé n'est pas menacée. Cependant, certains prédateurs, comme par exemple les balbuzards, se nourrissent exclusivement de poissons. Le balbuzard, un espèce assez commune qui niche dans l'Ouest canadien, est ce que qu'on appelle une «espèce indicatrice», puisque sa diète de poissons l'expose directement aux polluants aquatiques. Les POP peuvent influer sur la qualité des coquilles d'oeuf et la viabilité des poussins, ce qui peut provoquer un déclin dans la population de ces oiseaux. Contribuant à un plus vaste projet de recherche en Colombie-Britannique et au Yukon, Environnement Canada effectue des recherches sur les balbuzards dans les parcs nationaux montagneux afin d'établir si les balbuzards sont touchés par des contaminants atmosphériques. Les premiers résultats indiquent que les concentrations de POP sont plutôt faibles. La recherche indiquera aussi la possibilité de prédire les niveaux de contamination dans les balbuzards, en se basant sur la contamination dans les poissons. S'il en est ainsi, ceci fournirait des preuves supplémentaires indiquant que les poissons peuvent servir d'indicateurs environnementaux efficaces pour les POP.
Suite d'événements conduisant à la bioamplification de polluants organiques persistants dans le réseau trophique aquatique.
La recherche canadienne a fourni les preuves nécessaires pour appuyer les contrôles internationaux des POP. Afin de vérifier la conformité aux accords internationaux, il faudra instaurer des mécanismes de surveillance à long-terme. De cette façon, il sera possible de savoir si les précipitations atmosphériques de produits toxiques augmentent ou diminuent, afin d'évaluer nos contrôles et nos règlements, ainsi que nos traités internationaux.
Les POP atmosphériques sont captés par les flocons de neige et déposés dans les régions froides en haute altitude, telles que le glacier Bow dans le parc national Banff.
Les POP s'attachent au fines particules de poussière qu'on nomme «farine de roche», déposées dans la neige et la glace du glacier. Durant la fonte au printemps, l'eau contenant ces particules coule dans le lac Bow, lui donnant la couleur émeraude classique qui marque les lacs alimentés de glaciers.
Les fines particules de roche demeurent suspendues dans l'eau pendant quelque temps pour finir au fond du lac.
En filtrant l'eau à la recherche de nourriture, les petits zooplankton ingèrent cette fine poussière contentant des POP.
Les zooplankton excrètent la farine de roche mais les POP absorbés s'accumulent dans leurs matières grasses.
Les toulabis (truites) se nourrissent de zooplankton et les POP s'accumulent dans leurs corps.
Les balbuzards consomment les toulabis.
Au mois de mai 2000, 122 gouvernements ont négocié l'Accord de Stockholm, le premier accord mondial sur les POP. Une liste initiale surveillera 12 POP parmi les polluants les plus nocifs, lorsque 50 pays auront ratifié la liste. Le Canada fut le premier état à signer. On s'attend à ce que ce processus prenne de trois à quatre ans.
- D'autres traités analogues en voie de développement sont :
l'Accord de Rotterdam (1998) qui alerte les gouvernements aux produits interdits ou restreints, en nommant les gouvernements impliqués et leur motifs;
- l'Accord de Basel (1992) qui tente de contrôler les déchets toxiques et qui fait la promotion de la gestion et du traitement écologique de ces déchets;
- le Protocole de 1996 de la Convention de Londres sur les décharges en mer.
Etant donné la mobilité et la forte persistance des POP, qui se recyclent sans cesse dans l'environnement mondial, les déchets d'hier et d'aujourd'hui resteront longtemps problématiques. Même des petites décharges peuvent avoir des effets nocifs pour les écosystèmes, la faune et les gens. Il faut fermer la porte à ces voyageurs toxiques internationaux, et les traités nous en fournissent le moyen.
Comment vous pouvez aider
Devenez citoyen du monde instruit. Apprenez-en davantage au sujet des POP et des traités internationaux pour les éliminer. Consultez les sites Web suivants :