Loup où-es tu? Loup que fais-tu?

Mieux connaître les dimensions humaines et sociales à l’égard du loup de l’Est pour le protéger

 Carte du parc national du Canada de la Mauricie Le parc national du Canada de la Mauricie
© Parcs Canada

Jadis, l’habitat du loup de l’Est (Canis lupus lycaon) s’étendait sur tout l’est de l’Amérique du Nord. Cependant, en raison de la colonisation, des nombreux efforts d’extermination et de peurs non fondées, son habitat et sa population ont chuté. Le loup de l’Est ne se retrouve plus qu’au sud du Manitoba, de l’Ontario et du Québec. Depuis 2002, il est classé sur la liste des espèces en péril au Canada. Pour freiner son déclin au parc national de la Mauricie, les employés ont vite compris qu’il ne suffisait pas seulement de l’étudier, il fallait aussi impliquer et consulter les humains.

Les sciences sociales appelées en renfort

 Visiteurs examinant des crânes de loup au Parc de la Mauricie Visiteurs examinant des crânes de loup au Parc de la Mauricie
© Jacques Pleau / Parcs Canada

Le loup de l’Est occupe une place importante dans l’écosystème du parc national de la Mauricie. Il se nourrit de proies comme le castor, le cerf de Virginie et l’orignal et aide ainsi à maintenir les populations de ces espèces à des niveaux viables. Cette prédation contribue à préserver la diversité et la richesse de la végétation dans le parc de même que l’intégrité écologique de l’ensemble de l’écosystème forestier.

Une vaste recherche scientifique a été réalisée pour mieux connaître l’écologie et la situation de cette espèce dans le parc. De fait, la protection des deux meutes de loups qui fréquentent le parc n’est pas assurée. Le territoire d’une meute varie entre 500 et 700 km2. Les deux meutes occupent ainsi des territoires qui excèdent les 536 km2 protégés par le parc. Lors de leurs déplacements, les loups sont vulnérables aux accidents routiers, ainsi qu’à la chasse et au piégeage qui s’effectuent sur les terres adjacentes.

Un programme d’interprétation et de communication a été développé pour sensibiliser le public à l’importance de la protection de la population de loups du parc. Toutefois, pour adapter efficacement le message à chacun des publics cibles, les responsables du parc ont sollicité les spécialistes en sciences sociales du Centre de Service du Québec. En 2005, le projet triennal sur l’évaluation des dimensions humaines et sociales à l’égard de la conservation du loup a commencé.

 Loup de l’Est Loup de l’Est
© Jacques Pleau / Parcs Canada

Écouter avant de consulter

Dès le début, Marie-Andrée Leith, analyste principale en sciences sociales, s’est perçue comme une intermédiaire entre les communautés et le parc. Elle ne s’est pas contentée de développer sa méthodologie en vase clos. En assistant à des ateliers locaux, elle a écouté les participants provenant de groupes dont les activités affectent directement l’espèce. « Parler du loup avec les communautés, c’est délicat. Le loup est un sujet sensible, il ne laisse personne indifférent » dit-elle. En tenant compte des enjeux et des diverses perceptions et intérêts, des questionnaires ont été développés et validés avec les responsables du parc et les représentants des communautés. Ensuite, une vaste consultation a été lancée auprès des chasseurs, des trappeurs, des résidents de la région ainsi que des visiteurs du parc pour étudier leurs attitudes, perceptions, connaissances et comportements vis-à-vis le loup.

Outres les groupes locaux, plusieurs autres partenaires ont participé et collaboré au projet, par exemple, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec et l’Université Memorial. La méthodologie utilisée s’est basée sur le travail du groupe de recherche sur les grands carnivores en Europe de la Commission de la survie des espèces de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

 Loup de l’Est Loup de l’Est
© Jacques Pleau / Parcs Canada

Le loup, un grand méconnu …

La consultation a révélé entre autres que le nombre de loups dans le parc était surestimé. « Avant l’activité, je ne désirais pas protéger le loup, parce que je ne croyais pas qu'il était en danger. Je croyais qu'il y avait environ 300 loups dans la région. Maintenant, je pense que c’est important que Parcs Canada continue ses efforts pour le protéger, ça fait partie de son mandat » (propos recueillis auprès d’un répondant).

 Visiteurs participant à une activité éducative au parc national de la Mauricie Visiteurs participant à une activité éducative au parc national de la Mauricie
© Jacques Pleau / Parcs Canada

En réalité, le parc ne compte qu’une vingtaine de loups (deux meutes de 5-10 loups). En plus d’acquérir de nouvelles connaissances lors de la consultation, la majorité des participants (75 %) a même reconnu l’importance de protéger les populations de loup dans la région.

Cette recherche participative a permis d’engager activement divers groupes dans la protection d’une espèce. En les faisant participer à toutes les étapes, les groupes se sont appropriés le projet et ses résultats. Ils désirent désormais être informés des développements concernant la gestion du loup. Cette démarche novatrice a produit des résultats encourageants pour les gestionnaires du parc et a suscité l’intérêt de d’autres parcs et Unités de gestion à travers le pays.

 Loup muni d’un collier émetteur Loup muni d’un collier émetteur
© Fred Klus / MLCP

…mais qui gagne à être connu!

Pour que les programmes de conservation soient des réussites, les gestionnaires doivent bien comprendre les perceptions, les valeurs et les comportements de leur clientèle et leur transmettre l’information adéquate.

Maintenant, les spécialistes en éducation du public travailleront à améliorer les messages éducatifs à la lumière des résultats de la consultation pour conserver le loup de l’Est au parc national de la Mauricie. C’est aussi un modèle inspirant pour développer d’autres messages de sensibilisation.

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