Le sauvetage d’une graminée de l’ère glaciaire

Une Première nation participe à la gestion d’une espèce en péril.

 Le parc national du Canada des Îles-de-la-Baie-Georgienne Le parc national du Canada des Îles-de-la-Baie-Georgienne
© Parcs Canada

Haute d’environ 15 cm, l'aristide à rameaux basilaires (Aristida basiramea) passe facilement inaperçue. Les membres de la Première nation de Beausoleil [Disponible en anglais seulement] ont vécu avec cette plante pendant des millénaires, sans jamais la distinguer des autres plantes. Mais désormais, ils s’impliquent activement dans la préservation de cette espèce en voie de disparition.

À l’extrême limite de son aire de répartition

Courante dans certaines régions des États-Unis, l’aristide à rameaux basilaires est une graminée annuelle qui atteint la limite septentrionale de son aire de répartition au Canada. Elle est présente à quelques rares endroits en Ontario et au Québec. Son habitat de sable dénudé se fait de plus en plus rare en raison de l’aménagement du territoire. La plante se maintient grâce à des phénomènes naturels comme le feu, les tempêtes et la sécheresse. En l’absence de ces facteurs naturels de perturbation, notamment le feu, ses populations finissent par disparaître.

On en retrouve une grande concentration sur l’île Christian, dans la baie Georgienne, sur le territoire de la Première nation de Beausoleil. Étant donné que l’espèce est également présente dans le parc national du Canada des Îles-de-la-Baie-Georgienne, Parcs Canada a pris l’initiative d’élaborer un programme pour son rétablissement.

 Cérémonie pour inaugurer la pancarte d'aristide à rameaux basilaires avec la première nation Beausoleil Cérémonie pour inaugurer la pancarte d'aristide à rameaux basilaires avec la première nation Beausoleil
© Première Nation Beausoleil

Sauvée de justesse

La Première nation a voulu récemment construire un centre communautaire dans un secteur où se trouvait l’aristide à rameaux basilaires mais dont on ignorait la présence. Sans cette découverte fortuite, la construction aurait débuté, ce qui aurait eu des conséquences fâcheuses pour l’espèce. C’est lors d’une discussion concernant cette plante, que Tim Tully, biologiste au ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, et Melvin King , agent de développement de la Première nation de Beausoleil, se sont rendus compte que l’emplacement du nouveau bâtiment présentait une grave menace pour cette espèce. Le tracé du centre a donc été modifié, et la Première nation, de concert avec Environnement Canada, a déplacé les plants affectés vers un habitat adéquat situé à proximité.

 Aristide à rameaux basilaires Aristide à rameaux basilaires
© Service canadien de la Faune - Ontario

Faire équipe pour protéger l’espèce

Une équipe de rétablissement de l’aristide à rameaux basilaires a été mise sur pied à la suite de l’inscription de l’espèce sous la Loi sur les espèces en péril en 2005. Présidée par Parcs Canada, cette équipe compte des représentants de la Première nation de Beausoleil, d’Environnement Canada et des provinces de l’Ontario et du Québec. L’expérience vécue avec la construction du centre communautaire et la nature discrète de la plante ont convaincu l’équipe de l’importance de mieux la faire connaître. Dans cette optique, la communication avec la population locale était la clé. À la demande de la Première nation, des biologistes ont rencontré le chef et son conseil afin de discuter des besoins relatifs au rétablissement de la plante, des exigences de la Loi sur les espèces en péril, et des préoccupations de la Première nation concernant la possibilité que les mesures de conservation nuisent au développement futur de l’île. Une des grandes problématiques était que bien peu de gens sur l’île connaissaient la plante en péril, ce qui soulevait des inquiétudes pour sa survie à long terme.

Un lien particulier

 L’habitat de sable dénudé dont l’aristide dépend pour survivre L’habitat de sable dénudé dont l’aristide dépend pour survivre
© Gary Allen / Parcs Canada

Gary Allen, coordonnateur des espèces en péril à Parcs Canada, signale que plus on accumule de connaissances scientifiques au sujet de l’aristide à rameaux basilaires, plus on se rend compte qu’il existe un « lien cosmique » entre cette espèce et la Première nation. Traditionnellement, la communauté utilisait le feu pour défricher le sol. Elle ensevelissait ses morts dans le sable en formant un monticule au-dessus du corps. Ces pratiques « millénaires » ont sans doute contribué au maintien de l’habitat de sable dénudé dont l’espèce dépend pour survivre, affirme Gary Allen.

Parcs Canada, en coopération avec la Première nation de Beausoleil, a financé la production d’une fiche d’information afin d’améliorer les connaissances des membres de la communauté concernant la présence de cette importante espèce sur leurs terres. Les enfants l’ont distribué à tous les résidents. Ce feuillet décrit également les liens historiques entre la Première nation de Beausoleil et l’aristide à rameaux basilaires, contribuant à susciter un sentiment de fierté et de responsabilité au sein de la communauté. À présent, tous connaissent cette petite plante et sont fiers d’en avoir une population saine sur leurs terres!

 Gros plan sur inflorescence mature Gros plan sur inflorescence mature
© Chris Johnstone / Parcs Canada

La Première nation de Beausoleil appelle l’aristide «l’herbe de l’ère glaciaire», et la communauté a installé de grands panneaux pour décrire l’espèce, raconter son histoire et expliquer la nécessité de la conserver.

Une initiative dont tous profitent

Ce lien particulier procure des avantages évidents pour une espèce fragile, pour les membres de la Première nation et pour Parcs Canada. On travaille maintenant au rétablissement de l’aristide à rameaux basilaires, une espèce en péril dont l’avenir paraît désormais beaucoup moins sombre. La Première nation de Beausoleil a aussi développé un sentiment de fierté et de responsabilité vis-à-vis cette plante qui semble banale à première vue.

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