La recherche dans le Nord

Approche des bassins versants

De la réalité sur le terrain aux observatoires en orbite

Les pieds sur terre et les yeux dans le ciel

La réalité sur le terrain : surveillance dans le parc national des Monts-Torngat La réalité sur le terrain : surveillance dans le parc national des Monts-Torngat
© Parks Canada

La tâche de recueillir assez de renseignements pour déterminer comment se porte un parc national du Nord peut sembler décourageante, surtout si on le fait à pied dans un paysage reculé, les chercheurs sur le terrain de Parcs Canada en sont bien conscients. Néanmoins, leur responsabilité de mesurer l'intégrité écologique du parc et d'en dresser le portrait est essentielle au mandat de l'Agence. Les parcs nationaux du Canada couvrent une superficie totale plus grande que de nombreux pays, et même s'ils sont pratiquement inhabités, ces lieux nous fournissent une perspective unique sur ce qui façonne l'environnement dans le reste du pays et d'autres régions du monde plus densément peuplées.

Pour obtenir de l'aide, Parcs Canada doit donc lever les yeux... très haut. Les satellites en orbite, équipés d'un ensemble d'instruments à la fine pointe, peuvent améliorer considérablement l'étude des vastes parcs. S'il faudrait des années à un observateur au sol pour couvrir en détail les milliers de kilomètres carrés des parcs, ces satellites n'ont besoin que de quelques minutes avec, souvent, une précision au mètre près.

En dépit de ces grands moyens, il demeure une différence entre ce que les satellites montrent et ce que nous disent les images obtenues. Les images ne peuvent pas toujours confirmer une réalité sur le terrain qui pourrait être évidente pour un observateur au sol. La distinction chimique entre les différents types de végétation, point crucial pour l'identification des lichens, en constitue un exemple.

En effet, tout comme les lichens constituent une symbiose entre deux organismes, les données recueillies par les observateurs sur le terrain et les satellites peuvent se compléter les unes les autres : nous obtenons des données de qualité et en quantité nécessaires pour surveiller nos plus grands parcs nationaux. Chantal Ouimet, écologiste de Parcs Canada, a été particulièrement active au sein de la communauté de chercheurs qui veulent favoriser une telle symbiose. Avec l'aide du programme canadien de l'Année polaire internationale, elle a passé les dernières saisons sur le terrain pour travailler à cette nouvelle approche en matière de surveillance.

« Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur nos parcs du Nord parce qu'ils sont vraiment grands », explique-t-elle. Le plus petit d'entre eux, dit-elle, est le parc national Vuntut dans le nord du Yukon, un parc de 4 000 kilomètres carrés, la taille moyenne des parcs nordiques étant de 18 000 kilomètres carrés. Par comparaison, le parc national Banff est légèrement plus grand que celui de Vuntut, mais il est parmi les plus importants du sud du Canada, où la moyenne de superficie des parcs nationaux n'est que de 1 400 kilomètres carrés.

Selon Mme Ouimet, l'ampleur des parcs du Nord force les gens qui y travaillent à faire des choix difficiles.

« Quand j'étudiais la manière dont les recherches étaient effectuées dans les parcs nationaux du Nord, dit-elle, tout le monde allait à son endroit préféré pour faire ses prélèvements. Quelqu'un analysait des cours d'eau douce à un seul endroit. Un autre étudiait la toundra à 200 kilomètres de là. Et puis, 500 kilomètres plus loin, un autre encore observait les glaciers. Il n'y avait pas moyen de relier les informations entre les différents groupes. »

En guise de solution à ce problème, elle a adopté une approche portant sur un bassin hydrographique particulier dans un parc. Grâce aux efforts de collaboration et à la mise en commun d'informations sur les mesures prises sur le terrain dans ce secteur limité, on peut greffer les données obtenues aux images satellites pour interpréter les images provenant d'autres secteurs dans le parc. Le savoir traditionnel des Autochtones peut aussi contribuer à notre travail, car ces derniers connaissent des choses que ne peuvent révéler ni le travail sur le terrain ni les satellites.

Après avoir rassemblé les collaborateurs intéressés et choisi certaines des zones d'intérêt pour les collectivités inuites locales, Mme Ouimet a participé à un projet-pilote sur un bassin versant du plus récent parc nordique, celui des Monts-Torngat à l'extrémité nord de Terre-Neuve-et-Labrador.

« Nous devrions être capables de faire des liens entre ce que nous observons dans les eaux douces, ce que nous observons dans la toundra et ce que nous observons dans les glaciers, dit-elle. Les données recueillies sur le terrain nous révèlent ce qu'il y a vraiment sur le terrain alors que l'imagerie par satellite nous permet d'obtenir des informations sur les secteurs que nous n'avons pas étudiés au sol. Et puis, lorsque les satellites montrent des changements ou des nouveautés à un autre endroit, nous pouvons concentrer nos efforts sur le terrain justement à cet endroit pour obtenir plus de détails. Un tel cycle doit se poursuivre sans arrêt si nous voulons mieux connaître le parc. »