La recherche dans le Nord

Des outils pour le terrain

Pour une approche innovatrice en matière de surveillance des parcs nationaux

À pied dans les grands espaces du parc national Ivvavik  À pied dans les grands espaces du parc national Ivvavik
© Parks Canada

Le parc national Banff, parmi les plus célèbres du monde, ne comportait à l'origine que quelques sources d'eau chaude. Des arpenteurs ont découvert les bassins d'eau chaude à la construction du premier chemin de fer dans les Rocheuses canadiennes dans les années 1880; la discorde concernant leur propriété a incité le premier ministre John A. Macdonald à mettre toute la région sous protectorat du gouvernement.

L'idée à l'origine de nos parcs nationaux a poursuivi son chemin à l'instar de ces sources d'eau chaude qui n'ont cessé de jaillir. Un paysage déjà magnifique a été rendu encore plus attrayant pour les visiteurs, et le principe d'intendance de sites aussi remarquables allait être au coeur de la mission de ce qui allait devenir Parcs Canada. Lorsque l'Agence a été créée sous le nom de Division des parcs du Dominion en 1911, c'était le premier service de parcs nationaux dans le monde.

Depuis ce temps, des dizaines d'autres parcs ont été ajoutés afin de mettre en valeur ces lieux que chérissent les Canadiens pour leur beauté naturelle ou leur importance sur le plan environnemental. La liste comprend de tout, des basses terres luxuriantes des Grands Lacs aux prairies et à la côte la plus nordique du pays.

En 2008 s'est ajouté le parc des Monts-Torngat, le plus récent de la liste, un parc de quelque 9 700 kilomètres carrés dans la pointe nord accidentée de Terre-Neuve-et-Labrador. Au moment même où la région a acquis le statut de parc national, elle est devenue un point d'intérêt pour les chercheurs de Parcs Canada qui l'ont choisie pour mettre à l'épreuve une nouvelle stratégie d'évaluation de l'intégrité écologique des 12 grands parcs isolés situés dans le Nord canadien.

Le concept d'intégrité écologique détermine la façon dont Parcs Canada gère ces parcs. Le travail d'analyse sur le terrain se fait en fonction d'indicateurs précis établis d'après l'environnement du parc, en d'autres termes les plantes et les animaux indigènes. Avant de mettre en place un programme de surveillance à long terme, toutefois, les chercheurs devaient déterminer quels types d'indicateurs ils allaient étudier et de quels types de changements ils allaient faire le suivi.

« Il est difficile de surveiller ce qu'on a sans même avoir une très bonne idée des écosystèmes présents et de leur fonctionnement », affirme Donald McLennan, écologiste de Parcs Canada.

Il a donc cherché à obtenir le soutien financier du programme canadien de l'Année polaire internationale (API) à l'occasion de laquelle une série de projets ont été réalisés pour étudier l'état actuel de l'intégrité écologique dans le parc des Monts-Torngat. L'API, une initiative de recherche multinationale qui a lieu tous les 50 ans, a rassemblé des milliers de chercheurs de dizaines de pays dans les régions polaires de la planète en 2007 et 2008. Plusieurs de ces projets se sont déroulés dans les parcs nationaux du Nord canadien.

Dans le parc national des Monts-Torngat, les équipes de Parcs Canada sur le terrain ont travaillé en collaboration avec des scientifiques de l'Université du Nouveau-Brunswick. Parmi les techniques mises à l'épreuve, il y avait le prélèvement d'échantillons dans différents systèmes d'eau douce, y compris les cours d'eau alimentés par les glaciers, la fonte des neiges et les lacs. De façon plus précise, les scientifiques ont mesuré le niveau de nutriments et la diversité des organismes vivant dans ces cours d'eau.

Des recherches similaires ont été réalisées dans d'autres parcs, dont le parc national Wapusk, au Manitoba, le parc national Sirmilik, au Nunavut, et la réserve de parc national Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest. Dans chaque cas, les mesures prises dans les lacs, rivières et ruisseaux ont permis de cerner l'intégrité écologique actuelle de chacun des parcs, ce qui servira de point de départ pour les efforts de surveillance au cours des décennies à venir.

Selon M. McLennan, l'intégrité écologique repose sur ce qu'il appelle la « stationnarité », un concept selon lequel les systèmes naturels sont en constante évolution au fil des saisons, mais la variabilité environnementale générale reste limitée et circonscrite aux grandes zones climatiques.

Maintenant, cependant, il semble que les limites de ces zones se modifient peu à peu en raison de la température moyenne dans le nord du Canada qui augmente de façon constante. C'est là qu'on constate toute l'importance de trouver des techniques efficaces pour étudier ce qui se passe dans les parcs du Nord, les premiers touchés par les changements climatiques.

« Nous savons que le climat va changer, mais nous ne savons pas quelles en seront les répercussions sur le plan météorologique et écologique pour chaque parc, dit-il. Nous essayons de comprendre les processus écologiques qui régissent la répartition des différents écosystèmes dans les parcs afin de prévoir comment ils vont réagir aux changements climatiques. »

Chantal Ouimet
Écologiste de surveillance