La recherche dans le Nord

Un lien avec la terre, un lien avec l'avenir

« Les parcs sont là pour rester »

À pied dans les grands espaces du parc national Ivvavik À pied dans les grands espaces du parc national Ivvavik
© Parks Canada

Au Canada, on est nombreux à rêver des grandes espaces de la frontière nord de notre pays; ce n'est cependant pas le cas de Kayla Arey pour qui c'est en quelque sorte son arrière-cour. L'adolescente a grandi à Aklavik, un hameau d'environ 600 personnes juste au sud de la côte arctique dans les Territoires du Nord-Ouest. Pour elle, aller sur le terrain n'a rien de nouveau, mais un emploi d'été en 2008 lui a fait voir son environnement d'un autre oeil.

« C'était génial », dit-elle avec émotion, en se remémorant les secteurs reculés du parc national Ivvavik qu'elle a pu voir grâce à son travail. Créé en 1984, ce parc couvre plus de 10 000 kilomètres carrés de la zone la plus septentrionale du Yukon et du delta du Mackenzie. Tirant son nom du mot inuvialuit pour « lieu où l'on donne vie », Ivvavik constitue un cadre de protection vital des zones de mise bas des caribous de la Porcupine. C'est également le premier parc national du Canada à avoir été créé à la suite d'un accord sur les revendications territoriales des Autochtones.

Kayla a été assistante sur le terrain plusieurs semaines dans le cadre d'un projet de recherche de Parcs Canada. Un hélicoptère les a emmenés, elle et les autres étudiants, dans des sites isolés où avaient été délimitées des parcelles de terrain ne couvrant qu'un mètre carré. Kayla s'est alors affairé à prélever des échantillons du plus grand nombre d'espèces différentes de plantes qu'elle pouvait trouver sur la parcelle qui lui revenait.

La tâche peut sembler extrêmement simple, mais elle revêt une importance capitale pour l'avenir du parc Ivvavik et du reste du Canada. Kayla a grandement contribué à l'inventaire détaillé de la végétation dans une zone nordique sauvage qui a longtemps été le théâtre de profonds changements. À divers moments au cours des millénaires, ces lieux ont été couverts entre autres choses de plaques de glace massives, de mers chaudes peu profondes et de forêts tempérées.

La nature dynamique de l'endroit est bien connue des populations indigènes qui se sont adaptées en conséquence. Or, selon l'écologiste Donald McLennan de Parcs Canada, le parc Ivvavik, à l'instar d'autres régions du Nord, a tendance à se réchauffer en raison des changements climatiques qui perturbent toute la planète. Même pour une zone qui n'a cessé de rebondir après les périodes glaciaires, la vitesse actuelle du réchauffement est sans précédent.

L'environnement du parc, explique-t-il, offre l'occasion d'étudier les changements de manière objective. Là-bas, loin de toute intervention humaine ou presque, on peut plus aisément observer les tendances climatiques.

« Nous essayons de comprendre les processus écologiques qui régissent la répartition des différents écosystèmes dans le paysage du parc afin de prévoir comment ils vont réagir aux changements climatiques », dit-il.
Le projet a été mis sur pied dans le cadre de l'Année polaire internationale (API), une initiative de recherche multinationale ayant rassemblé des milliers de chercheurs de dizaines de pays dans les régions polaires de la planète en 2007 et 2008. Plusieurs de ces projets se sont déroulés dans les parcs nationaux du Nord canadien. Des efforts de collecte similaires à ce que Kayla a effectué au parc Ivvavik ont également eu lieu dans le parc national Ukkusiksalik, au Nunavut, au parc national des Monts-Torngat, à Terre-Neuve-et-Labrador, et au parc national Wapusk, au Manitoba.

M. McLennan est d'avis qu'il faut penser à long terme et préparer en quelque sorte le terrain pour des programmes de surveillance permanente dans ces vastes parcs. Les échantillons recueillis par Kayla et les autres étudiants sont les premiers d'une longue série qui permettra d'étudier les plantes qui vivent à l'intérieur du parc. Au cours des années à venir, d'autres échantillons seront prélevés pour étudier les changements au fur et à mesure qu'ils surviennent et déterminer si de tels changements ont des causes bien définies, notamment dans le cas des bouleversements climatiques que nous connaissons actuellement.

« Nous ne cartographions pas que la couverture terrestre, explique M. McLennan. Nous cartographions les écotypes. En d'autres termes, nous cherchons à comprendre les changements que subit la couverture terrestre en fonction du sol qui se trouve juste en dessous et des caractéristiques physiques de la terre (pente, élévation, texture du sol, eaux d'infiltration). Dans le Nord, ce sont ces mêmes facteurs qui déterminent les changements dans la végétation du parc. »

Vaste paysage nordique, le défi des scientifiques Vaste paysage nordique, le défi des scientifiques
© Parks Canada

« Le résultat des recherches, ajoute-t-il, guidera l'avenir des parcs sur le plan environnemental et, du même coup, déterminera ce qui va arriver à d'autres régions du pays. »

« Les changements surviennent d'abord au nord, insiste-t-il. Ce que nous apprenons là-bas sur la conservation, nous pouvons l'utiliser plus au sud. »

Kayla sait qu'elle sera témoin de tous ces changements. Son expérience au parc Ivvavik l'a rendue encore plus enthousiaste à l'idée d'aller étudier au Collège Aurora en technologie de l'environnement et des ressources naturelles, au grand plaisir de M. McLennan, qui la voit au sein d'une génération d'experts du Nord qui garderont l'oeil sur les terres nordiques pendant encore un bon bout de temps. Et ce que feront ces jeunes, conclut-il, c'est justement le rôle que s'est donné Parcs Canada.

« Les parcs sont là pour rester, dit-il. Rester longtemps et longtemps encore! »