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La technologie arrive dans nos tout derniers parcs

Rencontre entre la technologie et l'arrière-pays : analyser la température dans une vallée isolée sur la côte du Labrador
© Parks Canada

Parcs Canada a commencé son travail de protection de zones importantes du territoire canadien en 1911, mais au cours des trente dernières années, la taille des zones couvertes a plus que doublé. Depuis le début des années 1970, 12 parcs couvrant plus de 219 000 kilomètres carrés ont été créés dans les régions nordiques, ce qui représente une superficie supérieure à celle de nombreux pays du monde.

Mais le mandat de Parcs Canada ne s'arrête pas là. L'Agence établit 43 zones écologiques distinctes à l'intérieur des frontières canadiennes et gère un parc dans presque la totalité de ces zones. Une telle diversité peut surprendre, surtout pour ceux qui pensent que la partie la plus septentrionale du pays est uniforme. Mais cette vaste région comprend les monts Mackenzie à l'ouest, les plaines arctiques au nord, la toundra à l'intérieur et les côtes accidentées de l'Atlantique à l'est.

Faire l'inventaire de ces parcs est loin d'être chose facile. Aucun parc nordique n'est traversé par une route, et il faut souvent des jours pour y parvenir par voie maritime ou aérienne, selon la météo, ce qui n'empêche pas Parcs Canada d'organiser des expéditions pour l'étude des lieux à pied (suivi des animaux, prélèvement de la végétation, collecte de mesures physiques détaillées des milieux terrestre et aquatique).

Néanmoins, de telles expéditions sont coûteuses et ne peuvent couvrir qu'une infime fraction de la superficie du parc. Heureusement, les satellites se sont constamment améliorés depuis leur création. Les satellites d'observation du sol à la fine pointe tels que ceux des séries Radarsat et Landsat ont permis de recueillir des images détaillées des parcs pendant des décennies et ainsi de former une base de données permanente sur des lieux que peu de gens auront pu visiter au sol.

« C'est le seul moyen rentable de le faire, explique Robert Fraser, chercheur au Centre canadien de télédétection. On commence par des campagnes intensives sur le terrain, et la télédétection permet de voir le tout à grande échelle afin qu'on puisse décrire le parc dans son ensemble. »

Il a collaboré avec des écologistes de Parcs Canada à des projets financés par le programme canadien de l'Année polaire internationale. Parmi les réalisations les plus importantes à ce jour, on compte la mise au point d'un système d'extraction des détails dans les images satellites afin de déterminer le type d'écosystème de toundra observé. On peut ainsi mesurer la quantité et le type de végétation et, de façon plus importante, faire le suivi des changements au fil du temps.

De cette façon, les logiciels peuvent indiquer comment les plantes au sol changent d'une saison à l'autre et d'une année à l'autre. De tels renseignements sont importants pour Donald McLennan, qui se spécialise dans l'étude de ces changements. Il s'intéresse particulièrement aux signes indicateurs du réchauffement climatique.
« Nous savons que le climat va changer, mais nous ne savons pas quels en seront les répercussions sur la météo et les écosystèmes de chaque parc », dit-il.

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© Parks Canada

Cette approche s'est déjà montrée très utile dans les parcs situés plus au sud et a permis de recueillir des images qu'il aurait été impossible d'avoir même avec un nombre infini d'expéditions sur le terrain. Dans le parc national Kejimkujik, en Nouvelle-Écosse, par exemple, les données de télédétection ont permis de constater le déclin de la couverture forestière environnante depuis les 20 dernières années, un changement qui met en danger les populations animales qui dépendent de cette couverture.

M. McLennan est impatient d'obtenir des données tout aussi importantes des satellites qui observent les parcs nordiques. De cette façon, il espère que Parcs Canada pourra être à la hauteur de son mandat d'origine, celui de préserver l'intégrité écologique de ces lieux et de faire le point sur leur santé à la population canadienne.

« Si nous pouvons mesurer les changements écologiques à l'aide de ces outils, que c'est plus rentable et qu'on obtient plus de renseignements, alors c'est ce qu'il faut faire, dit-il. Mais ces outils servent à mesurer exactement la même chose. Nous mesurons les principes écologiques et les principaux éléments qui contribuent à la formation des écosystèmes tels qu'ils sont. »