La recherche dans le Nord

Nouvel éclat pour un bijou du Nord

Étudier les changements environnementaux d'aujourd'hui et de demain

Réserve de parc national du Canada Nahanni 
Réserve de parc national du Canada Nahanni
© Parks Canada / Garry Scrimgeour

« Ce sont les grands espaces qui séduisent, a déclaré le célèbre humoriste canadien Stephen Leacock. Pour nous tous ici, le Nord, vaste contrée inconnue se déployant jusqu'aux mers polaires, nous imprègne d'une image particulière. Je ne suis jamais allé à la baie James, je n'y vais jamais, et je ne le ferai jamais. Mais, d'une certaine manière, je me sentirais désemparé sans elle. »

La réserve de parc national Nahanni fait sans aucun doute partie de ces grands espaces, même si elle est encore plus éloignée que la baie James du quotidien de la plupart des Canadiens. Ce coin des Territoires du Nord-Ouest a acquis le statut de parc en 1976. De plus en plus de visiteurs s'y rendent, mais rien de comparable à l'achalandage dans les parcs de montagnes plus au sud en Colombie-Britannique et en Alberta. En 2009, la réserve de parc national Nahanni a été agrandie à six fois sa taille initiale, l'aire protégée atteignant plus de 30 000 kilomètres carrés de nature sauvage spectaculaire où se côtoient montagnes pittoresques, canyons, gorges et rivières.

L'expansion a été rendue possible grâce aux efforts d'un groupe de travail composé de 10 chefs de Premières nations et de trois chefs métis. Ces derniers voulaient absolument protéger le bassin versant de la rivière Nahanni Sud et son écosystème de tout développement purement économique.

« Si vous voulez sauver quelque chose, laisser quelque chose dans son état naturel, il faut le voir comme on veut le voir à l'avenir, dit l'ancien grand chef des Premières nations Dehcho Jonas Antoine, qui faisait partie du groupe de travail. Et pour que ça arrive, il faut commencer à travailler dès aujourd'hui. »

Donald McLennan, écologiste de Parcs Canada, est d'accord avec de tels propos, et c'est d'ailleurs pourquoi il a demandé de l'aide du programme canadien de l'Année polaire internationale (API), une initiative de recherche multinationale ayant rassemblé des milliers de chercheurs de dizaines de pays dans les régions polaires de la planète en 2007 et 2008. Pour lui, c'était l'occasion idéale de mettre en place des activités permanentes de surveillance dans les paysages diversifiés représentés par les parcs nationaux du Nord canadien.

Là, explique-t-il, on peut étudier les processus écologiques dans un environnement isolé. Il est plus facile de déterminer ce qui est d'origine naturelle et ce qui est d'origine humaine. Par exemple, l'activité minière près de la limite sud de la réserve de parc Nahanni a soulevé des questions sur la contamination potentielle des cours d'eau du parc.

Une fois que les chercheurs ont identifié les espèces indigènes aux écosystèmes aquatiques du parc, on peut alors déterminer les conséquences potentielles des mines. En faisant le suivi rigoureux des ruisseaux et des rivières d'eau douce dans le parc, on peut évaluer l'abondance relative des plantes et des animaux. C'est d'ailleurs une méthode semblable qu'on utilise pour analyser les effets d'une autre menace pour l'environnement, le réchauffement climatique dans le Nord canadien.

Rivière Flat, Réserve de parc national du Canada Nahanni Rivière Flat, Réserve de parc national du Canada Nahanni
© Parks Canada / Garry Scrimgeour

Le projet de l'API ainsi mis sur pied et dirigé par Garry Scrimgeour, écologiste aquatique de Parcs Canada, comportait des études sur le terrain à quelque 135 sites dans le bassin versant de la rivière Nahanni Sud. Là-bas, dans la principale rivière du parc, ses collègues et lui ont effectué l'analyse chimique d'échantillons d'eau et de plantes et animaux indigènes.

« C'était le premier prélèvement complet pour déterminer la santé des ruisseaux dans la rivière Nahanni Sud, et la première méthode standardisée à grande échelle. » Il ajoute que le travail accompli permet d'apprécier comme jamais l'intégrité écologique de la réserve, un concept qui gît au coeur du mandat de Parcs Canada.

En plus de confirmer le bien-être des espèces qui vivent dans le parc, on peut ainsi faire le suivi des changements ou des stress qui touchent les populations en question.

« L'intégrité écologique, c'est lorsque les espèces d'un milieu y sont présentes et viables, et que se produisent des processus naturels comme les feux ou les inondations, dit-il. Ce sont ces processus qui déterminent les espèces qui s'y trouvent. »

Pour sa part, M. McLennan est d'accord avec l'observation de M. Leacock, une observation qui peut aider les Canadiens à tirer de précieuses leçons et à développer un attachement profond avec la dernière frontière de leur pays, même s'ils ne pourront la visiter eux-mêmes. Ce qui est difficile, ajoute-t-il, c'est de faire comprendre l'ampleur des changements que subira la nature dans ces lieux.

« Les modèles les plus récents prévoient un remplacement de plus de 100 pour cent des espèces de mammifères et d'oiseaux dans l'Arctique central au cours du siècle prochain », dit M. McLennan.

Pour cette raison très exactement, Jonas Antoine résume la situation encore plus directement.

« Nous sommes tournés vers l'avenir, dit-il. Je ne parle pas de ce que nous pouvons voir aujourd'hui, mais de ce que les générations suivantes pourront voir. Nous voyons l'avenir à long terme, sur des centaines d'années. »

 Garry Scrimgeour

Écologiste aquatique