La recherche dans le Nord

L'eau

Parcs Canada et l’Année polaire internationale

L’intégrité écologique vue de l’eau

Lacs et étangs parsèment le paysage du parc national Wapusk Lacs et étangs parsèment le paysage du parc national Wapusk
© Parks Canada

Tout juste un peu plus de 300 000 km2 de la superficie totale du Canada se trouvent sous la responsabilité de Parcs Canada. En plus d’approcher ou de dépasser la taille d’un bon nombre de pays, ces parcs offrent des douzaines de régions écologiques différentes. Certains d’entre eux ― comme la côte de l’Extrême-Arctique du parc Quttinirpaaq ou les majestueux fiords du parc des Monts-Torngat ― présentent des caractéristiques physiques extraordinaires. D’autres, comme le parc Wood Buffalo ou le parc de la Pointe-Pelée, préservent le milieu de plantes et d’animaux particuliers.

Dans la mesure où chacun de ces endroits représente un point d’accès vital au monde naturel, le mandat de Parcs Canada impose à l’Agence de gérer et de présenter leur intégrité écologique. La responsabilité de chacun des parcs s’étend à la protection de l’équilibre des processus qui soutiennent les populations végétale et animale, ainsi que les processus actifs qui favorient la biodiversité. Les chercheurs peuvent surveiller ces processus, qui comprennent des facteurs comme le comportement des prédateurs ou les effets complexes et interactifs du feu. Surtout, l’établissement des parcs nordiques du pays a nécessité la collaboration de membres des collectivités autochtones locales, dont les activités traditionnelles sont considérées comme parties intégrantes du territoire lui-même.

Les parcs nationaux nordiques ont acquis une importance spéciale en 2007 et 2008, période désignée comme l’Année polaire internationale (API). Dans tout l’Arctique et l’Antarctique, des milliers de chercheurs venus de douzaines de pays ont participé à des expéditions conçues pour augmenter notre compréhension des changements en cours dans ces régions. Quatre de ces initiatives multinationales ont été organisées au cours des 130 dernières années, un effort concerté qui a permis à un large éventail de disciplines scientifiques de progresser très rapidement.

Au cours de cette dernière API, plusieurs projets se sont centrés sur la mise en place des programmes de surveillance écologique permanents. Plus précisément, les chercheurs ont étudié les meilleures façons de faire l’inventaire de ces énormes parcs à
l’aide des plus récentes technologies et d’un grand nombre de personnes sur le terrain.

L’état de l’environnement d’eau douce a constitué un centre d’attention particulier dans un éventail de secteurs nordiques, dont le parc national Wapusk du Manitoba, la réserve de parc national Nahanni dans les Territoires du Nord-Ouest, les parcs des Monts-Torngat à Terre Neuve-et-Labrador et les parcs Quttinirpaaq et Sirmilik au Nunavut.

En ce qui concerne la réserve de parc national Nahanni, par exemple, une expansion récente a multiplié sa superficie par plus de six fois afin de protéger la plus grande partie du cours inférieur du bassin hydrographique de la Nahanni-Sud. La géologie particulière de la région et le paysage spectaculaire ont créé dans la région une infinité de ruisseaux et de rivières. Dans le cadre de l’API, des scientifiques de Parcs Canada ont travaillé avec des chercheurs de l’université de Waterloo à étudier environ 70 cours d’eau dans le nouveau territoire du parc, prenant des échantillons d’eau pour étudier ses propriétés chimiques ainsi que les plantes et les animaux soutenus par cette eau. Les résultats de ces travaux fournissent des points de référence qui permettront d’évaluer toute répercussion future des activités humaines, comme les mines et les changements climatiques, sur les cours d’eau du secteur.

L’eau joue un rôle encore plus important dans l’intégrité écologique du parc national Wapusk. Ce territoire est dominé par plus de 10 000 étangs et lacs, mais avant l’API, on avait fait très peu de recherche à leur sujet. L’appui de l’API a permis à Parcs Canada et à des scientifiques de l’Université Queens de recueillir des échantillons d’eau de 92 sites distincts, d’analyser la chimie de l’eau et d’autres données physiques, et d’étudier le zooplancton qui forme une partie clé de la chaîne alimentaire aquatique.

Comme le parc Wapusk se situe sur la frontière qui sépare la forêt boréale du Sud de la toundra arctique du Nord, il offre une diversité biologique de transition qui changera profondément avec l’élévation constante de la température annuelle moyenne. Ce genre de réchauffement produirait aussi des effets majeurs dans le parc national des Monts-Torngat, dont les environnements d’eau douce n’ont pas fait l’objet d’études de base. Avec des membres de l’Institut canadien des rivières de l’Université du Nouveau Brunswick, le personnel de Parcs Canada a fait des essais de méthodes de mesure, dans les ruisseaux nordiques, de la décomposition et de la productivité, deux facteurs que le réchauffement climatique risque de modifier de façon importante.

Une grande partie de cette activité au cours de l’API a consisté à explorer des méthodes de monitorage des sites d’eau douce dans l’Arctique. Bien qu’on ait mis au point des méthodes convenables pour faire ce travail dans le Sud, il faut adopter dans le Nord une approche différente, car les périodes de végétation sont plus courtes, la biodiversité est plus faible, et le simple fait de se rendre au site de monitorage peut poser des problèmes logistiques considérables.

Une dernière initiative, pour laquelle l’échantillonnage aquatique est formellement lié à l’échantillonnage terrestre, sert d’expérience pilote dans le bassin hydrographique Ivitak du parc national des Monts-Torngat. Il s’agit d’une étude en collaboration dans laquelle les scientifiques travailleront en équipe pour comprendre et évaluer les changements écologiques d’une façon holistique et interreliée, en étudiant divers environnements depuis les glaciers jusqu’aux ruisseaux, à la toundra et aux écosystèmes marins. L’objectif général sera de comprendre comment les écosystèmes individuels interagissent, ainsi que la façon dont le bassin hydrographique dans son ensemble réagit aux changements environnementaux comme le réchauffement climatique. Avec le temps, ces données devraient permettre de combiner les perspectives des scientifiques et celles des Inuit locaux, afin d’obtenir une compréhension encore plus large de l’intégrité écologique de ce nouveau parc.

On peut obtenir des fiches d’information complémentaires traitant de la recherche sur l’intégrité écologique terrestre réalisée durant l’Année polaire internationale et sur l’utilisation de la télédétection pour la surveillance des parcs nordiques (ParkSPACE).

Sur le terrain :

  • Que nous dit l’eau
    À mesure que le pergélisol dans le parc national Wapusk, dans le nord du Manitoba, fondra au cours des prochaines décennies, l’effet sur le paysage et ses milliers de lacs pourraient être semblables aux effets que le changement climatique risque de provoquer dans le Grand Nord canadien. Parcs Canada élabore actuellement des stratégies pour la surveillance systématique de ces effets afin que les informations puissent être recueillies régulièrement et de manière uniforme. On obtiendra ainsi un ensemble vaste et fiable d’observations qui permettra d’améliorer les travaux des futurs chercheurs, ainsi que leur capacité d’évaluer l’impact à long terme de ces changements. 
  • Un joyau du Nord brille encore plus
    La célèbre réserve de parc national Nahanni a vu sa taille multipliée par six en 2009, ce qui en fait une priorité absolue pour l’étude des cours d’eau qui définissent une bonne partie de son paysage spectaculaire. Ce travail ouvre la voie à d’importantes activités de surveillance afin de veiller à la santé écologique de cette région pour les générations à venir.