Lieu historique national du Canada du Complexe- Historique-de- Dawson

Le bureau de poste :

Le bureau de poste fut construit en 1900. Bien que le premier d'un grand nombre d'immeubles publics construits à Dawson par le gouvernement canadien, c'est en fait le sixième bureau de poste de l'endroit. Le courrier était un élément vital à Dawson, depuis la création de la ville en 1896.

Vue de la façade du “vieux” bureau de poste
Vue de la façade du "vieux" bureau de poste
© Parcs Canada / KNHS0041

Au tout début, la Police à cheval du Nord-Ouest gérait un bureau de poste rudimentaire dans une tente installée sur la rue Front, près du théâtre. Quand le premier maître de poste, Frank Harper, fut nommé en 1897, les policiers lui servirent d'employés et le bureau de poste fut réinstallé dans un petit bâtiment adjacent à la salle de garde du casernement de la Police, au fort Herchmer. Au premier arrivage de courrier au printemps de 1898, ce bâtiment se révéla trop petit pour y effectuer le triage et la distribution, et il fallut y adjoindre un saloon appartenant à un certain James Terry. Au cours de l'été de 1898, le bureau de poste fut déplacé à nouveau et installé cette fois dans un immeuble de la rue Front, appartenant à Alex McDonald. Quand cet immeuble fut détruit dans l'incendie qui embrasa Dawson le 14 octobre 1898, le gouvernement loua le saloon Brewery pour un certain temps jusqu'à ce que la construction du bureau de poste actuel soit terminée.

Jusqu'à la fin de 1898, le gouvernement fédéral était persuadé que la ruée vers l'or du Klondike serait de courte durée. Voilà pourquoi Ottawa limita la présence gouvernementale à un commissaire, au personnel de ce dernier et à la Police à cheval du Nord-Ouest. Le premier maître de poste de Dawson, Frank Harper, fut nommé par le commissaire Walsh. Il n'était pas rattaché au ministère des Postes, l'intervention de ce dernier étant jugée superflue. En effet, les fonctionnaires d'Ottawa étaient d'avis qu'il serait ridicule de gaspiller temps et argent à l'organisation d'un service de poste efficace en cet endroit.

Or les fonctionnaires canadiens à Dawson ne partageaient cet avis, et le service inadéquat étaient pour eux source de frustrations. Les habitants de Dawson et les mineurs des alentours se plaignaient constamment de la médiocrité du service. Ils ne pouvaient plus supporter d'attendre en file pendant des heures, voire des jours, à l'extérieur du bureau de poste pour recueillir leur courrier. À une époque où les lettres étaient le principal moyen de communication avec des personnes chères qui se trouvaient au loin, il était exaspérant d'avoir à attendre des mois pour recevoir une lettre. D'autant plus que la distribution postale était si rudimentaire et incertaine que bon nombre des lettres attendues ne parvenaient jamais à leurs destinataires.

Vers la fin de 1898, le ministère des Postes commença à assurer le contrôle du service postal du Yukon. Le premier maître de poste nommé par le ministère, I.J. Hartman, arriva à Dawson en octobre. Il essaya de regrouper et d'améliorer le service sans toutefois engager trop de frais à titre définitif. Il réussit à apporter des changements, mais les installations demeuraient insuffisantes à la prestation d'un service postal digne de ce nom.

Enfin, en janvier 1899, le ministre des Postes recommanda qu'un montant soit réservé dans le Budget des dépenses annuel à la construction d'un bureau de poste à Dawson. En février, la société Harper and Ladue Townsite Company proposa la parcelle 11 du bloc I, au coin de la troisième Avenue et de la rue King (alors la troisième Rue), pour y construire l'immeuble. Le gouvernement accepta et acheta également la moitié de la parcelle 12, tout à côté, pour y entreposer des carburants. Les travaux de préparation étaient en marche. Le ministère des Travaux publics retint les services de T.W. Fuller, le fils de l'architecte des édifices du Parlement, pour concevoir la structure. Puis il lança un appel d'offres au secteur privé pour les travaux de construction. Les offres qu'il reçut étaient peu élevées par rapport à la norme locale, mais beaucoup plus élevées que dans le reste du pays. Les fonctionnaires ne voulaient pas payer les prix gonflés de Dawson, mais ils ne voulaient pas non plus retarder l'ouverture du bureau de poste. Fuller lui-même mit la main aux travaux jusqu'à ce qu'une équipe de construction du gouvernement soit amenée d'Atlin pour travailler sous ses ordres. Ces hommes qui ne devaient travailler à la construction de l'immeuble que jusqu'à l'octroi du contrat durent terminer les travaux.

L'ouverture du nouveau bureau de poste, en novembre 1900, suscita cette description dans l'un des journaux locaux : «un immeuble d'une grande beauté et un monument au talent de son architecte». Les félicitations étaient de mise, car le bureau de poste étaient l'un des premiers beaux immeubles érigés dans les rues boueuses de Dawson. La construction n'avait pas été de tout repos, et il avait fallu importer des matériaux ainsi que de la main-d'oeuvre spécialisée d'aussi loin que Montréal. En outre, le terrain sur lequel l'immeuble était construit avait été rempli avec du pergélisol, qui ne tarda pas à se transformer en boue dès que la couche supérieure fut raclée, menaçant ainsi la solidité de la semelle de fondation. Deux grosses boîtes métalliques furent enfoncées dans la terre pour soutenir les lourdes chaudières installées dans le sous-sol.

Le bureau de poste se trouvait au rez-de-chaussée de l'immeuble. Il renfermait toutes «les installations les plus modernes pour l'efficacité du service et la répartition», y compris une grande chambre forte et 1 775 boîtiers et tiroirs au devant en laiton pour ranger le courrier. Le bureau du maître de poste, les bureaux de distribution et la salle du récepteur télégraphique se trouvaient également au rez-de-chaussée. À l'étage, étaient installés dix bureaux occupés par le service des douanes, le ministère des terres de la Couronne, le registraire des terres de la Couronne et le service télégraphique. Un petit monte-charge par lequel on faisait passer messages et colis reliaient ces bureaux aux activités du rez-de-chaussée. Le bureau de Fuller était installé dans une annexe sur le côté de l'immeuble; on s'en servit plus tard comme bureau de télégraphie.

De l'ouverture en 1900 jusqu'à sa fermeture en 1924, l'immeuble du bureau de poste a servi à de nombreux ministères fédéraux, au nombre desquels figurèrent toujours le bureau de poste et le bureau de télégraphie. Ces deux bureaux à Dawson servaient de siège administratif de ces ministères pour l'ensemble du district du Yukon. La poste et le télégraphe maintenaient les communications entre la métropole du Grand Nord et le monde extérieur; ils permettaient aux entreprises de fonctionner efficacement et aux familles de communiquer. Sans ces bureaux, Dawson ne serait jamais devenue une ville moderne.

Pour les hommes qui habitaient à Dawson depuis 1898 et pour leurs familles, la construction du nouveau bureau de poste eut l'effet d'un miracle. « J'ai reçu votre dernière lettre aujourd'hui... », écrit une nièce à son oncle qui avait émigré dans la ville lointaine, « on ne croirait pas qu'elle vienne de Dawson, car l'enveloppe est aussi propre et en bon état que si elle avait été mise à la poste ici même... »