Lieu historique national du Canada de la Piste-Chilkoot

Histoire

Route de commerce des Tlingit

« Chilkoot Jack » a guidé le premier homme blanc au Yukon
« Chilkoot Jack » a guidé le premier homme blanc au Yukon
© Anton Vogee/Archives du Yukon, fonds Anton Vogee, no 58

La piste Chilkoot comptait parmi les cinq routes de commerce qu'empruntaient les Tlingit de la côte pour se rendre dans l'intérieur. Chacune d'entre elles appartenait à un clan, et c'est le chef du clan qui gérait les échanges qui s'effectuaient le long de leur piste. La piste Chilkoot appartenait au clan du Corbeau, du village de Chilkoot.

Chaque année, les commerçants Tlingit se rendaient dans l'intérieur, chargés de graisse d'eulakane, de poissons séchés et d'autres produits de la mer à échanger contre des fourrures, des vêtements en peau et d'autres produits avec les Autochtones de l'intérieur. Lorsque arrivèrent les commerçants de fourrures russes, britanniques et américains, au milieu du XIXe siècle, les Tlingit eurent à leur disposition des biens d'échange en provenance d'Europe; ils bénéficièrent dès lors d'un nouvel avantage commercial sur leurs partenaires de l'intérieur sans compter que les pistes qu'ils contrôlaient leur permirent de s'établir comme intermédiaires dans le commerce lucratif des fourrures avec les Européens.

Porte d'entrée des prospecteurs

En 1880, la marine américaine négocia une entente avec les Tlingit en vertu de laquelle les prospecteurs et les explorateurs étaient autorisés à faire une utilisation limitée de la piste Chilkoot. La piste devint rapidement la route principale des prospecteurs qui se rendaient jusqu'au bassin du cours supérieur du fleuve Yukon.

Grâce au contrôle qu'ils exerçaient sur la piste, les Tlingit parvinrent pour leur part à établir un monopole lucratif dans le transport des marchandises. Ils purent non seulement tirer profit de cette nouvelle activité, mais aussi exercer un contrôle sur la circulation de marchandises vers l'intérieur, ce qui leur permit de conserver leur position commerciale avantageuse.

À mesure que s'intensifiait la circulation, le transport de marchandises prit davantage d'importance que le commerce lui-même. Les porteurs locaux commencèrent vite à éprouver de la difficulté à répondre à la demande, ce qui mit à l'épreuve le système traditionnel des droits fonciers des Tlingit. À mesure que le transport de marchandises prit de l'expansion, se joignirent aux porteurs locaux des Tlingit de l'extérieur de même que des Tagish de l'intérieur.

La route du pauvre jusqu'au Klondike

Au cours de l'été 1897, la découverte d'un filon d'or dans le Klondike transforma le filet intermittent de prospecteurs courageux qui empruntaient la piste tous les printemps en une marée incontrôlable de chercheurs d'or infortunés qui parcouraient tant bien que mal la piste en plein cœur de l'hiver.

Montée vers le col Chilkoot
Montée vers le col Chilkoot
© Archives du Yukon, collection du musée Macbride, no 3626

Plusieurs routes s'offraient aux prospecteurs qui souhaitaient se rendre aux champs aurifères, mais la piste Chilkoot était la plus courte et la moins chère. C'est donc celle qu'empruntèrent la plupart des chercheurs d'or. On l'appelait la route du pauvre, car un homme pouvait y transporter son matériel sans aide. Ployant sous le poids des provisions, du matériel et d'autres articles, une file ininterrompue de prospecteurs avançait lentement et prudemment, abattant au passage les quelques arbres qui poussaient dans les environs. Ils transformèrent graduellement la piste en une énorme fondrière.

Les hommes, les femmes et les enfants qui traversaient le col étaient représentatifs de la société nord-américaine de l'époque. Les gens quittaient en effet bureaux, magasins et entreprises agricoles pour chercher de l'or dans les sables du Klondike, et se retrouvaient, manquant d'expérience, d'organisation et de connaissance du milieu sauvage, en plein cœur d'une vaste migration vers le nord.

La libre entreprise arrive

Téléphérique au col Chilkoot
Téléphérique au col Chilkoot
© H.J. Woodside, 1898/Bibliothèque et Archives Canada, fonds Henry Joseph Woodside, PA-016162

Au début, les porteurs Tlingit et Tagish profitèrent de cette marée de monde, mais le seul volume de circulation, la concurrence des autres porteurs et les améliorations techniques apportées à la piste eurent tôt fait de mettre fin à leur monopole. D'un simple treuil actionné par des chevaux pour tirer les traîneaux au haut de la dernière section en pente raide menant au col, on passa graduellement à un réseau complexe de téléphériques pouvant transporter neuf tonnes de matériel à l'heure, de Sheep Camp jusqu'au sommet du col. À partir du terminus du téléphérique au lac Crater, un réseau de traversiers, traîneaux et wagons permettait d'acheminer les marchandises jusqu'à Lindeman City ou au lac Bennett, où les hommes construisaient des bateaux pour descendre le fleuve Yukon jusqu'à Dawson.

La piste est contournée par le chemin de fer White Pass and Yukon Route

Train de passagers du chemin de fer WP&YR à Bennett
Premier train de passagers du chemin de fer WP&YR à Bennett, août 1899
© H.C. Barley, 1899/Archives du Yukon, fonds H.C. Barley, no 5404

Au cours de l'été 1899, le chemin de fer White Pass and Yukon Route fit son arrivée au lac Bennett. La piste Chilkoot fut presque aussitôt abandonnée au profit de cette manière plus nouvelle, plus rapide et moins chère de transporter les marchandises et les gens jusque dans l'intérieur. Au début, les téléphériques tentèrent de soutenir la concurrence mais ils furent rapidement achetés par la société ferroviaire, qui démantela par la suite le réseau.

Pendant une courte période, la ville de Bennett, qui se trouvait au terminus de la voie ferrée, connut un essor. Mais le 29 juillet 1900 lorsque le « clou d'or » fut planté à Carcross, ce qui mena la voie ferrée jusqu'à Whitehorse, son importance diminua petit à petit. Bien que la piste Chilkoot perdit peu à peu de son utilité, le rôle qu'elle joua comme route principale des chercheurs d'or qui se rendirent au Klondike durant la grande ruée vers l'or de 1896-1899 lui garantit une place dans les annales de l'histoire.