Lieu historique national du Canada Louis-S.-St-Laurent
L'affaire Gouzenko
Le marteau et la faucille soviétiques© Parcs Canada
Un mois après la capitulation du Japon, un petit homme âgé de
26 ans, Igor Sergeievich Gouzenko, fuit l'ambassade soviétique à Ottawa.
Il emporte avec lui des documents rédigés pour la plupart en russe
et qui prouvent l'existence de réseaux d'espionnage soviétiques
au Canada. Il ne se doute pas qu'il va déclencher une crise qui va marquer
les années d'après-guerre.
En 1943, au milieu de la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale, Gouzenko
travaille au service du chiffre de l'ambassade soviétique à Ottawa.
C'est là qu'il découvre l'existence au Canada de plusieurs réseaux
d'espionnage dirigés par le colonel Zabotin, attaché militaire
soviétique de l'ambassade.
Gouzenko, déçu du socialisme, décide de passer à l'Ouest
avec sa famille. Le 5 septembre 1945, il quitte donc l'ambassade soviétique
avec des documents et se présente à l'Ottawa Journal où il
raconte son histoire. Mais le quotidien juge l'histoire trop extraordinaire
et dangereuse pour un journal local. On l'invite plutôt à se rendre,
le lendemain, au ministère de la Justice.
Le
colonel Nikolai Zabotin, attaché militaire de l'ambassade soviétique à Ottawa
et chef du réseau d'espionnage en sol canadien© Archives nationales du Canada / PA-116421
Gouzenko sait que cette attente peut lui être fatale. Néanmoins,
accompagnée de sa famille, il tente de voir le ministre de la Justice,
Louis St-Laurent, le lendemain. Ce dernier a été mis au courant
de l'affaire par son personnel, mais il ne peut agir immédiatement. Comme
les relations diplomatiques avec l'URSS sont alors excellentes, le ministre
préfère vérifier ces allégations avant de rencontrer
Gouzenko. Sans quoi, il risquerait d'altérer l'amitié entre les
deux pays et de miner la confiance qu'ont les autres États avec l'URSS.
Les Soviétiques essaient de capturer celui qui est passé à l'Ouest
mais la tentative échoue. Le 7 septembre, Gouzenko et sa famille obtiennent
l'asile politique. Cependant, l'affaire reste secrète pendant de longs
mois, permettant au gouvernement d'accumuler des preuves.
Puis le gouvernement canadien intervient. En vertu de la loi des mesures de
guerre, 13 suspects sont arrêtés. Ces arrestations ont lieu le
15 février 1946. Un mois plus tard, le 14 mars, 26 autres Canadiens sont
arrêtés et accusés d'espionnage dont un membre du Parlement,
le député Fred Rosenberg. Les interrogatoires menés par
une commission spéciale, la Commission royale d'enquête Kellock-Taschereau,
confirment l'existence d'un vaste réseau d'espionnage cherchant à obtenir
notamment les secrets de la bombe atomique.
Igor
Gouzenko interviewé à la télévision en 1966, 20
ans après sa défection de l'ambassade soviétique. Jusqu'à son
décès en 1982, Gouzenko couvre son visage, chaque fois qu'il
paraît en public sous sa véritable identité© Archives nationales du Canada / PA-129625
Des 13 suspects arrêtés, seulement 7 sont condamnés. Quant
aux 26 personnes soupçonnées d'avoir espionné, 11 sont
condamnées, 10 sont acquittées et 5 retrouvent leur liberté sans être
inculpées.
Et Igor Sergeievich Gouzenko? Il change d'identité et vit, avec sa famille,
sous la protection de la police, jusqu'à son décès en juin
1982, près de Toronto.
Sources :
Bothwell, Robert, « Gouzenko, Igor Sergeievich », L'encyclopédie
du Canada, Montréal, Éditions internationales Alain Stanké,
vol. 2, 1987.
Lacoursière, Jacques et Hélène-Andrée Bizier,« Une
affaire d'espionnage », Nos Racines, l'histoire vivante des Québécois,
St-Laurent, Éditions Transmo, chapitre 133, 1980-1983.
Thomson, Dale C, Louis St-Laurent : Canadien, Montréal, Le Cercle
du Livre de France, 1968, 570 p.
Weisbord, Merrily, « Rose, Fred », L'encyclopédie
du Canada, Montréal, Éditions internationales Alain Stanké,
vol. 3, 1987.
Whitaker, Reg, « Espionnage à la russe », Horizon
Canada, St-Laurent, Québec, Le Centre, vol. 112, c1984-1987.