Lieu historique national du Canada des Forges-du-Saint- Maurice
Le procédé de réduction indirecte du minerai de fer
Un
dessin du 18e siècle représentant deux ouvriers dans
la salle devant le haut fourneau (halle de coulée) en train de faire
un sillon (moule pour la fonte liquide) dans le plancher en sable et deux
autres qui déplacent une pièce de fonte mince et très
longue (une gueuse de fonte) à l'aide de deux bûches de bois.© Diderot
et d'Alembert, Encyclopédie / chez Briasson, David, Le Breton / 1765
En 1736, les maîtres de forges français introduisent ici une technologie
déjà éprouvée depuis plus de 200 ans et largement
répandue en Europe : le procédé de réduction
indirecte du minerai. Celui-ci permet d'abord d'obtenir de la fonte et par la
suite du fer. Cette technologie en deux étapes requiert des fondeurs
et des mouleurs au haut fourneau ainsi que des gros forgerons aux forges.
L'art de la fonte
Ce
dessin du 18e siècle représente deux ouvriers qui déversent
de la fonte liquide dans un moule en sable à l'intérieur d'une
boîte de bois, un autre qui recueille de la fonte liquide directement
du haut fourneau et trois autres ouvriers qui déversent de la fonte
liquide dans un moule enterré.© Diderot
et d'Alembert, Encyclopédie / chez Briasson, David, Le Breton / 1765.
Adjacente au haut fourneau, la moulerie emploie des ouvriers spécialisés,
les mouleurs, considérés comme de véritables artistes.
L'entreprise leur doit une grande partie de sa réussite.
Ces ouvriers fabriquent d'abord les modèles qui serviront à reproduire,
dans le sable, toutes les formes des objets à couler en fonte. Puis,
ils préparent les moules et produisent des articles résistants
et bien finis, de grande qualité et fort appréciés.
D'ailleurs, l'entreprise n'hésite pas à informer ses clients :
« [...] que moyennant le choix qu'il a fait d'ouvriers habiles et
expérimentés dans son voyage en Angleterre, la beauté des
ouvrages a été beaucoup augmentée, surtout des ouvrages
creux, qui pour la légèreté et l'élégance
ne le céderont pas aux articles semblables manufacturés dans la
Grande-Bretagne »
La Gazette de Québec, le 27 janvier 1820.
L'art du fer
Ce
dessin du 18e siècle représente l'intérieur
d'un atelier de forge où un ouvrier introduit une barre de fer dans
le foyer de la forge, un autre martèle un bloc de fer sur un très
gros enclume pour le transformer en barre pendant qu'un aide actionne un levier
pour contrôler le rythme du gros marteau hydraulique.© Diderot
et d'Alembert, Encyclopédie / chez Briasson, David, Le Breton / 1765
Au haut fourneau, les fondeurs produisent de très gros lingots en fonte
appelées « gueuses ». Ces gueuses sont ensuite
acheminées dans les forges où les gros forgerons les affinent.
Une fois chauffé, le fer devenu pâteux est fortement martelé et
façonné en barres.
La qualité du fer des Forges établit, dès le départ,
la réputation de l'entreprise :
« Le fer que l'on forge ici a la réputation d'être doux,
malléable, difficile à casser; on dit qu'il a la propriété de
ne pas rouiller vite, si bien qu'en matière de construction de navires
il y a une grande différence entre lui et le fer espagnol »
Le naturaliste Pehr Kalm, 1749.
La colonie en expansion
Ce
dessin de Bernard Duchesne montre une femme et un homme à l'intérieur
d'une maison canadienne, assis près d'un poêle simple en fonte.
© Parcs Canada
Après la Conquête de 1760, on intensifie une production tournée
vers les besoins de plus en plus nombreux et pressants de la colonie en pleine
expansion. Dès lors, on fabrique aux Forges une très grande variété de
produits en fonte moulée, principalement destinés au chauffage, à l'alimentation
et à l'agriculture.
Propriété de l'État, les Forges sont louées à des
exploitants qui bénéficient de conditions privilégiées.
Sans véritable concurrent et profitant d'un marché croissant,
ces exploitants possèdent les droits exclusifs d'approvisionnement en
matières premières sur un vaste territoire.
C'est l'âge d'or des Forges !