Lieu historique national du Canada du Phare-de-Pointe-au-Père

Merveilles naturelles et trésors culturels

Phare de Pointe-au-Père Le phare de Pointe-au-Père, joyau de notre patrimoine maritime
© Parcs Canada / Nancy Barbeau

La station de phare de Pointe-au-Père fut désignée lieu historique national en 1974, en raison de l’importance de son feu et de son poste de pilotage pour la navigation dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Située à la frontière du fleuve et de la mer, la station fut longtemps l’un des plus importants centres d’aide à la navigation au Canada.

La pointe… de quel père?

L’appellation du phare de Pointe-au-Père évoque le père jésuite Henri Nouvel, arrivé au Canada en 1662, et qui célébra la première messe sur la rive sud du Saint-Laurent dans les environs de la pointe, le 8 décembre 1663. Le site fut, dès lors, désigné comme la « pointe au Père ».

Avant le phare, la pointe des pilotes

Lorsqu’un navire entre dans le fleuve Saint-Laurent, le capitaine averti prend à son bord un pilote professionnel pour le conduire à Québec en toute sécurité. Cette pratique du pilotage sur le fleuve remonte aux premiers temps du régime français. Les pilotes du Saint-Laurent, navigateurs d’expérience, connaissent en détail le fleuve, les courants, la direction des vents, les marées, les obstacles et les dangers à éviter. Ils jouent donc, depuis le 17e siècle, un rôle primordial dans la navigation sur le Saint-Laurent.

Des pilotes commencent à travailler à partir de la Pointe-au-Père dès 1805 et ce, même si le poste officiel de pilotage est alors situé au Bic. Cette préférence s’explique facilement : la pointe, avancée dans le fleuve, leur offre un point d’observation privilégié. Les pilotes de Pointe-au-Père, avantageusement localisés, sont ainsi les premiers à offrir leurs services aux capitaines des navires remontant le Saint-Laurent. En 1861, les compagnies des lignes régulières entre l’Amérique et l’Europe choisissent même Pointe-au-Père comme lieu d’embarquement exclusif des pilotes de leurs navires à vapeur.

Les premiers phares

C’est la Montreal Ocean Steamship Company qui fait construire, en 1859, le tout premier phare sur la Pointe-au-Père. À titre de transporteur exclusif du courrier entre Londres et Montréal, cette compagnie de navigation maintient déjà sa propre équipe de pilotes à Pointe-au-Père. Le plat relief de la côte et les fréquentes périodes de brouillard l’incitent à y construire un phare équipé d’un feu et d’un signal de brume. Le gouvernement canadien fera l’acquisition de ce phare deux ans plus tard, en 1861.

Deuxième phare au début du 20e siècle Le deuxième phare au début du 20e siècle
© Fonds Claveau, HR-133510, Musée régional de Rimouski

La première tour, détruite dans un incendie, sera remplacée par une seconde en 1867. Ces deux premiers phares de Pointe-au-Père sont construits suivant le même modèle : une maison en bois surmontée d’une tour abritant la lanterne. Le gardien et sa famille habitent alors les étages inférieurs.

Pointe-au-Père : carrefour des services aux navigateurs

Charles-Auguste Lavoie, gardien de phare de 1936 à 1964 Charles-Auguste Lavoie, gardien de phare de 1936 à 1964
© Fonds Claveau, HR-13367, Musée régional de Rimouski

Les premières décennies du 20e siècle représentent une sorte d’apogée dans l’histoire de Pointe-au-Père. Gardien de phare, assistant-gardien, pilotes, ingénieur de signaux de brume… Les services et installations d’aide à la navigation se multiplient, et le site bourdonne d’activités.

Service hydrographique

On inaugure en 1894 une station de relevé des marées et des courants, appelée ultérieurement service hydrographique. C’est le gardien de phare lui-même qui effectue le relevé du mouvement des marées et de l’action des courants.

Pointe-au-Père sert ainsi de point de référence altimétrique à plusieurs agences canadiennes et américaines. Le service hydrographique poursuit ses opérations jusqu’en 1985. Un monument géodésique, apposé par l’Association canadienne d’hydrographie, commémore aujourd’hui l’importance des repères de nivellement de Pointe-au-Père dans l’établissement et le suivi des références altimétriques majeures en Amérique du Nord.

Station officielle de pilotage 

La maison des pilotes dans le bâtiment du deuxième phare La maison des pilotes dans le bâtiment du deuxième phare
© Fonds Claveau, HR-13369, Musée régional de Rimouski

Les pilotes du Saint-Laurent s’installent à Pointe-au-Père de façon officielle en 1905. La construction d’un quai (1902-1905) permet en effet au gouvernement canadien de transférer la station de pilotage du Bic à Pointe-au-Père, en réponse aux demandes répétées des armateurs et propriétaires de compagnies de navigation.

En ce début de 20e siècle, le transport maritime connaît une forte croissance. Plus de 1000 navires océaniques embarquent et débarquent leur pilote à Pointe-au-Père chaque année!

De 1923 à 1937, la station de pilotage de Pointe-au-Père prend en charge une partie des activités reliées à la station de quarantaine de Grosse-Île, soit l’inspection médicale des passagers. Le médecin-inspecteur du service de quarantaine, logé sur le site, emprunte alors la barque des pilotes pour aller inspecter l’état de santé des passagers de tous les navires remontant le fleuve.

Un pilote montant à bord d'un navire océanique Un pilote montant à bord d'un navire océanique
© Fonds Claveau, HR-13244-03, Musée régional de Rimouski

La station de pilotage de Pointe-au-Père est transférée aux Escoumins en 1959. Le lieu historique national du Phare-de-la-Pointe-au-Père fut malgré tout retenu comme lieu d’apposition de la plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada commémorant l’importance historique nationale du rôle des pilotes du Saint-Laurent, en l’an 2000.

Station Marconi

Station Marconi de Pointe-au-Père La station Marconi de Pointe-au-Père
© Fonds Claveau, RH-13341, Musée régional de Rimouski

En 1906, on met en service à Pointe-au-Père une station de télégraphie sans fil Marconi. Pour le gardien de phare, cette innovation remplace avantageusement le code international de drapeaux et améliore la communication avec les navires. La station Marconi de Pointe-au-Père compte alors parmi les vingt postes de télégraphie sans fil opérés au pays par le gouvernement canadien.

Le 29 mai 1914, la station Marconi de Pointe-au-Père capte les signaux de détresse de l’Empress of Ireland, qui coulera en 14 minutes au large de Sainte-Luce. Le naufrage de l’Empress of Ireland, causant la mort de 1 012 personnes, représente encore aujourd’hui la plus grave tragédie maritime de l’histoire canadienne.

La station Marconi de Pointe-au-Père cesse ses activités en 1959, lors du transfert de la station de pilotage aux Escoumins.

Nouveau phare à contreforts : une structure avant-gardiste!

Le troisième phare en construction, en 1909 Le troisième phare en construction, en 1909
© Fonds Claveau, RH-13366, Musée régional de Rimouski

En 1909, on entreprend la construction d’un troisième phare, avant-gardiste et plus imposant. Sa tour octogonale s’élève à près de vingt-huit mètres de hauteur, ce qui en fait l’un des plus hauts phares du pays. D’une architecture quasi unique au Canada, il demeure l’un des rares exemples de phare en béton armé doté de contreforts arc-boutés.

La tour à claire-voie, quatrième phare de Pointe-au-Père La tour à claire-voie, quatrième phare de Pointe-au-Père
© Parcs Canada / Nancy Barbeau

En 1975, on érige à proximité de cette tour un quatrième phare, monté sur une tour à claire-voie. Dorénavant automatisée, la station de phare ne nécessite plus que la visite sporadique d’un inspecteur. Ce phare et le signal sonore demeureront en opération jusqu’à la fermeture de la station de phare, en 1997.

Le phare de 1909 est cédé à Parcs Canada en 1977. En 1979, Parcs Canada effectue des travaux de réfection majeurs au phare dans le but d’assurer sa conservation.

Ce troisième phare dresse toujours sa silhouette audacieuse et élégante au bord du Saint-Laurent. Repère visuel et identitaire important dans la région, le phare de Pointe-au-Père est un bâtiment historique d’une valeur architecturale et patrimoniale exceptionnelle.

Corne de brume : du canon au signal électronique

Lorsque les conditions météorologiques nuisaient à la visibilité en mer, le gardien de phare devait remplacer le signal visuel habituel (la lumière du phare) par un signal sonore. La station de phare de Pointe-au-Père fut un important lieu d’expérimentation sonore. On y testa divers types de signaux sonores avant de les diffuser dans les autres stations de phare canadiennes.

Le premier signal sonore utilisé à la Pointe-au-Père fut un canon à brume. Le gardien devait charger ce canon de poudre et lancer une détonation à chaque demi-heure.

Cornet du signal de brume Derrière le bâtiment, un rail en demi-cercle permettait d’orienter le cornet du signal de brume en fonction de la direction du vent
© Fonds Claveau, HR- 13238, Musée régional de Rimouski

Ce canon fut remplacé par un signal à bombes explosives (1894 à 1903), puis par un signal de brume dit « sirène d’Écosse » (1903). En 1904, on mit en place un diaphone, gigantesque sifflet à air comprimé opéré par un ingénieur des signaux de brume. Enfin, un signal sonore électronique prit la relève de 1972 jusqu’à la fermeture du poste d’aide à la navigation de Pointe-au-Père, en 1997.

Les principales modifications apportées au bâtiment de la corne de brume de Pointe-au-Père témoignent, encore aujourd’hui, de ces expérimentations.

Principaux bâtiments connexes 

La maison du gardien

Construite en 1956, la maison du gardien abrita le gardien de phare et sa famille jusqu’en 1988. Il s’agit d’un bâtiment carré en bois comptant deux étages, coiffé d’un toit à quatre pentes et couvert d’un revêtement de bardeaux de bois. Elle évoque un passé plus récent de la station de phare.

Aujourd’hui, la maison du gardien abrite des expositions.

La maison de l’ingénieur

Cette maison fut construite en 1909 pour l’ingénieur des signaux de brume. Elle accueillit par la suite le gardien du phare, puis l’assistant du gardien (1956 à 1980).

Cette maison de bois, de deux étages, est coiffée d’un toit mansardé à brisis, doté de larmiers et percé de trois lucarnes à front-pignon. Son toit mansardé en fait un cas d’exception parmi les maisons de phare au Canada. Au Québec, c’est la seule maison du genre qui subsiste encore.

Elle constitue l’un des très rares exemples de maisons de phare érigées au début du 20e siècle.

Bâtiment de la corne de brume

Bâtiment de la corne de brume Bâtiment de la corne de brume
© Parcs Canada / Serge Ouellet

Construit en 1903, ce bâtiment est la plus ancienne construction de la station de phare encore existante. Il rappelle le rôle de la station comme théâtre d’expérimentation de différents signaux sonores avant leur diffusion dans les autres stations de phare canadiennes. On peut y observer une imposante partie du diaphone de l’époque, ainsi qu’une exposition levant le voile sur le fonctionnement de différents signaux sonores, d’hier à aujourd’hui.