Lieu historique national du Fort-Lennox

Plan de l’île aux Noix par Bougainville 1760
Plan de l’île aux Noix par Bougainville
1760

© Archives nationales du Canada

Il y a 250 ans...

Nous sommes au printemps 1760, la Nouvelle-France est presque entièrement occupée par l’armée britannique. L’île abritant des troupes françaises résiste encore à l'envahisseur. Cependant, les Britanniques sont déterminés à vaincre ces troupes qui protègent Montréal. Ils élaborent un plan : le siège du fort de l’île aux Noix.


La Compagnie de Lacorne en exercice de tirs
La Compagnie de Lacorne en exercice
de tirs

© Parcs Canada
Soldat français de 1760 défendant l’île aux Noix
Soldat français de 1760 défendant
l’île aux Noix

© Parcs Canada

La guerre de Sept ans

Général Montcalm blessé lors de la bataille des Plaines d’Abraham. Bombled. Gravure
Général Montcalm blessé
lors de la bataille des
Plaines d’Abraham.
Bombled. Gravure

© La Nouvelle-France,
Hachette, 1904



Dès 1754, les hostilités entre la France et la Grande-Bretagne débutent dans les colonies d’Amérique. Les points de litiges sont au niveau du contrôle du territoire et du monopole commercial de la fourrure dans la vallée de l’Ohio. Ce n’est cependant qu’en 1756 que les métropoles entrent officiellement en guerre. C’est le début du premier conflit mondial de l’Histoire : la guerre de Sept ans.

Ce grand conflit provoque de nombreux affrontements à travers le territoire, dont certains se soldent en faveur des Français alors que d’autres se terminent en faveur des Britanniques (Louisbourg, Oswego, William-Henry, Carillon, etc.).

Au printemps 1759, la ville de Québec est assiégée par les forces armées conjointes de la Marine et de l’armée britannique. Finalement, l’affrontement ultime des deux ennemis sur les Plaines d’Abraham se termine par la prise de la ville par les Anglais et la retraite des troupes françaises, le 18 septembre.


Général Lévis lors de la bataille de Sainte-Foy. Bombled. Gravure
Général Levis lors de la bataille de Sainte-Foy. Bombled. Gravure
© La Nouvelle-France, Hachette, 1904

Un an plus tard, en 1760, les troupes françaises, commandées par le Chevalier de Lévis, tentent de reprendre la ville. Ils remportent une victoire, la bataille de Ste-Foy, mais en vain, Québec reste sous le contrôle britannique.

Malgré la chute de cette ville importante, tout n’est pas perdu pour les Français. Ils contrôlent toujours Montréal et le territoire compris entre Québec et le lac Champlain. Cette partie du territoire devient alors la cible des forces britanniques. Pour la préserver, les Français choisissent l’île aux Noix qui est un point de défense stratégique contre une percée ennemie par la rivière Richelieu. En effet, à partir de cet endroit, les Français peuvent contrôler tout mouvement ennemi sur le Richelieu qui constitue une voie d’invasion idéale, une voie de transport pratique pour les pièces d’artillerie et une artère commerciale importante. L’île aux Noix rassemble ainsi des avantages stratégiques parfaits.

La bataille de l’île aux Noix

Conscient de la nécessité de protéger l’axe Richelieu-lac Champlain, le colonel français Bourlamaque entreprend la construction d’un fort sur l’île aux Noix à l’été 1759.

Dès l’année suivante, trois offensives ennemies sont lancées. Dirigées par les généraux Amherst et Murray ainsi que par le colonel Haviland, ces attaques ont comme cibles Montréal et les Grands Lacs.

Exercices des canonniers de la compagnie franche de la Marine
Exercices des canonniers de la
compagnie franche de la Marine

© L’armée française en Amérique-Historical
Arms Series No.7

Le 16 août 1760, le colonel Bougainville, successeur de Bourlamaque, voit arriver plus de 300 embarcations commandées par le colonel Haviland avec, à leurs bords, 3400 Anglais.

Le colonel britannique fait débarquer ses troupes sur la rive Est du Richelieu et commence à bombarder la fortification française.

Du 17 au 22 août, les Anglais consolident leurs retranchements et continuent à progresser autour de l’île, installant leurs batteries de canons. D’après le capitaine anglais Jenks, « les Français semblent opposer peu de résistance et répondent faiblement aux tirs ennemis. »

Le 23 août, les Britanniques démasquent leurs canons dressés les jours précédents et engagent un bombardement incessant qui durera tout au long du siège. Durant la nuit, des soldats tentent même de couper les chaînes placées dans la rivière afin d’amener les embarcations au nord de l’île et ainsi attaquer les Français par-derrière. Cependant, les grenadiers français font avorter l’opération.

À ce moment, les provisions, les munitions et le moral des troupes françaises sont au plus bas. Des désertions menacent le fort et le 25 août, les Anglais assènent le coup de grâce aux troupes de l’île aux Noix en capturant leur flottille. Ainsi, sans communication, la maîtrise de la rivière du Richelieu et la route vers Montréal sont compromises.

Combat opposant une flotte française contre les Anglais en 1760. Webber. Gravure
Combat opposant une flotte française contre les Anglais en 1760. Webber. Gravure
© La Nouvelle-France, Hachette, 1904

Le 27 août, Bougainville et son État-major reçoivent l’ordre d’évacuer l’île, considérant que la prise du fort n’était qu’une question d’heures et que la ville de Montréal est plus importante à sauver. Donc, pendant que les soldats français essayent de rejoindre Saint-Jean, une quarantaine d’hommes restent dans les fortifications afin de masquer leur retraite et de laisser croire aux Britanniques que le fort est toujours habité.

Le 28 août, les troupes du colonel Haviland prennent le contrôle du fort de l’île aux Noix. Le siège aura duré douze jours.

D’après les Anglais, Bougainville et ses hommes auraient pu tenir le siège encore quelque temps, ayant trouvé un stock de nourriture et de munitions suffisant pour quelques semaines supplémentaires.

La capitulation de Montréal

Avec la prise de l’île aux Noix, la route vers Montréal est libre. Le reste de la campagne de Haviland se déroule rapidement et les trois corps d’armée se rejoignent à Montréal.

Afin d’éviter les souffrances qu’un bombardement causerait à la population, des pourparlers sont immédiatement engagés.

Le 8 septembre 1760, Montréal capitule. Avec la reddition de la ville, c’est aussi la Nouvelle-France qui rend les armes.