Lieu historique national du Canada de la Grosse-Île- et-le-Mémorial- des-Irlandais

Histoire - L'année tragique de 1847 à la Grosse-Île

Par André Charbonneau, historien, septembre 1995
dessin représentant des passagers attendant l'embarquement dans un port, avec toutes leurs possessions Embarquement pour un nouveau monde
© Illustrated London News / Archives nationales du Canada / C-3904

Les événements tragiques de 1847 à la Grosse-Île sont associés à la Grande Famine irlandaise qui constitue l'un des moments les plus importants de l'histoire de l'Irlande, une période charnière et traumatisante. En moins d'une décennie, la population de l'Irlande diminua de plus de 2 millions de personnes, dont la moitié furent victimes de la faim, de la maladie et de la malnutrition et l'autre moitié émigrèrent. (La population actuelle de l'Irlande est toujours inférieure à ce qu'elle était en 1841 !)

passagers entassés à bord de voiliers insalubres et impropres au transport des humains Passagers entassés à bord de voiliers insalubres et impropres au transport des humains.
© Illustrated London News / Archives nationales du Canada / C-6556

Cette Grande Famine, qui s'échelonna de 1845 à 1848-1849, atteint son point culminant en 1847. Au port de Québec et à la Grosse-Île, la situation devient rapidement tragique. On doit, en une seule saison, accueillir plus de 100 000 émigrants alors que les arrivages des années précédentes se situaient en moyenne autour de 25 000 à 30 000 personnes. Ces émigrants, qui sont en très grande majorité d'origine irlandaise et donc déjà affaiblis par la malnutrition et la famine, sont entassés à bord de voiliers insalubres et impropres au transport des humains. Ils arrivent dans un état déplorable et plusieurs sont malades, victimes du typhus, qui prend rapidement l'ampleur d'une épidémie.

un bateau à voile durant sa traversée de l'océan Atlantique Un bateau à voile durant sa traversée de l'océan Atlantique
© Illustrated London News / 1853

En 1847, 398 bateaux sont inspectés à la Grosse-Île, 441 sont enregistrés à Québec, dont 77 transportant plus de 400 passagers. Liverpool constitue le port le plus important avec 73 départs, suivi de Limerick avec 50; 33 bateaux partent de Cork, 29 de Glasgow, 27 de Dublin et 26 de Sligo, 24 de Bremen (Allemagne) et 21 de Belfast. Le temps de traversée se situe en moyenne à 45 jours, mais 26 bateaux prennent plus de 60 jours pour arriver à la Grosse-Île. La durée de l'arrêt en quarantaine est généralement de 6 jours mais plusieurs bateaux y séjourneront durant plus de 20 jours.

lignée de bateaux sur le fleuve attendant pour pouvoir être accueillis sur la Grosse-Île Passage de la quarantaine
© Parcs Canada / Illustration de B. Duchesne / 1996

À la Grosse-Île, la situation est précaire. Les installations de la quarantaine, bien que fortement augmentées au cours de la saison, suffisent à peine à répondre aux besoins. Le personnel est débordé. Plusieurs bateaux, en attente des inspections et des soins médicaux appropriés, mouillent au large de l'île.


Le cimetière des Irlandais Le cimetière des Irlandais
© Archives nationales du Québec, Québec / Fonds Livernois

Le bilan est sombre : plus de 5 000 décès en mer, 5 424 sépultures à la Grosse-Île, des milliers de morts dans les diverses villes canadiennes.