Le plan directeur

L’objectif de commémoration

On entend par objectif de commémoration d’un lieu historique ce qui doit être spécifiquement commémoré en ce lieu. L’objectif de commémoration d’un lieu est étroitement lié aux particularités qui lui ont permis d’être reconnu d’importance nationale et qui justifient, en somme, sa raison d’être au sein du réseau des lieux historiques nationaux. C’est essentiellement à partir des recommandations de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, approuvées par le ministre, que l’objectif de commémoration d’un lieu peut être défini.

La Commission émet l’avis, en 1974, que la station de quarantaine de Grosse-Île revêt une importance historique nationale et recommande l’érection sur l’île d’une plaque commémorative. Dévoilée en 1980, la plaque rappelle les états de service de la Grosse Île en tant que station de quarantaine humaine (1832 à 1937) et plus particulièrement durant les grandes épidémies de choléra et de typhus qui ponctuèrent l’immigration au Canada dans la première moitié du XIX e siècle.

En 1981, Parcs Canada inscrit le thème de l’immigration à l’intérieur du volet « histoire sociale » de son Plan du réseau des lieux historiques nationaux , plus spécifiquement à l’intérieur de la composante « politiques de peuplement ». Cette composante thématique fait partie de celles auxquelles le plan du réseau accorde la priorité la plus élevée.

En 1983, la Commission se dit d’opinion que l’immigration est l’un des thèmes les plus importants de l’histoire canadienne. L’année suivante, elle insiste à nouveau sur ce point : « Le peuplement du Canada grâce à l’immigration est un thème d’une grande importance historique nationale qui devrait faire l’objet d’une commémoration d’envergure » . Compte tenu du nombre et de la qualité des ouvrages et bâtiments présents sur la Grosse Île, qui sont reliés au thème de l’immigration, la Commission suggère au ministre de se porter acquéreur de l’île « afin d’y créer un parc historique national » .

L’année suivante, la Commission émet néanmoins un avis sur la « complexité évidente » du thème de l’immigration et sur l’impossibilité de le commémorer « de manière adéquate dans un seul lieu » . Les commissaires recommandent alors de « déterminer les sites qui présentent des concentrations appropriées de ressources subsistantes permettant l’interprétation de ce thème tout en tenant compte des périodes historiques et de la distribution géographique » . Cet exercice est toujours en cours.

Suite aux consultations publiques de 1992-1993, la Commission est appelée à revoir la thématique commémorative du lieu. En novembre 1993, elle recommande « que la commémoration de Grosse-Île vise principalement à relater toute l’histoire de l’expérience des immigrants au Canada au XIX e siècle jusqu’à la fermeture de la station de quarantaine » , en mettant plus particulièrement l’accent sur la période qui précède la Première Guerre mondiale.

La Commission précise alors que « l’expérience des Irlandais au cours des années tragiques d’épidémie et, en particulier, en 1847 constitue un aspect important et extrêmement évocateur de l’histoire de l’immigration au Canada pendant cette période. Pour cette raison, on devrait la mettre particulièrement en lumière dans la représentation du thème général de l’immigration de la Grosse Île. En outre, comme le lazaret, les monuments, les cimetières et les sépultures qui se trouvent sur l’île, notamment le “cimetière irlandais”, sont considérés comme ayant une importance particulière, (…) il faudrait commémorer ces ressources de manière à refléter leur valeur intrinsèque » . Ces recommandations de la Commission reçoivent l’approbation ministérielle

En mars 1996, la ministre du Patrimoine canadien précise l’objectif de commémoration de Grosse-Île en annonçant que le lieu portera désormais l’appellation officielle de « lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-etle- Mémorial-des-Irlandais ». Le communiqué ministériel souligne que la Grosse Île a accueilli des dizaines de milliers d’immigrants placés en quarantaine et précise qu’en 1847, plus de 5 000 personnes, pour la plupart d’origine irlandaise, y ont péri. Par la même occasion, la ministre rend hommage au personnel de la station ainsi qu’aux familles adoptives qui ont accueilli et soigné les orphelins, notamment à la suite de l’épidémie de 1847 7 .

Enfin, à l’été 1998, la Commission émet l’avis que le Dr Frederick Montizambert, surintendant médical de la station de quarantaine de GrosseÎle au cours des trois dernières décennies du XIX e siècle, « revêt une importance historique nationale parce que, grâce à ses connaissances, à l’opiniâtreté de ses efforts et à sa foi dans cette science toute neuve qu’était la médecine préventive (microbiologie, épidémiologie, désinfection et vaccination), une nouvelle génération de stations canadiennes de quarantaine ont pu voir le jour et ainsi protéger les Canadiens contre les épidémies mortelles qui, à l’époque, sévissaient dans de nombreuses régions du monde » .

En fonction de ce qui précède, l’objectif de commémoration du lieu a été défini comme suit :

Le lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais commémore l’importance de l’immigration au Canada, plus particulièrement via la porte d’entrée de Québec, du début du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale.

La Grosse Île commémore en outre les événements tragiques vécus par les immigrants irlandais en ce lieu, principalement lors de l’épidémie de typhus de 1847.

La commémoration de ce lieu repose également sur le rôle que joua la Grosse Île de 1832 à 1937, à titre de station de quarantaine du port de Québec, longtemps le principal point d’arrivée des immigrants au Canada.

7. Dans le but de refléter les ajouts apportés à l’objectif de commémoration du lieu, une nouvelle plaque de la CLMHC, dévoilée en août 1998, a remplacé celle qui avait été installée en 1980. Outre la référence faite au rôle que joua la Grosse Île à titre de station de quarantaine, le texte de la nouvelle plaque met l’accent sur le phénomène de l’immigration au Canada via le port de Québec et souligne les événements tragiques vécus par les immigrants irlandais, principalement lors de l’épidémie de typhus de 1847.


L’intégrité commémorative du lieu

L’objectif de commémoration
Les ressources qui symbolisent ou caractérisent l’importance nationale de la Grosse Île
L’île et ses paysages culturels
Ressources culturelles in situ
Ressources culturelles mobilières
Les messages d’importance historique nationale
Messages destinés au public canadien
Messages destinés aux visiteurs du lieu
Les défis de la communication
Les autres valeurs patrimoniales du lieu
La dimension paléohistorique de la Grosse Île
Les premières concessions et l’exploitation agricole de l’île avant la station de quarantaine
La présence des Forces canadiennes (1942-1945, 1951-1956)
La présence d’Agriculture Canada (station de recherche et de formation, quarantaine animale)
Les liens au plan international, national et régional
Un milieu naturel remarquable