Le plan directeur

Le drame de la quarantaine

Le lazaret est le dernier témoin encore debout des événements de 1847 sur la Grosse Île. Le lazaret est le dernier témoin encore debout des événements de 1847 sur la Grosse Île.
Fonds Pierrette Boulet
Parcs Canada

Est-il besoin de préciser que la Grosse Île était fort mal équipée pour faire face à un tel flot de malades et de passagers soi-disant en santé? Ces derniers devaient être gardés sous observation sur l’île lorsqu’ils avaient été en contact avec des malades durant la traversée. Pour accueillir tous ces arrivants, le surintendant médical de la station, le Dr George M. Douglas, pouvait compter sur 200 lits pour les malades et environ 800 pour les passagers bien-portants. L’insuffisance de ces installations, tout comme le manque de personnel médical et infirmier, sauta aux yeux dès la mi-mai lorsque les quatre premiers vaisseaux d’émigrants forcés de jeter l’ancre devant la Grosse Île y débarquèrent 285 malades et plus de 1 200 autres personnes.

Ce déferlement de passagers sur l’île s’accentua à un rythme tel qu’à la fin mai, on retrouvait à terre quelque 1 300 patients entassés dans tous les bâtiments de la station. Pendant ce temps, sur les navires, un nombre égal de malades ne pouvaient être descendus à terre, faute de lits et d’abris. En tout, plus de 12 000 personnes étaient alors détenues sur l’île et la situation était anarchique. L’arrivée sur place de personnel médical supplémentaire et de centaines de tentes militaires ne parviendra pas à renverser ces conditions désespérées.

Il faudra attendre une campagne intensive de construction d’hôpitaux et d’abris supplémentaires pour enfin voir l’ordre et l’efficacité prendre lentement le dessus à la Grosse Île. Priorité fut donnée en juin et juillet au débarquement, au logement et au traitement des malades. Puis en août et septembre, les « bien-portants », parmi lesquels plusieurs tombaient malades et décédaient, furent à leur tour retirés des tentes malsaines. À l’extrémité est de l’île, on érigea à leur intention une douzaine de vastes baraques en planches.

Paradoxalement, c’est à la fin de la saison de navigation, au moment où le besoin ne s’en faisait guère plus sentir, que la quarantaine atteignit le niveau de service tant souhaité. De nombreux hôpitaux dans l’ouest de l’île pouvaient accueillir 2 000 patients pendant qu’à l’autre bout de la station, 300 convalescents et 3 500 bien-portants pouvaient être « confortablement » logés. Des cuisines, des lavoirs, des quartiers pour le personnel, des résidences et logements divers et bien d’autres bâtiments de services étaient aussi venus changer, graduellement mais radicalement, le visage de la Grosse Île au cours de ces terribles mois.


Introduction

Origine et contexte du projet
Quarantaine et santé publique
1847, l’année tragique
L’immigration canadienne à Québec à l’époque de la station de quarantaine de Grosse-Île