Le plan directeur

Efficacité et modernité

Si l’histoire a perpétué le souvenir de cette période noire de la quarantaine laurentienne, elle n’a pas rendu justice, en revanche, à la face cachée du passé de la Grosse Île, ces nombreuses années consacrées à la recherche de l’efficacité et de la modernité en matière d’accueil des immigrants et de traitement des maladies contagieuses.

Dès les années 1850, mais bien davantage à partir de la Confédération de 1867, le gouvernement canadien élabora une vaste politique d’immigration et de peuplement qui exigea la mise sur pied d’un service de quarantaine fiable et opérant. La mémoire était encore imprégnée des catastrophes pas si lointaines et les leçons à tirer, bien apprises. Sur place, à la Grosse Île, le maître d’oeuvre de cette relance de la quarantaine sera le docteur Frederick Montizambert, spécialisé en bactériologie et surintendant médical de la station de 1869 à 1899.

Montizambert fixa d’abord et de façon définitive le schéma d’occupation de l’île en s’assurant de l’absence absolue de contact entre les immigrants malades et les voyageurs en santé gardés sous observation. Puis, au fil des ans, des conjonctures migratoires et économiques ainsi que de ses budgets, il renouvela le parc immobilier de la station : hôpitaux, logements pour les voyageurs placés en quarantaine d’observation, résidences pour les employés, chapelles, etc. Il fit adopter de nouveaux règlements de quarantaine afin d’éliminer, autant que possible, les échappatoires et le laxisme des capitaines de navire.

Bien au fait des grandes découvertes scientifiques et médicales en matière de diagnostic, de traitement et même de prévention des maladies infectieuses, Montizambert soumit l’immigration à des contrôles de santé toujours plus stricts et efficaces au plan de l’inspection, de la désinfection des bateaux, des passagers et des bagages, de la vaccination et du diagnostic, grâce aux analyses en laboratoire. Ces initiatives répondaient à des conjonctures nouvelles : mondialisation de l’immigration, multiplication des possibilités de transmission des maladies infectieuses, rapidité des traversées grâce aux navires à vapeur.

C’est d’ailleurs la prolifération de ces vapeurs et leur niveau de confort allant en s’accroissant qui amenèrent le surintendant à moderniser les structures d’accueil et d’hébergement des immigrants à Grosse-Île 5 . À la fin du siècle, et jusqu’à la Première Guerre mondiale, par exemple, des hôtels furent construits et conçus pour accommoder les trois classes de voyageurs qui, à cette époque, franchissaient l’Atlantique. Montizambert avait alors réussi à relever son grand défi : donner un nouveau sens à l’idée même de santé publique dans un contexte d’immigration tout en veillant à la célérité du service et au confort des immigrants.

En 1878, trois bâtiments servant d’hôpitaux dans l’est de l’île sont la proie des flammes. Le surintendant Montizambert convainc alors le gouvernement d’ériger, au même endroit, un hôpital moderne et spacieux spécialisé dans le traitement des maladies infectieuses. Construit en 1881, cet hôpital d’une centaine de lits fut à son tour dévasté par un incendie en 1968. En 1878, trois bâtiments servant d’hôpitaux dans l’est de l’île sont la proie des flammes. Le surintendant Montizambert convainc alors le gouvernement d’ériger, au même endroit, un hôpital moderne et spacieux spécialisé dans le traitement des maladies infectieuses. Construit en 1881, cet hôpital d’une centaine de lits fut à son tour dévasté par un incendie en 1968.
D.A. McLaughlin
Archives nationales du Canada
(ci-après ANC), PA-148819

5. La Grosse Île sera ainsi dotée de l’électricité à compter de 1902, soit plusieurs années avant l’électrification de nombreuses régions du Québec.


Introduction

Origine et contexte du projet
Quarantaine et santé publique
1847, l’année tragique
L’immigration canadienne à Québec à l’époque de la station de quarantaine de Grosse-Île