Lieu historique national du Canada des Fortifications-de-Québec

Une ville assiégée

Après la construction de la Citadelle, Québec atteint son apogée en tant que place forte. Les ouvrages de défense, les édifices et les terrains militaires occupent alors environ le quart de la superficie totale de la ville. La propriété militaire est évidemment plus concentrée dans la Haute-Ville (42 %), dominée par la Citadelle. La garnison, qui atteint en moyenne entre 1000 et 1500 soldats, compte pour plus d'un quart de la population du quartier. Les soldats occupent non seulement le pourtour de l'enceinte et les secteurs de casernes de la Citadelle, du Parc de l'Artillerie et du bastion Saint-Louis, mais s'installent aussi en plein coeur de la ville, dans l'ancien Collège des Jésuites transformé en casernes. L'appareil militaire devient progressivement lourd à Québec au XIXe siècle, époque de croissance économique et démographique importante. Les impératifs militaires froissent souvent les intérêts de la population urbaine. Les fortifications sont constamment vues comme des obstacles à l'expansion physique de la ville, à son développement économique et à la circulation urbaine. Au XIXe siècle, ville et fortification ne vont plus de pair. La place forte s'oppose de plus en plus à la ville.

Le naturaliste et philosophe américain Henry David Thoreau, visitant Québec en 1850, écrit :

« Une ville fortifiée c'est comme un homme emprisonné dans une armure épaisse de l'antiquité, portant une charge de sabres et d'armes digne d'un cheval et qui s'apprêterait à s'en aller à son travail. »

Mais cette emprise des militaires sur la ville ne durera plus que quelques années car l'ère de la place forte s'éteint au milieu du siècle. L'efficacité croissante de l'artillerie et l'amélioration des moyens de communication contribuent à éloigner du cœur de la ville les organisations défensives. À Québec, les forts détachés, construits sur la rive sud à Lévis à partir de 1865, et le départ de la garnison britannique en 1871 signalent l'abandon de l'enceinte et la démolition des vieilles portes militaires. Dès lors s'amorce la métamorphose de la place forte en monument historique et, par conséquent, la lutte entre les forces du progrès et celles de la conservation.