Lieu historique national du Canada des Fortifications-de-Québec

La métropole s'en mêle

Ce n'est cependant qu'à compter de 1700 que la métropole prend sérieusement des moyens pour faire de Québec une place forte. Entre 1700 et 1720, Québec occupe une place de premier ordre dans la stratégie de défense de la colonie. Malgré des déboursés considérables de la métropole pendant ces années, des conflits internes minent les bonnes intentions. Le vaste chantier que fut Québec entre 1700 et 1720 ne produit qu'un système de défense incomplet et inadéquat, un véritable dédale d'ouvrages temporaires et permanents, de fortifications isolées et de retranchements, résultat de trois projets différents. L'expérience provoque aussi une réaction de la métropole qui refuse, à partir de 1721, de compléter le système défensif de Québec. Le Conseil de la Marine considère plus approprié de fortifier Montréal et Louisbourg, la première ville étant située plus près de l'arrière-pays et des fourrures, la seconde à proximité des bancs de pêche. Durant le quart de siècle suivant, l'ingénieur Chaussegros de Léry présentera coup sur coup toute une série de projets pour fortifier Québec, mais ses efforts seront vains. Le nouveau ministre de la Marine, Maurepas, conçoit une politique de défense davantage fondée sur la réalité géographique et économique. La forteresse de Louisbourg et les difficultés de navigation que présentent le fleuve Saint-Laurent deviennent le rempart de Québec.

Pourtant, la capitulation de Louisbourg en 1745 déclenche un climat de panique collective à Québec et le gouverneur Beauharnois, sans attendre l'avis de la métropole, autorise la construction d'une nouvelle enceinte revêtue de maçonnerie. Érigée suivant les plans de Chaussegros de Léry, elle ferme définitivement la ville du côté de la campagne et intègre des composantes d'enceintes antérieures. Elle se situe, néanmoins, beaucoup plus à l'ouest de celle de Beaucours (1693) et permet ainsi l'expansion de la ville. L'enceinte de 1745 comporte aussi ses lacunes, comme certains flancs qui sont vus depuis des hauteurs plus à l'ouest, mais il faut tenir compte du fait que cette fortification a été érigée à la hâte dans la crainte d'une attaque imminente. Cela explique, d'ailleurs, l'effort de l'ingénieur pour intégrer des anciens travaux du début du XVIIIe siècle. À l'époque du siège de Québec, cette fortification fera l'objet de critiques acerbes de la part des officiers français et, notamment, de Montcalm. Ils avaient raison en ce qu'une partie du parapet et du chemin couvert n'était pas terminée, mais leurs blâmes quant à l'adaptation de l'enceinte au terrain et quant aux qualités géométriques du tracé ne sont pas fondées. Les déficiences de l'enceinte de Québec ne furent pas la cause de la capitulation de 1759. D'ailleurs, James Murray, responsable de la défense de Québec en 1760, saura utiliser le rempart de Chaussegros de Léry et résister au siège du maréchal de Lévis. De même en 1775, l'enceinte de Québec détournera l'attaque des Américains sur ce front.